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Emmanuel Macron a annoncé la création de six nouveaux EPR, à Belfort. Retour sur 15 ans de débats, de pas en avant et de retour en arrière sur le développement du nucléaire, de Flamanville à Fessenheim.
#Streetart by #Stohubohu @stohubohu in #Fessenheim, France More info at: https://barbarapicci.com/2022/05/21/streetart-stohubohu-fessenheim-france/ #lol #streetartfrance #francestreetart #streetartfessenheim #art #graffiti #murals #murales #urbanart #muralism #muralismo #streetarteverywhere #instastreetart #streetartphotography #streetartpics #streetartaddicted #streetartlover #igersstreetart #graffitiart #arteurbana #wallart #spraypaint #spraypaintart #contemporaryart #artecontemporanea https://www.instagram.com/p/Cd2iu8ro9QA/?igshid=NGJjMDIxMWI=
There where the machine stopped ... - Nuclear power plant - Fessenheim, France - 2021
Là où la machine s'est arrêtée …
Contre projet au démantèlement de la centrale nucléaire de Fessenheim. Réflexions territoriales, architecturales et sociales sur sa possible réhabilitation.
Ce projet questionne le démantèlement de la centrale nucléaire de Fessenheim présenté par EDF, qui se veut être le modèle à reproduire sur notre territoire national et à vendre à l'international. Nous souhaitons susciter le débat et donner un point de vue critique d’architecte sur les enjeux immédiats et futurs ainsi que locaux et territoriaux, qui gravitent autour de ce démantèlement sans donner de réponse absolue.
À l’aube d’une explosion probable au cours du siècle du nombre de friches nucléaires, le site de Fessenheim offre une opportunité originale d’expérimentation et de reconversion au cœur de l’élaboration d’un véritable projet de territoire.
Un retour à l'herbe viendrait effacer totalement l'histoire, l'identité d'une commune et un héritage technologique. Quelle que soit notre opinion sur le nucléaire, on ne peut se résoudre à effacer cette partie de notre histoire. La patrimonialisation de ce site s'avère indispensable, sans pour autant rester dans le passé mais plutôt se tourner vers le futur de la commune.
Penser la réhabilitation du site ne veut pas dire repartir de zéro mais venir se greffer sur un existant conservé, créer une nouvelle peau qui viendrait filtrer les nouveaux usages du site.
Penser comment connecter ce site au territoire permettrait de résoudre des enjeux économiques et sociaux immédiats ainsi que de créer la possibilité d'amener la population à traverser ces murs en sécurité afin de comprendre ce qui se passe réellement à l’intérieur de cette forteresses et d'ainsi la faire participer à sa transformation.
La réalisation du projet transformerait un tabou social en une attraction et un monument qui représente un manifeste, un manifeste qui est le résultat d’une interaction entre l’homme, la nature et la technologie.
par Olmo Galletti et Alexandra Runcan
En cette période où la frontière est brandie comme vecteur d’identité, où la libre circulation est remises en question, où des murs s’érigent, où les séparations sociales et raciales augmentent, nous connaissons une pandémie qui n’a que faire de ces frontières et qui nous montre à quelle point elles ne sont que des tracés.
Le studio de PFE de l’autre côté propose de développer une réflexion prospective sur les territoires frontaliers qui condensent en eux la réalité complexe du monde contemporain. La zone d'exploration se concentre sur le triangle transfrontalier entre Mulhouse (F), Fribourg (A) et Bâle (S) riche de ses différences et de ses partages. Il constitue une même unité géographique, le fossé rhénan situé entre les Vosges, la Forêt-Noire, et les contreforts du Jura, au contact du Rhin et des grandes forêts de plaine.
Nous avons choisi de nous concentrer sur la commune de Fessenheim, en Alsace, et de travailler sur sa centrale nucléaire qui a définitivement éteint son deuxième réacteur durant l'été 2020.
