À l’ère du numérique, une forme de militantisme web s’est développée de manière assez alarmante : le « slacktivisme ». Provenant du terme « fainéant » et « activisme », le slacktivisme représente un mouvement de protestation ou de support d’une cause qui se déroule entièrement sur le web. À première vue, le slacktivisme n’a pas l’air d’être quelque chose de négatif. Il permet de faire circuler de l’information ou d’appuyer des causes sur les réseaux de manière très efficace. Certaines pétitions peuvent cumuler des milliers, voir des millions de signatures en un temps record. Le réel enjeu engendré par le slacktivisme est le manque de volonté des internautes à réellement vouloir changer les choses.
Le mouvement « Black Lives Matter » qui a initialement été engendré par la mort de George Floyd en est un bon exemple. Suite à cette tragédie, en seulement quelques jours, « le mot-clic #blackouttuesday avait été publié plus de 20 millions de fois sur Instagram en réponse à l’initiative de Brianna Agyemang et de Jamila Thomas, deux cadres noires de la musique aux Etats-Unis ». Ce mouvement de masse a fait énormément parlé sur le web et a permis d’initier des conversations portant sur le racisme systémique partout dans le monde. Cependant, la réalité est qu’une bonne majorité des gens qui partageaient ce mot-clic le faisaient probablement pour suivre la masse et pour ne pas sembler être indifférent vis-à-vis ce mouvement. Il va de soi qu’un simple partage sur les réseaux sociaux ne peut substituer un réel acte face à cet enjeu, tels que des donations, des manifestations ou des actions plus concrètes.
Personnellement, ce n’est qu’après m’être informé sur le slacktivisme que j’ai réalisé qu’il est facile d’alléger sa conscience sociale en partageant des informations et en exprimant brièvement notre opinion sur les réseaux sociaux. Il est important de se rappeler que le slacktivisme ne peut en aucun cas remplacer des gestes sociaux concrets.
Donner 0,25$ à un itinérant, en sortant du bar. Accepter de rajouter 1$ sur votre facture d’épicerie pour Enfant soleil. Éviter de boire votre frappé aux fruits avec une paille en plastique.
Ce sont des gestes que nous faisons et chaque fois, le citoyen moyen sentira qu’il a fait une différence. Ce n’est pas faux.Chaque petit geste compte après tout. Mais ça ne fait de lui un philanthrope ni un grand environnementaliste.
Cette attitude s’est transportée vers les réseaux sociaux.
Bien que ce soit une plate-forme exceptionnelle pour créer des mouvements sociaux, nous avons seulement à penser à #metoo qui a fait créer une vague de solidarité et de sensibilisation sans précédent, les réseaux sociaux sont le royaume du slacktivisme.
Slacktivisme, contraction de slack (« fainéant, mou du genou ») et activisme (« militantisme par l’action »), désigne l’art de s’engager politiquement sans se fouler, de préférence sans quitter son canapé et en quelques secondes seulement.
En partageant la photo d’un enfant malade, en signant une pétition en ligne, en mettant un filtre politique ou environnementaliste sur sa photo de profil FB...le citoyen moyen aura l’impression de prendre part au mouvement. Mouvement qui devient souvent une mode, un mouvement de popularité...plus qu’un mouvement de changement.
Je ne dis pas qu’il faut être insensible et ne pas montrer notre solidarité en ligne...mais il faut être réaliste et ne pas penser que nous venons d'aider les victimes des séismes en partageant un article ou en mettant un “we pray for you” sur notre photo de profil. Faire notre part serait de faire un don à un organisme de confiance. Un don monétaire ou en nature.
Le plus récent de cas de slacktivisme serait la fameuse pétition du Pacte. Malgré que cette pétition soit pleine de belle volonté et d’idées, elle risque de simplement donner ce sentiment de bon samaritain à nos activistes de sofa.
Le pacte se veut une mobilisation pour qu’ensemble, en tant que société, nous fassions notre juste part pour l’environnement. En signant le Pacte, le citoyen s’engage à réduire sa consommation de déchets, de viande d’élevage, sa consommation d’essence…
Cette initiative noble des artistes québécois se doit d’aller plus loin pour faire lever les signataires, pour les faire sortir dehors et crier leur envie de changer leurs habitudes. Il faut lui donner des solutions, le sensibiliser, le guider et lui tenir la main.
Sinon, ce Pacte environnemental sera simplement un cas de plus de “Click here to save the world.”
