Martine Rousset, Chemins (film still), 2016.
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Martine Rousset, Chemins (film still), 2016.
Dali (1937), Portrait imaginaire de Lautréamont à 19 ans obtenu d’après la méthode paranoiaque-critique « De telles apparitions, si singulièrement contraignantes, mais vivifiantes, et qui jouent le rôle d'un appel d'air, sont faites pour rouvrir sur la vie réelle avec un glaive de feu la porte du « paradis perdu des amours enfantines », manifestent dans le subconscient collectif un désir inavoué, mais puissant, que l'enfance « revienne » - ici et maintenant - dans son intégrité, pour sauver ou pour perdre, et illustrent les soubresauts d'une volonté arc-boutée pour renverser à n'importe quel prix le fardeau écrasant des « valeurs » séculairement officielles » (Gracq)
Le rivage des Syrtes
Autrefois les mortels criaient, aujourd’hui ils s’ennuient, l’explosion cosmique de la conscience a fait place à l’intimité.
Julien Gracq, French author
Julien Gracq, "Written in Water" (in Liberté Grande).
« Comment faire sentir à qui ne l’a pas éprouvé par lui-même à quel point ces minimes, ces graves incidents, peuvent être vécus surréellement, enfiévrés d’une lumière apocalyptique ? Le merveilleux des enfants est infiniment plus sobre que celui des grandes personnes en ce qu’il est entièrement incorporé, sans rien qui dépasse, ne supporte pas l’enjolivement, et hait plus que la mort le style décoratif : il est dynamisation infinie par l’intérieur des objets et des actes vulgaires, ceux qui tombent sous le sens ; il est une lumière d’orage, une certaine manière élective de regarder qui transforme un caillou en projectile. Lautréamont le définit d’un trait de feu : il s’appelle « le puéril revers des choses ». Son pouvoir de contagion n’est pas non plus de ceux qui se laissent aisément circonscrire. On peut rêver à certaine manière de bondir du collège dans la vie qui serait génératrice de singuliers ravages, et il n’est pas sûr que la transposition après tout littéraire que Lautréamont nous en offre n’ait pas trouvé par la suite des répondants plus concrets, jusqu’à se voir conférer après coup une allure presque prophétique. Je songe à ces « étudiantes » à cheveux courts, à ces « lycéens » du terrorisme russe pendus à dix-huit ans, passés directement et si naturellement des bancs du collège à l’état de lanceurs de bombes, et qui représentent somme toute une des trajectoires humaines les plus pures de ligne qu’il soit donné de rêver : celle d’une révolte absolument inconditionnelle. »
Gracq, Lautréamont toujours
Lecture de Written in Water, de Gracq (in Liberté Grande)
Prendre soin de soi GRACQ MAG 39 - HIVER 2020 Dessinateur Gaël De Meyere