Ce projet questionne le démantèlement de la centrale nucléaire EDF de Fessenheim présenté par EDF, qui se veut être le modèle à reproduire sur notre territoire national et à vendre à l'international. Nous souhaitons susciter le débat et donner un point de vue critique d’architecte sur les enjeux immédiats et futurs ainsi que locaux et territoriaux, qui gravitent autour de ce démantèlement sans donner de réponse absolue. Nous ne sommes ni des spécialistes du nucléaire, ni du démantèlement mais des citoyens, architectes de formation, qui se posent des questions sur ces enjeux et tentent d’y répondre différemment.
À l’aube d’une explosion probable au cours du siècle du nombre de friches nucléaires, le site de Fessenheim offre une opportunité originale d’expérimentation et de reconversion au cœur de l’élaboration d’un véritable projet de territoire.
Région du Rhin Supérieure, le territoire proche de la centrale nucléaire de Fessenheim a connu des vastes transformations anthropiques à plusieurs reprises, la première lors de la canalisation du Rhin en 1860, la deuxième lors de la construction du Grand Canal d'Alsace en 1929 et la troisième lors de la construction de la centrale nucléaire en 1977. Aujourd'hui ce territoire vit autour de la production d'énergie mais il est sur le point d’entamer une nouvelle transformation.
L’identité «La frontière se définit par ce qui délimite le périmètre de l’exercice de la souveraineté d’un Etat, selon un tracé agréé ou imposé à l’issue de conflits, de traités, de négociations et de décisions» selon Michel Foucher dans Le retour des frontières. La frontière définit une identité qui se construit par rapport à une autre, ce qui fait que les espaces se trouvant aux frontières ont des identités ambiguës. Ambiguës de par leur proximité avec l’identité voisine qui vient se mélanger avec la leur qui est établie. Le philosophe Étienne Balibar souligne combien ces lieux constituent à la fois le «point de fixation institutionnelle des identités politiques, et le point où ces mêmes identités redeviennent incertaines».
Si l’on s’intéresse à l’étymologie du mot frontière, en français et dans les langues latines, elle vient de la notion de face-à-face violent (l’affrontement). En anglais au contraire, c’est au champ sémantique du lien que la «boundary» fait appel (to bind, relier). Si l’on pense au terme allemand de «grenze», on ouvre encore un autre pan de l’imaginaire frontalier, le mot dérivant d’un terme polonais proche signifiant la borne, c’est à dire un ancrage matériel ponctuel pour soutenir une ligne qui n’existe que comme construction mentale. Cette étymologie est intéressante dans le sens où elle définit la frontière comme une ligne immatérielle constituée d’une suite de points matériels. En 1842 dans Le Rhin de Victor Hugo les bornes qui ponctuent le Rhin sont les cathédrales et les forteresses. Depuis la création du canal d’Alsace en 1959, ces bornes romantiques ont été remplacées par les usines et les écluses qui ponctuent les eaux. Parmi ces nouvelles bornes, la centrale nucléaire de Fessenheim se démarque par la révolution technologique qu’elle incarne, par son imposante dimension et par les conflits qu’elle a générés depuis le début de sa construction en 1970 jusqu’à sa fermeture et l’arrêt de son deuxième réacteur en 2020.
La création de cette centrale a été à l'origine, dans les années 70, d’un côté d'une union énergétique entre la France, l’Allemagne et la Suisse, puisque la centrale fut originellement financée par les trois pays, une première depuis la fin de la 2nde Guerre-Mondiale et, de l’autre, une alliance entre les opposants au nucléaire de ces trois pays, là aussi une première pour une population frontalière encore marquée par la 2nde Guerre-Mondiale. Cette contestation a donné naissance aux premiers mouvements écologistes encore existant aujourd’hui dans ces pays.
La commune de Fessenheim peut être perçue comme pays enclavé, une cité État. Elle est indépendante économiquement et énergétiquement. Elle est enviée pour sa richesse et crainte pour sa dangerosité. La centrale nucléaire est érigée tel le temple du Dieu Atome, comme cathédrale de Victor Hugo le long du Rhin, avec son enceinte infranchissable et sacrée. Comme le décrit Régis Debray dans l’Éloge des frontières : «Sacré, en français, vient du latin sancire: délimiter, entourer, interdire. Sanctuaire également. Le latin templum (l’espace circonscrit dans les airs par le bâton de l’augure) renvoie au grec temnein; qui veut dire découper. Ce qui se tient devant l’enceinte réservée au culte est pro-fanum, le profane - stigmate spatial, qui en annonçait d’autres. C’est par la frontière, on le voit, que la politique rejoint le religieux, et l’actuel, l’immémorial.»