Néanmoins, je vous encourage à signer le Pacte et à le lire. Après tout, à l’ère d’internet, il faut bien que notre mobilisation parte de quelque part. Pour bien des gens, elle part du salon, et avec un peu de chance, cette mobilisation se déplacera vers la cuisine, la voiture et sur les modes de consommation.
(et ne soyez pas un slacktiviste, si vous signez, agissez.)
“Ces dernières années, les médias sociaux ont pourtant été les catalyseurs d’intenses mobilisations allant des Printemps arabes, à Occupy ou encore à la chasse à l’homme suite aux attentats de Boston ou les règlements de comptes en ligne qui ont suivi les émeutes de 2011 en Angleterre… Dans la plupart de ces événements, les médias sociaux ont été les animateurs des mobilisations, mais sans parvenir à réaliser leur potentiel. Si les médias sociaux parviennent à mettre les sujets sur la scène, ils ne parviennent pas à les transformer, à les accomplir. “
Le sujet de cette semaine permet de faire un lien direct avec l’actualité des derniers jours. Avec les évènements qui ont eu lieu en Belgique, on a vu refaire surface sur les médias sociaux la fameuse fonctionnalité qui permet de mettre un filtre sur notre photo de profil au couleur du drapeau belge. Il était possible de faire la même chose peu après les attentats de Paris avec le drapeau français. Ce genre d’appui et de soutien rentre dans la catégorie du « slacktivisme ». En d’autres mots, c’est un activisme paresseux qui ne demande pas beaucoup d’engagement, selon moi. Dans la même catégorie, on peut y ajouter, la signature de pétitions en ligne et le partage de statut ou l’utilisation de certains mots-clics. Cette nouvelle lutte dite 2.0 permet-elle réellement de changer le monde?
Montrer notre soutien aux victimes de la Belgique ou de la France en changeant notre photo de profil sur Facebook est facile et rapide. La planète se mobilise entièrement pour une même cause, mais de façon virtuelle. Concrètement, ce sont les gestes réels qui permettent de faire avancer les choses et de se battre contre ces atrocités qui ne cessent de se produire. Comme le dit Malcolm Gladwell, journaliste au New Yorker, « l’engagement social, l’activisme sur les médias sociaux, est une légende ». Ce genre de récit fait normalement appel au merveilleux. Malheureusement, on ne vit pas dans un conte fantastique où tout est bien qui finit bien.
Les médias numériques mènent la société moderne à tomber dans le cercle vicieux de la facilité et de la paresse en ce qui concerne le militantisme, d’après moi. Les gens se donneront bonne conscience en joignant un mouvement sur les réseaux sociaux. La vraie différence sera marquée par ceux qui, en plus de militer sur la toile, sortiront de leur bulle virtuelle et iront poser des gestes concrets (même si petits ils sont) dans le but d’aider les individus, victimes de près ou de loin.
Le slacktivisme a-t-il un impact dans le monde réel ? - Quartz
L’engagement virtuel (le slacktivisme, néologisme formé du mot fainéant et activisme), cet “activisme paresseux” est souvent critiqué du fait du faible engagement qu’il génère pour les participants. Pourtant, certains des grands mouvements sociaux récents, des printemps arabes au #blacklivesmatter ont monté que l’activisme était désormais intimement lié à l’internet, rapporte Quartz.
Une étude publiée dans PLOS One montre que l’engagement en ligne est désormais une clé pour transformer une protestation en mouvement social et prolonger sa durée. L’étude qui a analyser l’activité Twitter liée à Occupy en 2011 et aux manifestations turcs de 2013 montre que ceux qui ne sont pas directement impliqués dans les manifestations, y compris ceux qui retweetent un contenu ne serait-ce qu’une fois, créent du contenu virtuel “à des niveaux comparables aux participants de base”.
Les chercheurs soulignent que la puissance de ce slacktivisme réside dans le nombre d’utilisateurs engagés et l’effet réseau créé par cet engagement rendant visible les actions de quelques manifestants à des millions de personnes partout dans le monde. La relation entre militants actifs et partisans en ligne semble avoir un rôle important pour que le mouvement s’étende.
Quartz rappelle qu’une étude de 2012 avait déjà souligne que ceux qui soutiennent les mouvements en ligne sont en fait plus susceptibles de participer à des formes d’activisme dans la vie réelle que les autres.
