En aparté avec le hibou #5 : C’est dans la tête tout ça.
Bonjour, bande de gros MALADES. Ici le hibou et je voulais vous parler d’un truc. La semaine dernière, j’ai un collègue interimaire qui m’a dit qu’il ne dormait pas bien ces derniers temps. J’avoue qu’on était au bowling avec plein d’autres collègues et que j’avais pas tellement envie d’écouter. J’ai posé 2-3 questions, j’ai dit “oh ça va s’arrangeeeer”, et je suis partie jouer comme une brêle parce qu’on EST LA POUR S’AMUSER OU ON EST PAS LA POUR S’AMUSER?
En gros, le gars il était pas bien parce qu’il était en fin de cursus et qu’il lui fallait un stage pour le valider. Comme la date butoir approchait dangereusement, il était de plus en plus stressé de ne pas trouver de stage. Et plus il était stressé et moins il dormait. Et comme il dormait pas, il était fatigué et il avait pas la motivation necessaire à faire une recherche de stage correctement. Je lui ai expliqué ça rapidement, que c’était un cercle vicieux et qu’il fallait qu’il s’en rende compte. Une collègue lui a dit “oooh c’est dans la tête tout ça, aie confiance en l’avenir et tout se passera bien”. j’ai rien dit et j’ai vidé un verre de punch. On est partis de la soirée en même temps, et sur le trajet vers le métro je lui ai dit d’essayer de se reposer, et que de toute façon vu l’heure qu’il était il allait surement s’écrouler de sommeil en rentrant à la maison.
Le lendemain, le collègue était de bonne humeur et il avait réussi à dormir. Mais dans ma tête résonnaient toujours ces mots qu’avait prononcé la collègue “c’est dans la tête”. Comme si, parce que la douleur n’était pas physique, elle n’était pas plus importante que si ce collègue s’était cassé une jambe. Sauf que non, on sait aujourd’hui que par exemple, voir les autres souffrir est aussi douloureux qu’une douleur physique. Pourtant, tout ça, c’est dans la tête. La souffrance mentale, on l’appelle la douleur psychique, et elle est présente dans énormément de troubles psy. Elle est particulièrement présente dans la dépression, ce qui rend le sujet dépressif parfois incapable d’effectuer des tâches simples. Il est enfermé dans cette douleur psychique, emprisonné, incapable de faire quoi que ce soit, paralysé par la douleur. C’est cette douleur, ce sentiment de désespoir envahissant qui poussent ces personnes à se suicider. C’est pas super marrant. C’est hyper grave. Et c’est pas du tout reconnu comme quelque chose de réel, parce que “c’est dans la tête”.
Du coup, comme c’est dans la tête, y’a plein de dépressifs qui pensent que leur douleur psychique n’est qu’un manque de motivation extrême. Ils pensent qu’avec beaucoup de volonté et en se forçant très fort ils pourront se sortir de cet état d’inertie. Et puis, vient la culpabilité: “pourquoi tous les autres peuvent faire des tâches simples et pas moi? Pourquoi moi je suis incapable de faire un truc aussi con qu’aller chercher une baguette de pain ou envoyer un courrier a la sécu? Je suis sûrement qu’une sombre merde, j’ai aucune volonté, je ne mérite pas de vivre”. Et c’est parfois comme ça que la douleur psychique pousse au suicide. C’est toujours pas cool, et c’est pour ça que quand quelqu’un ne va pas bien, il ne faut pas le prendre à la légère, ca la douleur psychique est une douleur toute aussi réelle que la douleur physique.
Mais revenons a mon collègue intérimaire qui dort mal, analysons un peu la situation. Le gars, il a une date butoir pour trouver un stage, mais il en trouve pas. C’est une situation qui provoque de l’angoisse chez lui, et contre l’angoisse on développe des défenses. Sa défense à lui, c’est le stress. C’est pas forcément une mauvaise chose, parce que le stress peut donner l’énergie nécessaire pour faire tous les trucs chiants du genre CV, lettre de motivation, fichier de suivi de candidatures, toussa. Et je pense que ça a dû être le cas pour lui au début, vu qu’il m’a dit que ces trucs chiants, il les avait déjà faits. Sauf que si on parle neuro, l’hormone du stress qui s’appelle le cortisol est libérée tant qu’on ne signale pas à l’hypophyse (la partie du cerveau qui libère cette hormone) d’arrêter. Au début ça va on a de l’énergie, on reste éveillé, on fait plein de trucs, on gère. Sauf qu’au bout d’un moment faut bien dormir m’voyez vous, mais on peut pas parce qu’on sécrète du cortisol. Alors on a des insomnies. Et puis plus le temps avance et si on est toujours stressé bah la douleur psychique devient physique, ça s’appelle une somatisation. Le stress prolongé il peut provoquer de l’hypertension, du diabète, enfin plein de trucs sympa quoi.