La commune de Fessenheim a connu deux traumatismes majeurs, l’ouverture et la fermeture de la CNPE. Le premier traumatisme vient totalement renverser les dynamiques de la commune sur les plans économique, démographique et sociologique. D’après les travaux de Teva Meyer sur les dynamiques territoriales de la centrale de Fessenheim, le taux de croissance démographique annuel entre les recensements de 1962 et 1968 est lourdement négatif (-5%) à Fessenheim et proche de zéro dans les villages alentour. Le taux de croissance démographique annuel moyen calculé entre le début de la construction de la centrale et sa mise en service est de plus de 10%, soit un des plus hauts taux du département. Entre les recensements de 1968 et 1982, Fessenheim passe de 896 à 2002 habitants et passe à 2500 habitants en 2020. La population non diplômée chute elle aussi drastiquement à la même période et de manière précoce par rapport aux communes alentour. La population composée en quasi totalité d’agriculteurs et d’ouvriers devient majoritairement composée de cadres et de professions intellectuelles supérieures.
La centrale employait 850 personnes en 2017, 750 en 2020 et prévoit d'employer 60 personnes en 2023. A ceux-ci s'ajoutent 2200 emplois directs et 5000 emplois induits. Le central est vraiment le cœur névralgique de ce territoire. Une partie de ces employés sont déjà relocalisés dans un autre équipement EDF, une autre partie se voit accorder une retraite anticipée. Certains employés sont déconcertés à l'idée de déraciner leur famille et optent pour une formation afin de changer de profession et rester dans la région.
La centrale nucléaire n'est pas le premier investissement d'EDF dans ce territoire. En 1956 EDF met en service la centrale hydroélectrique de Fessenheim sur le Grand Canal d'Alsace à 2km au Nord de l’actuel CNPE. De plus, EDF acquiert de nombreux terrains dans la commune et tout le département pour y construire son parc immobilier afin d'y loger les employés de ses centrales. Les employés ne payant pas l’électricité et le parc immobilier vieillissant, ces logements ont de gros problème d'isolation car elles n'ont jamais été remises aux normes.
La présence de l’industrie nucléaire influence de trois manières les revenus fiscaux des collectivités territoriales : les taxes propres à cette industrie, les taxes propres à d’autres équipements nécessaires à cette industrie et l’ensemble de taxes au même titre que toutes autres usines. La commune de Fessenheim capte un peu moins de la moitié des retombées fiscales imputables à la présence de la centrale nucléaire. Près de 6,6 millions d’euros par an abondent au budget de la municipalité, faisant d’elle la commune disposant de recettes budgétaires, par habitant, parmi les plus élevées, si ce n’est les plus élevées du département.
Ce budget abondant a permis à Fessenheim de se doter d’équipements et de services tels qu’un complexe sportif et scolaire allant de la maternelle jusqu’au collège, ce qui n’est pas commun pour une commune de cette dimension. Elle a aussi des médecins qui se font rares en campagne et un hypermarché dont les clients viennent des communes voisines et aussi d’Allemagne. EDF est le premier sponsor des clubs et associations locales, permettant à ceux-ci de se développer et de se pérenniser. Autant d’atouts attrayants mettant Fessenheim au cœur de son territoire et des attentions.
Des attentions aussi négatives puisque pour certaines communes alentour la centrale représente un danger, d’autant plus si elles ne bénéficient pas des apports de celle-ci. Le périmètre du PPI a été étendu en 2018 suite à l’accident de Fukushima en 2014, en passant d’un rayon de 10km autour de la centrale à 20km. Ce rayon intègre 54 communes et 137 883 habitants auxquels sont distribués préventivement de manière régulière des iodes stables en cas d’accident. Un nouveau rayon de 5km d’évacuation immédiate a aussi été instauré en 2018. Ces mesures de sécurité doivent bien entendu être prises en accord avec l’Allemagne et la Suisse.