L’hacktivisme et le slacktivisme : le pouvoir du Web 2.0
Je crois que pour un billet portant sur le sujet de l’hacktivisme, il est impossible de passer à côté de l’exemple d’Anonymous. Il faut dire qu’Anonymous est un mouvement mené sur Internet, qui a pour but d’infiltrer les réseaux dans un objectif de revendication politique. Se faisant sous l’anonymat, n’importe quel individu peut se joindre à ce collectif.
Mentionnons l’exemple du Projet Chanology où une série d’attaques informatique ont été faites à l’endroit de l’Église de scientologie, en 2008. Le Projet Chanology a débuté lorsqu’une vidéo montrant Tom Cruise vanter cette scientologie est apparue sur YouTube et qui a, dès lors, été retirée à la suite de la demande des avocats représentant l’Église de scientologie. La suppression de la vidéo a été perçue comme un geste de censure illégitime. Aussi, Sophian Fanen et Camille Gévaudan mentionnent que, «les internautes ont aussitôt dupliqué[sic] la vidéo sur tous les sites de partage communautaire et lancé le «Project Chanology» en guise de représailles.» (Libération, 2012 : En ligne) Des activistes du mouvement d’Anonymous entreprendront ensuite une série d’attaques sous forme de déni de service (ce qui rend un service information inaccessible en empêchant les utilisateurs de l’utiliser).
À propos, voici la vidéo faite par le groupe de revendicateurs Anonymous.
L’hacktivisme est donc une forme de participation citoyenne sur le Web qui, comme l’exemple du Projet Chanology, peut en arriver à des manifestations dans les rues.
Soit dit en passant, l’hacktivisme peut sembler identique au slacktivisme, mais il en est tout autre. Le slacktivisme est en réalité «le fait de supporter une action ou une cause en fournissant un minimum d’efforts» (Le dictionnaire urbain, 2015 : En ligne). L’«Ice Bucket Challenge» (geste consistant à se verser un seau d’eau sur la tête ainsi qu’à inviter ses amis à le faire afin de démontrer son support contre la SLA) ou le mouvement Web #BringBackOurGirls (mobilisation mondiale dans le but de montrer son support aux lycéennes enlevées par la secte islamiste de Boko Haram), sont des exemples de slacktivisme.
à chaque fois que je suis dans une manif, même avant que la manif parte je repense à LA fois que je me suis faite arrêter en 2012 pis j’ai le cœur qui pompe pis j’ai l’impression que je vais faire une crise cardiaque pis je regarde mes amis pis je sais que s’il faut courir je serai pas capable pis j’ai peur d’avoir mal pis j’ai peur de me faire arrêter pis de pas pouvoir aller aux états-unis étudier pis j’ai peur fait que je me casse..............je suis vraiment pas fière
Du slacktivisme au lobbying 2.0 : Le cas Carrefour.
Slacktivisme ? Un néologisme, issu de la contraction de « slack » (fainéant en anglais) et de « activisme ». Après avoir été moqués pour leur caractère « passif », les slacktivistes sont-ils en passe de prouver qu’ils participent du lobbying 2.0 ?
Slacktivisme. Les médias ont ainsi qualifié ces millions d’internautes qui utilisaient leurs médias sociaux pour défendre une cause et déployer une version online de leur militantisme avec des actions simples : relayer des articles, signer des pétitions, changer son avatar, « liker » une page, partager une application Facebook ou une vidéo militante… Le tout depuis son canapé.
« Clictivisme » : un coût d’engagement très faible, cause et conséquence d’un effet de masse
Le coût d’engagement très faible du slacktivisme (aussi appelé « clictivisme ») permet de mobiliser des internautes au-delà de la frange de cybermilitants, de manifestants ou de donateurs.
Le clic devient une possibilité pour le consommateur ou citoyen, de participer, de donner son avis, au travers de gestes et d’opinions simples, que l’on pourrait ainsi résumer :
Un partage / un vote / un like = Un soutien
La page de Soutien au bijoutier niçois, qui avait tiré sur son agresseur en septembre 2013, avait ainsi recueilli en quelques semainesplus de 1,5 millions de « likes ».
Les médias et les personnalités politiques ont analysé ce phénomène comme étant l’expression de l’exaspération des français à l’égard de la criminalité. Le débat sur ce thème s’est largement invité dans le débat public, sous l’impulsion de quelques milliers d’internautes ayant simplement ajouté leur « clic » à l’édifice.
