en espagnol Vous vous souvenez quand, au début des années 90, Internet était un espace de liberté, un univers de possibles, libertaire et autonome, permettant tous les rêves. Et il l'a été, un peu, un temps; l'existence de ce blog en est un modeste témoignage. D'autres, bien plus significatifs, furent les révolutions arabes, les … Continuer la lecture de « Bricoler, braconner, saboter »
Samuel Bianchini, Discontrol Party #3, 2018, ph. Alexis Komenda, p. 158.
Discontrol Party #3, Dispositif festif interactif, 2009 - 2018 conçu et réalisé sous la direction de Samuel Bianchini
Jean-Paul Fourmentraux antiDATA – La désobéissance numérique – Art et hacktivisme technocritique aux Presses du Réel
Il y a six mois que le FBI est sur son dos : Isis Agora Lovecruft, une des développeuses de Tor, le réseau qui protège l’anonymat, a annoncé avoir quitté les Etats-Unis.
Audrey Tang : dans la boîte à outils d’une hacktiviste
Gourou de la révolution civic tech et de la gouvernance ouverte à Taiwan, Audrey Tang est intervenue le 1er mars 2016 à Paris à l’invitation de Personal Democracy France et de La Netscouade.
Audrey, c’est l’ hacktiviste par excellence, qui consacre son temps et son talent de développeuse à créer de nouveaux outils en ligne pour “réinventer” la démocratie. Open source, open data, sousveillance ou encore réalité virtuelle… Rencontre avec une développeuse engagée, qui met pour de bon l’imagination au pouvoir !
À Taïwan, le développement simultané d’Internet et de la démocratie
C’est d’abord le contexte politique de son pays natal, Taïwan, qui motive Audrey Tang dans son engagement.
“La fin de la loi martiale a coïncidé avec l’apparition d’Internet, explique Audrey Tang, alors que dans les pays européens, la démocratie avait déjà près de 200 ans. Ici, les digital natives ont une autre façon de voir la politique.”
Pour la jeune femme, Internet et démocratie y sont donc intrinsèquement liés et ont évolué de manière concomitante, l’un accompagnant l’autre et lui permettant d’évoluer.
“Internet possède deux vertus : il permet tout d’abord de mettre en contact des inconnus ensemble. Il permet également d’innover sans avoir à demander la permission”. Des caractéristiques qui inspirent celle qui se définit comme une “anarchiste conservatrice”, et qu’elle exploitera très vite pour participer à renouveler l’espace public taïwanais, en quête de transparence.
“Il existe un consensus qui a été gagné par l’open source”
Et tout commence à seulement 13 ans, alors qu’Audrey Tang - qui a quitté l’école un an plus tôt - participe à la conception du World Wide Web. L’objectif : “créer un espace plus sûr pour apprendre de chacun et expérimenter vers des idées faisables”. Un projet qui changera à jamais la face du monde et qui la fait collaborer très tôt avec les grands noms du Web, notamment Tim Berners-Lee.
Dans les années qui suivent, Audrey prend part à une multitude de projets “nerdy”, comme elle les décrit, parmi lesquels figure la conception de Wikipédia. “Nous avons réalisé de nombreux prototypes avant d’aboutir à une version qui corresponde à un consensus, explique-t-elle. Nous voulions créer une plateforme où les gens pourraient se rendre, où ils pourraient découvrir et se soucier des mêmes choses que nous. Je pense qu’il y a des valeurs unificatrices dans l’informatique.”
Et c’est bien sur ces valeurs que repose son action politique : “je pense qu’avoir un ennemi est au détriment de l’épanouissement d’un mouvement dans son ensemble,” affirme-t-elle.
Celle qui prône l’open source pour développer ses programmes informatiques se refuse ainsi à critiquer les logiciels propriétaires : “Lorsque l’on a un ennemi, on ne peut plus se concentrer sur le reste. Microsoft a bien ouvert un profil sur GitHub il y a quelques années avec une mention indiquant qu’ils décidaient finalement de collaborer et d’apprendre avec d’autres. C’était un peu comme une excuse. Apple, Google, Facebook... Eux aussi font tous de l’open source depuis plusieurs années. Je pense qu’il existe un consensus qui a été gagné par l’open source.”