Pourtant les habitants de Fessenheim ne semblent pas être préoccupés par les risques potentiels de la centrale. Une majorité d’entre eux croient aveuglément en la machine, une autre préfère avoir confiance que d’avoir peur. Certains la surnomme leur «cube de sucre», d’autres ont cette image de «façade blanche avec une cheminée» gravée dans la mémoire depuis leur plus jeune âge. En effet la centrale est un élément visuel marquant du paysage du fait du faible relief de la vallée du Rhin supérieure. Du côté français du Rhin, la salle des machines et les bâtiments réacteurs sont vraiment visibles à des kilomètres à la ronde alors que du côté allemand du Rhin, le canal et la forêt la dissimulent d’avantage. Mais lorsque l’on prend un peu de hauteur sur les pans des Vosges ou de la Forêt Noire, elle redevient un repère.
Ayant toujours vécu avec celle-ci pour certains, y travaillant pour d’autres, il leur est difficile d’aller à l’encontre de leur source de vie. Le peu d’habitants de la commune étant contre la centrale nucléaire où du moins remettant en cause la sûreté absolue de celle-ci ne sont pas forcément bien vus par le reste de la population.
Une forme de dépendance s’est instaurée pour la municipalité et les habitants et la perspective d’une fermeture a été mal reçue. C'est au tour des employés, des habitants et des élus de protester contre la fermeture. Cette fermeture signifie aussi un départ de l’État, personnifié par EDF, qui signifierait une disparition de la sécurité et de l'ordre ainsi qu'un retour à l’anonymat, une disparition de la carte du territoire national. La centrale est vieille, les pièces à changer sont coûteuses et parfois elles ne sont plus produites, les générateurs sont mis à l’arrêt durant de longues périodes en attendant les réparations. EDF dépense plus pour la maintenir que ce qu'elle lui rapporte.
Paradoxalement la commune de Fessenheim est mal connectée au territoire. On ne peut y accéder que par la route. Les gares les plus proches se trouvent à 12km au Nord à Neuf-Brisach et à 12km au Sud à Bantzenheim. Ce manque de connexion avec le reste de la région a été l'un des critères pour l'installation de la centrale mais participe aussi à sa dépendance à celle-ci.
La sécurité est un argument qui revient souvent. En effet la centrale se trouve sur une zone sismique. Un tremblement de terre majeur pourrait détruire digues et barrages en amont du canal et du Rhin et le site nucléaire pourrait être inondé car il se situe entre 8 et 10m sous le niveau du canal et la catastrophe de Fukushima pourrait se reproduire. A cela s'ajoute le fait que son radier n'est que de 2m d'épaisseur alors que celui de Fukushima était de 8m d'épaisseur et de plus elle ne se situe qu'à 3m au-dessus de la plus grande nappe phréatique d'Europe. Un accident serait dramatique pour le territoire proche mais aussi pour toute l'Europe. Les atomes ne connaissent aucune frontière, rien n’empêcha les nuages de Tchernobyl de franchir les Alpes contrairement à ce qui était avancé à l'époque. En 2014 une soixantaine de militants de Greenpeace se sont introduits dans l’enceinte de la centrale nucléaire pour dénoncer le vieillissement du parc nucléaire français. Cette action a aussi démontré la facilité d'accès au site pour des actions qui pourraient être malveillantes.
Après tant de débats, de protestations, de contestations et après que la fermeture a été officiellement actée, les habitants de la ville semblent vouloir se débarrasser de cet héritage et passer à autre chose. Cela montre bien comment l’État a failli à préparer une transition mais a créé une rupture menant la population à rejeter sa propre identité.