C’est à ce moment là que votre comportement entre en jeu. Vous êtes stressé, vous libérez du cortisol, vous faites plein de trucs. Ensuite vous avez des insomnies, ce qui est normal parce que vous avez pas géré votre stress de façon a ce que vous puissiez dormir. Le lendemain vous êtes fatigué, vous avez pas la force ni la capacité de faire des recherches de stage correctement. Du coup vous re-stressez. Du coup vous faites des insomnies. Et c’est un cycle sans fin. Enfin sans fin. A part si vous arrivez a agir sur l’un des axes du cycle pour le briser, ce qui est très problématique. C’est problématique parce que d’une part, la plupart du temps quand on entre dans un schema comportemental, on ne s’en rend pas compte. Quand on s’en rend compte, la plupart du temps on culpabilise parce qu’on est entré dans ce cercle et la culpabilité ne pousse pas vraiment aux actions saines. Du coup, soit on ne s’en rend pas compte et le schema se répète à l’infini partout dans notre vie, soit on s’en rend compte, on culpabilise, et on utilise des défenses pas cool qui nous font entrer dans le cercle de la pathologie. C’est là que les choses sérieuses commencent.
Ouais parce que là, la personne qui est formée pour connaître la douleur psychique, et les thérapies comportementales pour les traiter c’est... C’eeeeeest... Le psychologue. Et si on y réfléchit bien, dans notre situation on a: une douleur psychique qui n’est pas reconnue, un schema comportemental qui n’est pas reconnu, et une désinformation totale autour du métier de psychologue. Oui parce que le psy, on va le voir pour des vrais problèmes, des problèmes qui se voient m’voyez. Pas parce qu’on dort plus, qu’on est au chômage et qu’on a décidé que la solution c’était d’envoyer des CVs jusqu’à ce qu’on ait un entretien. Ouais, même si on dort pas. C’est parfaitement sain de faire ça, d’ailleurs (non).
Mais pourquoi diable vous dis-je tout cela (Madâme la Mârquiiise)? Parce que cette non reconnaissance de la douleur psychique, elle n’est pas seulement présente chez le tout-venant. Elle est aussi là chez les étudiants en psychologie, qui pensent qu’ils n’ont pas besoin d’être suivi parce qu’ils n’ont pas des troubles assez importants pour aller voir un psychologue. Ca crée un problème énorme : d’une part, quand ces étudiants deviendront psychologues, ils rencontreront sûrement des patients qui sont dans la même problématique qu’eux. Ils ne seront alors pas vraiment en mesure de les diagnostiquer, et même si c’était le cas ils ne pourraient pas les traiter parce qu’ils ne se sont pas traités eux mêmes. D’autre part, si ils ne reconnaissent pas le fait que leurs troubles nécessitent l’aide d’un psychologue, comment pourraient-ils reconnaître qu’ils sont assez compétents pour traiter des patients qui ont la même problématique qu’eux? Comment je fais, si je ne reconnais pas que le fait que je m’arrache les cheveux est un TOC, pour reconnaitre que les autres personnes qui s’arrachent les cheveux ont aussi des TOCs? Et même si je reconnais les TOCs chez les autres et pas chez moi, je les traite comment? Est-ce que j’aurai la crédibilité nécessaire pour convaincre un patient qui sent que je ne suis pas totalement honnête avec lui?
Voilà, bande de prouts, j’vous laisse réfléchir à tout ça tranquillos. C’est important d’aller voir un psy, déjà parce que tout le monde est taré (C’EST UNE BLAGUE CALMEZ VOUS), et aussi parce que le psychologue a une place importante dans la vie d’une personne et qu’il a un métier qui devrait être beaucoup mieux reconnu, et ce même par les étudiants en psychologie. Faites-vous suivre, et pas par un détective privé. C’est un ordre oui. Et surtout, n’oubliez pas...
FAITES TOURNEY







