“Exercice de style” à la manière de Raymond Queneau
Consigne : Choisir un texte court dans la littérature et le décliner sous différentes formes, à la manière de Raymond Queneau et de ses célèbres “exercices de style” !
« Exercices de style » à la maniere de Raymond Queneau
Texte choisi : Ovide « Les métamorphoses » I, 76-102
Création de l’homme.
Un animal plus noble, plus capable, d’une haute intelligence et digne de commander à tous les autres, manquait encore.
L’homme naquit, soit que le créateur de toute choses, père d’un monde meilleur, l’ait formé d’un germe divin, soit que la terre récente, séparée depuis peu des hautes régions de l’éther, retînt encore des germes du ciel, restes de leur parenté, et que le fils de Japet, l’ayant mêlée aux eaux d’un fleuve, l’ait modelée à l’image des dieux, maîtres de l’univers; tandis que, tête basse, tous les autres animaux tiennent leurs yeux attachés sur la terre, il a donné à l’homme un visage qui se dresse au-dessus; il a voulu lui permettre de contempler le ciel, de lever ses regards et de les porter vers les astres. Ainsi la terre, qui naguère était grossière et informe, revêtit par cette métamorphose des figures d’hommes jusqu’alors inconnues.
Création de ce foutu homme et de son énorme nombril.
Moi, moi, moi moi moi.
Et encore moi !
Il fallut, en plus de toute la ribambelle de bêtes en tout genre, un animal qui surpassa tous les autres par son arrogance et sa bêtise.
Toi, toi toi, toi !
Et c’est par cette accablante, aberrante, exaspérante idée que toi, tu es venu au monde, croyant à ton ascendance divine, te prenant pour le fils de Japet, de la terre, du ciel, de la mer et j’en passe!
Môssieur le grand homme se voyait à l’image des dieux ! Pire encore de l’univers ! Et pour cette raison, voilà qu’il s’est mis à faire différemment des autres (les animaux profanes). Il se pavanait, paume contre le front en répétant « je pense, oui je pense donc…heu… je pense oui, je pense tellement ! » tandis que ses débiles de frères (toujours les animaux) se contentaient de baisser la tête humbles et pitoyables.
Et lui, grand bouffon, fière comme pas deux, continuait son chemin en pensant, en rêvant, en fabulant. En réfléchissant !
L’imbécile !
Et puis, un jour il a levé la tête ! Oui, il a osé ! Il a levé la tête vers ce satané ciel ! « Est-ce qu’il y a quelqu’un là-haut ? Je veux dire, est-ce qu’il y a vraiment quelqu’un ? »
Comment ? Quoi ? Remettre en question ceux qui l’ont créé ? Ceux qui l’ont voulu pour homme, supérieur aux bêtes et aux limaces et aux moustiques, à tout ce qui vit sur terre !
Vil petit cloporte qui se croit mieux qu’un cloporte et qui détruira tout, sauf les cloportes !
Inconnu jusqu’à présent, l’homme et son goitre d’autosatisfaction allait changer la face du bordel environnant appelé « la Terre ».
Priez pour nous, s’il est encore temps !
Un animal des plus ragoûtants, d’une haute distinction, et digne d’être le plat principal du règne des mammifères n’était toujours pas à table du monde.
Aussi, tel la cerise sur le gâteau de l’univers, l’homme naquit, soit que le créateur de toutes choses, soucieux d’enrichir la recette du cosmos et de faire monter la moutarde au nez des autres animaux, l’ait formé d’une dose de chantilly, soit que la terre, toute fraichement sortie du four d’éther et de Japet, l’ayant mélangé à du rhum et de la crème fouettée. Il en résultat que l’homme dans toute sa splendeur était fort appétissant pour les autres carnivores.
Pour sortir l’homme - qui pleurait comme une madeleine - de cette situation et éviter qu’il se fasse hacher finement et broyer à raison, les dieux concoctèrent une petite idée de dernière minute dont vous me direz des nouvelles : ils rajoutèrent donc à l’homme une pincée d’intelligence, saupoudrée d’une touche de débrouillardise et arrosèrent généreusement le tout d’un joli filet de conscience.
L’homme, ragaillardi par tant de victuailles de l’esprit, eut une idée juteuse. Il demanda aux dieux de gaver les bêtes d’herbes verdoyantes pour qu’elles n’aient plus l’idée alléchante de le gober, pendant ce temps, il inventa de quoi chasser et rôtir les animaux aux crocs acérés.
Ainsi, l’homme tel un énorme baba au rhum pu garder la tête haute, le ventre tendu, le regard repu. Prêt à dévorer chaque étoile, chaque astre brillant sur son passage.
Tu veux que je te raconte ? T’es sûr ? Vraiment ? Bon, accroche-toi alors ! Ça c’est ma version des choses, hein ! Mais je suis sûre quia du vrai !
« Un malheur n’arrivant jamais seul, il est venu au Big Boss, là-haut, la super idée du siècle. Je t’explique : créer un animal, en plus de toute la tripotée déjà existante. Et pour couronner le tout, le grand barbu a voulu que cet animal-là soit plus intelligent que tous les autres. Si, si je t’assure, c’est qu’il voulait. Du moins, ce qu’il a cru faire à la base, tu vois !
Pourquoi il a voulu faire ça ? Je sais pas. Peut-être qu’il s’ennuyait, peut-être qu’il avait plus rien à picoler alors… ? Ou alors il trouvait que tout était trop parfait ? Ça devait pas lui plaire quoi … »
Tu m’en sers un autre s’teuplé ? Merci, mec.
« Et du coup, tu vois c’est comme ça qu’on est venu au monde. Là, tout ce merdier, tout autour de nous, c’est à cause de lui. »
« On est un mélange de tout un tas de choses, ciel, terre, océan, magma, énergies et tout un tas d’autres trucs bien bien dégueu. Tout ça, c’est nous. On peut pas faire autrement, on est fait d’enfer et de paradis. On peut qu’attirer les emmerdes ! »
Putain il est tard, faudrait que je rentre… Bon, un dernier avant de partir ! Je finis mon histoire et j’me tire.
« Et comme c’était pas suffisant, comme on était encore un peu trop pépère, le grand manitou (la grande manitou, je sais pas enfait…) nous a refilé la conscience. Et avec ça, tout le reste, les défauts, les peurs, la haine, les névroses, les addictions, les contradictions, les doutes, les envies, les barrières, les fantasmes, les tabous etc… Ah, oui, et l’arrogance ! Ah ça ! On peut pas dire qu’on a oublié de nous en refiler hein ! Le pif dans les étoiles, à dévorer l’espace, pendant que les autres cagneux ont la tête dans la merde. Nous, on fait comme si de rien n’était. On rêve à d’autres mondes, on pense déjà à aller visiter ailleurs. Voir si l’herbe n’est pas moins pollué sur Mars ! On en oublie de regarder où on pose les pieds. Résultat, on détruit tout mec, on détruit tout, on marche n’importe comment, on écrase les autres. Mais voilà, apparemment le plus important c’est d’être en marche ! »
Alors, sur ces belles paroles ciao l’ami ! Et meilleure route !
Alors ? Qui ai-je pastiché ?