La machine Après 43 ans de fonctionnement, la centrale a donc fermé ses deux réacteurs en 2020. EDF a pour projet de démanteler la centrale en 20 ans, d'enterrer ses fondations et d'effacer toutes traces de celle-ci pour revenir à l'herbe. Comme c'est la première centrale de sa génération, si ce démantèlement est réussi, EDF compte bien en commercialiser le processus.
Pourtant ce n’est pas la première fois qu’EDF veut démanteler une centrale nucléaire. En 1995 débute le chantier de démantèlement de la centrale nucléaire de Brennilis qui est à l’époque la première tentative de démantèlement totale et qui se veut être une vitrine pour EDF. Aujourd’hui, 26 ans plus tard, ce chantier n’est toujours pas terminé à cause d’incidents de parcours et d’arrêts du chantier. Le chantier ne devrait s’achever qu’en 2032, selon EDF, et pourrait coûter jusqu’à 482 millions d’euros – un montant vingt fois supérieur à l’évaluation de 1985.
EDF compte cette fois-ci réussir son coups et faire de Fessenheim un modèle pour le reste de son parc vieillissant mais aussi pouvant être vendu à l’étranger . Pourtant même si la décision définitive de la fermeture de la CNPE de Fessenheim date de 2018, le plan proposé pour l’instant par EDF semble très flou. Le démantèlement d’une centrale reste pour le moment vague car il n’a pas été pensé lors de la création des centrales. Nous avons créé une technologie sans penser à la fin de vie de celle-ci et sans penser aux déchets que celle-ci engendre. Cette technologie a été créée suite à la demande massive et imminente en énergie, pour produire facilement une quantité d’énergie abondante. "En France, on n'a pas de pétrole, mais on a des idées", dans les années 70 la France décide de se lancer à bras ouvert dans le nucléaire de par le manque de ressources fossiles exploitable sur le territoire. Aujourd’hui la France est la deuxième puissance nucléaire mondiale derrière les Etats-Unis mais le premier pays nucléarisé par nombre d’habitant. EDF est le seul propriétaire des 18 sites nucléaires contenant 56 réacteurs en activité. Le parc nucléaire français fournit aujourd’hui plus de 70% de la production électrique. Mais les centrales vieillissent. Ainsi, 52 des 56 réacteurs en service ont été construits dans les années 1970-1980. Pour maintenir en 2035 la production électrique de la France à son niveau et à son coût actuel, EDF prévoit, a minima, la construction de trois paires de deux réacteurs de type EPR. Ainsi nous continuons à construire des réacteurs sans savoir comment les déconstruire La technologie nucléaire, comme le dit le sociologue allemand Ulrich Beck, est un «avion en vol sans piste d’atterrissage».
La centrale nucléaire de Fessenheim appelée aussi l’INB n°75 est constituée de deux tranches nucléaires identiques, de type réacteur à eau pressurisée (REP), d’une puissance unitaire de l‘ordre de 900 MW électrique, mises en service industriel les 30 décembre 1977 et 18 mars 1978. Les deux tranches sont refroidies en circuit ouvert par l’eau du Grand Canal d’Alsace. Elle a produit plus de 440 milliards de kilowattheures d'électricité de 1977 à 2019. L'énergie produite est évacuée vers le réseau général par un poste électrique haute tension situé à l'ouest du site. Le site, qui s’étend sur une superficie d’environ 73 hectares, comporte quelques bâtiments à caractère nucléaire et divers bâtiments non nucléaires, dits « conventionnels ». Les bâtiments nucléaires sont composés des deux bâtiments réacteurs (BR), de leur bâtiment combustible (BK) et de bâtiments auxiliaires faisant le lien avec le reste du site (BAN). Les bâtiments conventionnels sont composés de la salle des machines (SDM) qui est le bâtiment le plus grand du site et où la vapeur est transformée en énergie. Puis, il y a divers bâtiments industriels et tertiaires tel que : station de pompage, bâtiments d’entreposage des générateurs de vapeur usés, alimentation en eau de secours, plates-formes d'évacuation de l'énergie électrique, bâtiment d'entretien de site, magasin général, cantine, infirmerie etc. Les décisions sur la fermeture et le démantèlement du site de Fessenheim semblent avoir été prises en réaction à des pressions qu'elles soient politiques, sociales ou économiques et répondent ainsi à des enjeux à court terme. Pourtant, un projet et une réflexion à long terme seraient plus adéquats et auraient dû commencer il y a déjà plusieurs années pour apporter une transition homogène et efficace. Cette erreur semble s'être déjà produite lors de la construction de ce site et nous en avons vu les conséquences. Même d'un point de vue architectural, cette centrale a été construite par des thermiciens et c'est suite à cette réalisation qu'EDF engagea l'architecte Claude Parent et son colloque d’architectes afin de mieux dessiner les centrales suivantes et de créer un langage propre à celles-ci. Une nouvelle fois, EDF confie cette tâche uniquement à des ingénieurs et scientifiques, il serait peut-être avisé de faire participer des architectes au débat.