Open data : “g0v.tw” pour un gouvernement DIY
Depuis qu’elle a officiellement pris sa retraite, Audrey Tang s’emploie à développer des outils de participation citoyenne. Car si les réseaux sociaux, à l’image de Facebook, permettent aujourd’hui de mettre en contact les internautes, il ne stimule pas véritablement l’engagement selon elle : “il donne juste l’impression aux citoyens d’avoir participé”.
Il convient donc aux hacktivistes de créer les outils les plus efficaces pour permettre à chacun de participer. Et c’est en découpant les tâches en petits morceaux qu’ils capteront suffisamment longtemps l’attention des internautes pour leur permettre d’agir. “C’est comme dans un flashmob, il y a une dizaine de personnes qui danse et des milliers autour qui regardent et qui vont suivre le mouvement.”
Une démonstration de force largement mise en oeuvre lors du projet “g0v.tw”. Le but : mettre à disposition du public les données budgétaires des ministères. “J’y ai pris part en janvier 2013. Nous voulions donner à chacun le pouvoir de repenser sa relation avec le gouvernement. Notre plus gros hack a été celui de l’extension du nom de domaine, puisque nous avons repris celui de chaque ministère et transformé le “.gov” en “.g0v” pour que ce soit facilement accessible par tous.”
Pour numériser toutes les données récupérées, les hacktivistes s’en sont remis au crowdsourcing en proposant à chaque internaute de se charger d’une petite partie, numérisable en quelques secondes. Le projet rencontre alors un succès immédiat : en seulement 24h, 2.637 pages sont numérisées par environ 10 000 contributeurs.
Le mouvement des tournesols : la sousveillance au service de la manifestation
Autre fait d’arme marquant de la jeune femme : son rôle lors du mouvement des Tournesols, au Printemps 2014. Alors que le gouvernement s’apprête à ratifier un traité commercial avec la Chine, permettant au pays d’investir largement dans différents secteurs, sans même que des débats n’aient été organisés, les étudiants descendent dans la rue pour manifester, puis occupent très rapidement le parlement, brandissant des tournesols en signe d’espoir.
Photo CC0 1.0
Audrey les aide alors à installer les caméras permettant de filmer 24h/24 ce qui se passe à l’intérieur et autour du bâtiment. Tant que chacun sait qu’il est potentiellement regardé - manifestant comme policier - par quiconque derrière son ordinateur ou depuis les écrans installés tous les 500m dans la rue, il ne peut y avoir de débordement. C’est la sousveillance à son paroxysme. Audrey participe également à la mise en place, avec d’autres internautes, d’une plateforme d’échanges en temps réel permettant aux manifestants de communiquer plus facilement entre eux et de contrecarrer les fausses rumeurs qui circulent. Des retranscriptions de chaque conversation se font également en temps réel par des bénévoles. Quelques jours plus tard, le gouvernement annonce que le traité ne sera finalement pas signé.
La réalité virtuelle au service des civic techs ?
Et elle ne compte pas s’arrêter là. Car Audrey a déjà mis au point un nouvel outil au service d’un plus grand engagement citoyen : une application en réalité virtuelle qui plonge l’utilisateur dans l’espace, lui permettant d’explorer les planètes et d’en découvrir les caractéristiques. Elle s’explique :
“L’objectif de ce projet est de donner l’impression d’être proche d’un lieu. C’est ce dont manque souvent les digital natives. En Arizona par exemple, l’Université d’État a créé ce que l’on appelle le ‘Decision Theatre’ (voir la vidéo ci-dessous), qui est entièrement équipé de moniteurs, d’écrans et d’outils de visualisation en 3D afin de mieux envisager tous les scénarii lors de l’élaboration d’une politique publique. Elle permet de se connecter à d’autres acteurs à Washington D.C qui disposent des mêmes équipements afin d’en discuter tous ensemble. Dans le cas d’un travail sur une zone sinistrée, cela permet de se mettre littéralement dans le contexte plutôt que d’envisager les gens ou les infrastructures comme des nombres.”
