Ce roman qu’on ne commence pas.
J'ai répété mille fois ton nom. J'ai crié du vent. J'ai crié la poussière et la marée sous mon oreiller, mais tu n'étais pas là. Si loin, cruel, de mes tempêtes. Le thé était fade, les gâteaux secs comme des contrariétés. J'ai regardé longuement la profondeur obscure de la pièce, la ténacité du silence que tu avais laissé, son épaisseur stridente. Et il m'a semblé voir ton visage entre la fumée des bruits morts. Là, j'ai senti toute ton implacable majesté se contorsionner jusqu'à se dissoudre en une volute fine et gracile. Je l'ai sentie passer sous ma jupe. Près de mes chevilles. De mes lèvres. J'aurais voulu l'attraper, bien sûr, mais tu ne m'as pas laissé le choix, mon amour. Toute ta vie a été d'une rigueur accablante, sans singularité d'aucune sorte. Même tes souvenirs, à présent, m'échappent et obéissent à ton souverain empire. Je me suis donc réappropriée tout ce qui n'est pas toi. Les meubles, la vaisselle, la maison, notre enfant, tout ce qui ne t'a jamais appartenu.
