Avant le démantèlement proprement dit, des opérations de mise à l'arrêt des procédés et de mise en ordre de l'installation seront menées durant 5 ans, le plus important étant d'attendre le refroidissement des réacteurs et l'évacuation des combustibles afin d'évacuer 99,9 % de la radioactivité. Puis, le vrai chantier commence et se divise en plusieurs étapes qui, sur l'ensemble du site, peuvent se chevaucher. La durée totale prévue pour le chantier du démantèlement est de l'ordre de 15 ans, de l’entrée en vigueur du décret de démantèlement à la fin des travaux. L’état final visé à l’issue du démantèlement est un site non nucléaire, dans lequel tous les bâtiments sont démolis jusqu’à une profondeur d'un mètre au-dessous du niveau du sol, le tout recouvert de terre et de gravas pour un retour à l'herbe. Au vu des autres tentatives de démantèlement en France ou dans le monde, EDF semble très optimiste que ce soit sur la durée et le budget de ce chantier. Pour une tranche de 900/1000 MW comme celle de Fessenheim, l'Allemagne a chiffré 1/1.2 milliards d'euros alors qu'EDF ne prévoit que 350/400 millions d'euros.
EDF a prévu un planning de chantier de démantèlement en 4 phases majeures. La première phase est le démantèlement électromécanique. Elle consistera à déposer et découper tous les équipements et machines se trouvant dans les bâtiments nucléaires ainsi que dans la salle des machines. La salle des machines sera notamment utilisée pour désassembler les machineries et systèmes de production d'énergie. Cette étape est censée durer 10 ans. La deuxième phase est l’assainissement des structures. Elle consistera à éliminer la contamination restante dans les bâtiments nucléaires. Il est nécessaire qu'il n'y ait plus aucune radioactivité sur place. Cette étape est censée durer 10 ans. La troisième phase est la démolition des bâtiments. Comme son nom l'indique cette étape consistera à démolir les bâtiments du site. Cette étape se chevauche avec les autres puisque les bâtiments conventionnels pourront être détruits dès qu'ils n'auront plus d'utilité. Les bâtiments nucléaires ne seront démolis que lorsqu'ils seront totalement assainis. Cette étape est censée durer 6 ans. Mais cette étape interroge sur la nécessité de démolir tous les bâtiments même ceux conventionnels qui n'auront jamais été en contact avec de la radioactivité. Si le site compte un jour être réhabilité, peut-être que ces bâtiments pourront trouver une nouvelle utilité sans avoir besoin d'en construire d'autres. La dernière phase est la réhabilitation du site. Cette réhabilitation consiste principalement à s'assurer de la bonne condition des sols et au rebouchage des trous laissés par la démolition des bâtiments et un retour à l'herbe. Cette étape est censée durer 3 ans. Ce retour à l'herbe questionne sur la trace et l'héritage que nous voulons laisser du nucléaire dans l'histoire.