Et la jeune femme d’ajouter :
“C’est un processus qui permet d’aller au delà des représentations. Le programme qui a servi à mon prototype n’a pas à être réécrit. Il peut être réutilisé et complété en fonction des besoins.”
Sa prochaine expérimentation : permettre à quiconque de participer à la vie publique à Taïwan en réalité virtuelle, comme assister à une réunion du conseil municipal par exemple, sans avoir à quitter son domicile. “Le contexte local sera plus apparent pour les gens et les discours des relations presse n’auront plus de prise.” Le contact serait alors direct derrière les casques de réalité virtuelle. Seuls ensemble, somme toute. De quoi donner du grain à moudre aux détracteurs de Sherry Turckle.
Retrouvez la présentation du 1er mars d’Audrey Tang
La 9 de Anonymous, el grup que ha piratejat webs com la de l'Hermandad del Valle de los Caídos, és l'"únic referent operatiu" de 'hacktivisme' a l'Estat, segons un informe d'un organisme del CNI
La 9 de Anonymous, el grup que ha piratejat webs com la de l'Hermandad del Valle de los Caídos, és l'"únic referent operatiu" de 'hacktivisme' a l'Estat, segons l’informe d'un organisme del CNI
L’hacktivisme et le slacktivisme : le pouvoir du Web 2.0
Je crois que pour un billet portant sur le sujet de l’hacktivisme, il est impossible de passer à côté de l’exemple d’Anonymous. Il faut dire qu’Anonymous est un mouvement mené sur Internet, qui a pour but d’infiltrer les réseaux dans un objectif de revendication politique. Se faisant sous l’anonymat, n’importe quel individu peut se joindre à ce collectif.
Mentionnons l’exemple du Projet Chanology où une série d’attaques informatique ont été faites à l’endroit de l’Église de scientologie, en 2008. Le Projet Chanology a débuté lorsqu’une vidéo montrant Tom Cruise vanter cette scientologie est apparue sur YouTube et qui a, dès lors, été retirée à la suite de la demande des avocats représentant l’Église de scientologie. La suppression de la vidéo a été perçue comme un geste de censure illégitime. Aussi, Sophian Fanen et Camille Gévaudan mentionnent que, «les internautes ont aussitôt dupliqué[sic] la vidéo sur tous les sites de partage communautaire et lancé le «Project Chanology» en guise de représailles.» (Libération, 2012 : En ligne) Des activistes du mouvement d’Anonymous entreprendront ensuite une série d’attaques sous forme de déni de service (ce qui rend un service information inaccessible en empêchant les utilisateurs de l’utiliser).
À propos, voici la vidéo faite par le groupe de revendicateurs Anonymous.
L’hacktivisme est donc une forme de participation citoyenne sur le Web qui, comme l’exemple du Projet Chanology, peut en arriver à des manifestations dans les rues.
Soit dit en passant, l’hacktivisme peut sembler identique au slacktivisme, mais il en est tout autre. Le slacktivisme est en réalité «le fait de supporter une action ou une cause en fournissant un minimum d’efforts» (Le dictionnaire urbain, 2015 : En ligne). L’«Ice Bucket Challenge» (geste consistant à se verser un seau d’eau sur la tête ainsi qu’à inviter ses amis à le faire afin de démontrer son support contre la SLA) ou le mouvement Web #BringBackOurGirls (mobilisation mondiale dans le but de montrer son support aux lycéennes enlevées par la secte islamiste de Boko Haram), sont des exemples de slacktivisme.
Une hacktiviste barceloinaise de 37 ans qui participait au “Circumvention Tech Festival”, une conférence centrée sur la lutte contre la censure et la surveillance sur Internet a eu la surprise de retrouver dans la roue de sa voiture… un traqueur GPS.
Si c'est vrai, c'est un peu inquiétant de voir de tels moyens employés pour des enjeux somme toute assez relatifs.
https://people.torproject.org/~ioerror/skunkworks/forensics/valencia-tracking-device/