“Rivages” de Harry Gruyaert
Lorsque l’on découvre l’œuvre de Gruyaert, la première réaction est bien souvent un choc, visuel, graphique et esthétique. Dans ses images, tout explose comme une révélation, les couleurs, les ombres, les illuminations, les contrastes et les silhouettes dans un maelstrom que le cadrage contingente quand même. Là est la force de Gruyaert, cette concentration d’émotion, cette vibration colorée et cette esthétique de l’instant. Et pourtant, il arrive que le photographe modère ses ardeurs coloristes pour saisir ces paysages où le soleil, ce projecteur parfait, ne fait qu’une timide apparition, des paysages où gronde la tempête à venir, des lieux où le jeu des nuages gris annonce la pluie, là où la frontière de l’eau se brouille avec le ciel, ces bords de mer où le climat océanique se veut changeant, trouble et vaporeux.
C’est cette atmosphère qui nimbe le superbe livre « Rivages » sorti en 2003 et réédité l’année dernière par la maison d’édition Textuel. Ici il est question d’un carnet maritime qui vagabonde le long des plages, des rivages et des côtes, de la Baie de Somme au Mont Saint Michel en passant par Nice, l’Île de Ré, le Nord pas de Calais, Biarritz, Ostende, les côtes irlandaises, égyptiennes ou la Sardaigne, partout où l’océan donne vaguement rendez-vous à la terre.
Dans un format large et confortable, les grandes photos de Gruyaert semblent une véritable invitation à la promenade balnéaire dans ces lieux un peu étranges où l’architecture du ciel et de la mer compose un panorama onirique et poétique. Pour ce photographe belge reconnu comme un des maîtres de la couleur, tout l’intérêt des plages et des rivages réside justement dans cette combinaison : « Ce que j’aime, c’est ce ciel qui touche l’eau, cet infini. C’est graphique et sensuel, ce sont des paysages qui changent tout le temps ». (…) Pour moi, la lumière, les gens, les couleurs, l’architecture ont tous la même valeur » (interview donnée à l’Express lors de la parution du livre en 2003).
Né à Anvers en 1941, Harry Gruyaert a suivi une école de cinéma avant de se lancer dans la photographie de mode et d’évènements sportifs à Bruxelles et à Paris puis d’évoluer vers la réalisation de documentaires pour la télévision. Inspiré par la peinture hollandaise, par Richard Avedon, Irving Penn, William Eggleston, Joel Meyerowitz et Saul Leiter, le maître flamand de la chromie fait partie de la prestigieuse agence Magnum depuis 1981. Depuis plus de quarante ans, le photographe publie régulièrement des ouvrages qui sont autant de solides références en matière de virtuosité photographique. « Rivages » s’inscrit dans cette lignée d’ouvrages majeurs avec une petite nuance dans le traitement de la couleur, une couleur moins contrastée qu’à l’accoutumée, une gamme chromatique, vu le sujet balnéaire, forcément tempérée.
« Rivages » de Harry Gruyaert (1941-....), édité par Textuel – paru en 2003, Cote : PHOTO 2 GRUY
« Rivages » de Harry Gruyaert (1941-....), Edité par Textuel - paru en 2018, Cote : PHOTO 2 GRUY
Gruyaert dans le Fonds photo de la Médiathèque Rostand :
· « Morroco » de Harry Gruyaert, édité par Schirmer-Mosel - paru en 1990, PHOTO 2 GRUY
· « Maroc » de Harry Gruyaert, édité par Textuel - paru en 2013, Cote : PHOTO 2 GRUY
· Harry Gruyaert, édité par Actes Sud - paru en 2006, Photo poche, Cote : PHOTO 2 GRUY
· Harry Gruyaert, édité par Textuel - paru en 2015, 80 photographies, Cote : PHOTO 2 GRUY
· «West, East : 1981 Los Angeles, La Vegas. 1989 Moscou » de Harry Gruyaert, édité par Textuel – paru en 2017, Cote : PHOTO 2 GRUY
· « Lumières blanches » de Harry Gruyaert, édité par le Centre national de la photographie – paru en 1986, Cote : PHOTO 2 GRUY
· « Roots : Belgique 1970-1980 » de Harry Gruyaert, édité par les éditions Xavier Barral – paru en 2012, PHOTO 2 GRUY