Une raison majeure de l'anxiété autour du nucléaire est le secret qui gravite autour de cette technologie. Claude Parent avait imaginé que les centrales pouvaient être visitées librement par la population pourtant très rapidement elles sont devenues des bunkers, des places fortes avec des grilles, des barbelés, des caméras de surveillances, des postes de contrôles aux entrées, des gendarmes spécifiquement affectés à la sûreté du lieu. Sur les images satellites tout public, les sites sont floutés tels des bases militaires. Il est interdit sous peine d'amende de survoler la centrale. Tous ces efforts pour sécuriser cette technologie contre de possible personnes malintentionnées et rassurer la population, n'a engendré que l'inverse et la peur de l'inconnu a grandi.
L'ouverture du site au public lors du démantèlement permettrait de possiblement rassurer la population et de faire tomber des frontières mentales qui se sont construites autour du secret du nucléaire. Ce démantèlement demeure "nébuleux" pour de nombreux spécialistes, donc il l'est encore plus pour une population non-initiée. Il semble être une parenthèse où le temps s’arrête, sans connaître ce qu'il se passera après. D'autant plus que pour le moment il n'y a pas de projet de reprise du site. La réhabilitation du site pourrait débuter plus tôt durant le démantèlement et ne pas attendre la fin de celui-ci dans 20 ou 50 ans lorsque la commune de Fessenheim aura été oubliée.
Pourtant de nombreux projets s'esquissent pour venir compenser les pertes fiscales entraînées par la région Grand-Est en partenariat avec la communauté de commune et l'Allemagne. Des projets de ZAC et de parcs énergétiques, projets génériques, venant répondre à des enjeux économiques immédiats sans forcément répondre aux enjeux sociaux et paysagers. Ces projets sont éparpillés et ne dialoguent pas entre eux et avec le démantèlement. Il manque un projet global, de vases communiquant entre les différents projets et une vision à long terme du territoire et de son évolution.
La trace Si l’on en croit Victor Hugo dans Notre Dame de Paris, l’architecture fut longtemps comme le livre de l’humanité, la pierre disant le sens comme plus tard ce seront les livres imprimés qui diffuseront la parole et la pensée. On pouvait «lire la pierre». Dans cette perspective l'on peut se questionner sur ce qu'on laissera comme lectures aux générations futures. Dans ce territoire, l'Homme a déjà laissé des traces immuables en canalisant dans un premier temps le Rhin, puis en créant le Grand Canal d'Alsace. Toute cette nature se déployant autour de ces deux axes aquatiques est artificielle. Le site de la centrale nucléaire est entouré d'une épaisse forêt créant une barrière dite naturelle mais qui ne l'est pas. Paradoxalement cette mise à distance et le peu d'activité autour de la centrale ont permis à des espèces rares animales et végétales de se développer et de prospérer. Cette tranquillité devrait être conservée.
Pour les sites nucléaires EDF semble déjà avoir tranché pour ne rien leur laisser du tout. Pourtant la technologie nucléaire se fonde sur le fait de laisser les générations futures trouver une solution pour réutiliser, requalifier ou recycler totalement tous les déchets nucléaires que nous sommes en train d'accumuler depuis plus de 5O ans. Pour l'instant, les déchets nucléaires sont la seule trace de cette technologie que nous allons laisser dont certains d'entre eux pour plusieurs centaines de milliers d'années.
Le démantèlement de Fessenheim générera, selon EDF, 380 000 tonnes de déchets, dont 94 % de déchets conventionnels, qui seront recyclés ou utilisés comme remblais, 3% de TFA, qui seront stockés au CIRES, 2% de FMA-VC, qui seront stockés au CSA et 0,1% de MA-VL qui seront stockés au Cigéo.
La ruine, c’est ce qui tombe (ruere, tomber, s’écrouler). Mais c’est aussi ce qui reste : lent processus de chute et résultat de cette destruction, la ruine demeure: lambeau d’un autre temps, pierres d’un autre âge, percée d’une autre époque dans le présent nostalgique. Nous pourrions laisser un autre type de trace afin de montrer ce moment d'histoire où l'Homme tenta de s’affranchir de l'énergie. Pour cela il faudrait laisser en place des ruines des sites nucléaires qui permettraient dans un premier temps de patrimonialiser l'héritage du nucléaire et par l'architecture de celui-ci montrer nos accomplissements.