Un écosystème et un nouveau positionnement des marques propices à l’activisme 2.0
Cet activisme sur les médias sociaux rencontre deux facteurs qui permettent son essor :
- La puissance du réseau d’une part : la structuration en communautés interconnectées à la force de frappe parfois massive (comme c’est le cas de Greenpeace).
- La posture des marques et des entreprises qui a dû évoluer d’autre part : la gouvernance s’horizontalise, la marque s’oblige à être en veille des conversations et critiques qui la concernent dans une logique d’ouverture et de transparence, et ne peut plus faire la sourde oreille lorsqu’un buzz la guette. Plus fort encore : la marque tente d’impliquer ses communautés dans la co-construction de son offre de services, de produits, de distribution.
A noter que ce rapport de force est pour le moment impulsé par les consommateurs au détriment des marques, et que l’écoute de la part des marques s’exerce dans un contexte de contrainte.
On se souvient notamment de Gap qui avait enterré son logo en 7 jours, suite à une réaction catastrophique des internautes au dévoilement de leur nouveau logo.
Le cas Carrefour : au départ, une plateforme pour recueillir des idées de consommateurs
C’est ce que l’entreprise Carrefour a fait à la rentrée 2013 en lançant une vaste consultation de consommateurs via une plateforme web où l’enseigne propose au grand public d’ « imaginer ensemble les courses de demain », autour de 5 grandes thématiques : courses, enfants, fidélité, environnement, bien manger.
Dès qu’une idée d’internaute obtient au minimum 10 000 votes de la part des internautes, elle est mise à l’étude, puis en cours de réalisation, puis réalisée :
La plateforme de Carrefour France a recueilli près de 700 idées proposées à ce jour.
Une des idées a atteint en un temps record plusieurs milliers de votes, étant ainsi propulsée largement en tête des idées les plus populaires
Comment une idée de consommateur a-t-elle pu réunir près de 11 000 votes ?
Comment cela s’est-il produit ?
Carrefour proposant aux internautes de partager l’initiative sur les réseaux sociaux, comme sur Twitter. Or, s’aperçoit que le hashtag #sijetaiscarrefour est massivement utilisé pour promouvoir « l’idée de Bérénice »…
En consultant les réseaux des leaders des communautés végétariennes, comme l’association L214 ou l’association végétarienne de France, on s’aperçoit que ces dernières sont pour beaucoup à l’origine de cette mobilisation massive.
Que peut-on en retirer comme enseignements ?
Un pouvoir de prescription croissant pour les influenceurs
D’abord que les influenceurs IRL (« dans la vraie vie ») déploient de plus en plus leur pouvoir de prescription sur le web.
Ensuite que le pouvoir de prescription est démultiplié lorsqu’il s’agit d’avoir un impact réel sur une marque, ce qui est encore plus vrai lorsque l’appel à contributions vient de la marque.
On note aussi qu’en exhortant leurs communautés à faire bloc pour pousser une idée (qu’il s’agisse de favoriser une initiative ou d’en condamner une autre), ces leaders d’opinion peuvent parvenir à infléchir la gouvernance de la marque, et s’inviter au rang des parties prenantes.
On retient enfin que l’activisme 2.0 se professionnalise et que les militants « traditionnels » sont en train de s’approprier toutes les facettes du digital pour faire progresser les causes qui leur tiennent à cœur, quitte à investir dans un travail créatif à la conception, ou à du paid media à la diffusion.
Alors comment appréhender ces nouvelles logiques de lobbying 2.0 ?
La refonte d’une relation aux influenceurs pour les marques
Ces initiatives populaires ne sont pas à percevoir comme des menaces : le consommateur a un pouvoir qui ne fera que s’amplifier dans les années à venir, le lobbying 2.0 n’en constitue que les prémisses, il s’agit donc simplement de s’y préparer.
L’activisme des communautés peut se révéler bienveillante ou agressive, selon la perception qu’ils ont de la marque : déconnectée des réalités de ses publics ou ouverte à la discussion et engagée dans une logique de transparence et de co-construction ?
Ce travail sur le positionnement et l’inclusion des communautés, sur la relation avec les influenceurs déterminera clairement la position du curseur de leur humeur.
Les rangs de leaders d’opinion sur le Web ne sont plus uniquement composés de blogueurs avertis mais aussi de communautés d’intérêt et de citoyens-consommateurs, prêts à revendiquer leurs droits ou leurs volontés sous l’impulsion d’une organisation de type association ou réseau militant.