Albert Speer, architecte controversé pour sa loyauté envers Hitler, créa la notion de "valeur de ruine" pour les bâtiments qu'Hitler lui commanda car ceux-ci devaient être conçus pour finir par tomber en ruines esthétiquement agréables, démontrant aux futures générations la puissance du 3ème Reich. Ici, bien évidemment, ce n'est pas la puissance en tant que telle qu'il faut montrer mais la recherche de celle-ci.
Diderot énonce la poétique de la ruine dans Salon de 1767: «L'effet de ces compositions, bonnes ou mauvaises, c'est de vous laisser dans une douce mélancolie. Nous attachons nos regards sur les débris d'un arc de triomphe, d'un portique, d'une pyramide, d'un temple, d'un palais, et nous revenons sur nous-mêmes. Nous anticipons sur les ravages du temps, et notre imagination disperse sur la terre les édifices mêmes que nous habitons. A l'instant, la solitude et le silence règnent autour de nous. Nous restons seuls de toute une génération qui n'est plus ; et voilà la première ligne de la poétique des ruines.». Comme le remarque Roland Mortier, «La méditation de Diderot se veut ici plus prospective que rétrospective.». La ruine fait moins rêver sur ce qui fut que sur ce qui sera ou plus exactement sur ce qui ne sera plus.
Ainsi laisser un trace par la ruine permettrait aussi aux générations futures de se questionner sur leurs existences, de remettre en question leur propres accomplissements et préparer les transitions vers un futur déclin, ce qui nous a profondément manqué, au même titre que l’archéologie est ce qui nous a permis d'interroger les ruines et de comprendre comment nous en sommes arrivés à ce que nous sommes aujourd'hui.
Vers le projet La CNPE de Fessenheim s'est imposée comme le symbole de la commune de Fessenheim malgré elle. Perdre ce symbole revient à perdre une partie de son identité, "C'est comme si on retirait le clocher du village." Un retour à l'herbe viendrait effacer totalement l'histoire, l'identité d'une commune et un héritage technologique. Quelle que soit notre opinion sur le nucléaire, on ne peut se résoudre à effacer cette partie de notre histoire. La patrimonialisation de ce site s'avère indispensable, sans pour autant rester dans le passé mais plutôt se tourner vers le futur de la commune.
Construit sur la racine «mantel» signifiant le manteau, le démantèlement évoque l’action d’ôter le manteau, de se dévêtir. Si ce terme se définit comme l’acte de déconstruction d’une structure, il pourrait aussi être perçu comme un moyen de révélation de cette structure. En effet, en retirant de la matière, le démantèlement permettrait de mettre en lumière des parties autrefois invisibles du bâtiment. La réhabilitation du site et un projet territorial pourraient s'imbriquer dans la temporalité du démantèlement sans attendre la fin de celui-ci pour répondre aux enjeux de manière chronologique selon la temporalité qu'ils nécessitent. Un projet qui viendrait accompagner l'attente des travaux qui pourrait s'éterniser.
Penser la réhabilitation du site ne veut pas dire repartir de zéro mais venir se greffer sur un existant conservé, créer une nouvelle peau qui viendrait filtrer les nouveaux usages du site.
Penser comment connecter ce site au territoire permettrait de résoudre des enjeux économiques et sociaux immédiats ainsi que de créer la possibilité d'amener la population à traverser ces murs en sécurité afin de comprendre ce qui se passe réellement à l’intérieur de cette forteresses et d'ainsi la faire participer à sa transformation.
La réalisation du projet transformerait un tabou social en une attraction et un monument qui représente un manifeste, un manifeste qui est le résultat d’une interaction entre l’homme, la nature et la technologie.
par Olmo Galletti et Alexandra Runcan
Là où la machine s'est arrêtée …
Contre projet au démantèlement de la centrale nucléaire de Fessenheim. Réflexions territoriales, architecturales et sociales sur sa possible réhabilitation.
par Olmo Galletti et Alexandra Runcan
La centrale nucléaire de Fessenheim mise à la retraite après 43 ans de service !