Prédication par Andrew Rossiter au temple de Villeneuve sur Lot le 12 avril 2026
1 Jean 5.1-6, Jean 20.19-31
En vacances à La Motte du Caire il y a quelques années nous avons découvert l’existence d’un fossile d’Ichtyosaure au bout d’un piste de randonnée. Et nous avons décidé d’aller le voir. Malgré la chaleur, le fait que les enfants étaient petits et une heure et demi de marche, nous sommes arrivés. À la Robine-sur-Galabre (04) nous avons découvert un Ichtyosaure de plus de 4 mètres de long, toujours sur place, là où il est mort il y a 185 millions d’années. Quelle émotion! Et je n’imagine pas l’émotion de Georges Balon, qui dans les années 1970, était la première personne de l’avoir trouvé.
J’ai encore le souvenir de ce jour, et j’en ai parlé à beaucoup de gens. «Il faut aller le voir» je leur dis. Il faut emprunter ce petit chemin de randonnée qui monte et descend pendant une heure et demi et enjamber des gros cailloux sur le chemin. J’était si enthousiaste, et je le suis encore aujourd’hui. J’ai montré les photos dans notre album… mais avec tout cela je ne suis pas sûr que nos amis ont fait le trajet pour voir l’Ichtyosaure.
Une description, même aussi animée que je peux la faire ne remplace pas l’expérience elle-même. Pour entrer dans ce que je ressens, il faut aller sur place, il faut faire l’expérience pour soi-même. Il faut le face-à-face. Et Jésus sait tout cela. Il sait que c’est essentiel d’avoir les témoins, que ces mêmes témoins en parlent et que Jean doit tout mettre par écrit pour que nous puissions avoir envie de faire l’expérience pour nous-mêmes.
Les faces à face, c’est ce qui constituent l’Évangile de Jean. Nathanael, la femme samaritaine, Nicodème… Et nous pouvons continuer avec d’autres exemples tout au long de l’Évangile jusqu’à la résurrection. Et c’est bien lui. Ressuscité, il reste le même, facilement identifiable dans cette pièce, identifiable parce-qu’il porte les marques de la crucifixion. Plus tard, celles et ceux qui étaient là, en parlent avec Marie et Thomas.
Et Thomas doute, c’est presque son surnom. Il a besoin de plus que des simples paroles. Thomas refuse de croire juste pour faire plaisir à ses camarades, et il refuse de rester silencieux dans son incrédulité. Il ne peut pas croire ce qu’il lui semble impossible, juste un rêve, une illusion ou un espoir. Il n’essaie pas de croire pour être admit dans le cercle de disciples. Mais il revient dans la pièce. C’est pourquoi le chemin de Thomas est vital pour nous, pour tous les croyants potentiels qui sont les lecteurs de l’Évangile de Jean.
Mais avant que nous prenions le chemin de Thomas nous devons faire halte sur le verset 22/23. Je sais que je ne fais pas souvent une analyse étroite d’un passage, ou d’un verset, mais il me semble que cette fois-ci les possibilités qui s’ouvrent devant nous avec un tel travail sont tellement excitantes que je propose de regarder en détail ce verset.
Nous lisons dans nos Bibles
Recevez le Saint Esprit. A qui vous pardonnerez les péchés, ceux-ci sont pardonnées; à qui vous les retiendrez, ils sont retenus. (NBS)
Recevez l'Esprit Saint; ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur seront remis. Ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus. (TOB)
Recevez L’Esprit Saint, Quand vous pardonnez les péchés à quelqu’un, Dieu donnera son pardon. Quand vous refusez ce pardon à quelqu’un, Dieu le refusera aussi (PDV)
Nous voyons le mot «péchés» dans la première phrase et nous supposons que les péchés sont aussi le sujet de la deuxième phrase, parce que le pronom «ils» est répété. «Ils» se réfère aux péchés, nous nous disons, et c’est ainsi que nous lisons ce texte.
Il a fallu attendre un travail remarquable d’une bibliste catholique Sandra Schneiders en 2010 pour proposer une autre traduction de ce verset basé entièrement sur les mots qui existent dans le texte, car le mot «péchés» n’est pas du tout dans la deuxième phrase.
Voici la traduction qu’elle propose:
«Recevez le Saint Esprit. De quiconque vous pardonnez les péchés, ceux-ci (les péchés) seront pardonnés, quiconque (les personnes) vous tenez fermement, ils sont retenus fermement». (Traduction Sandra Schneiders)
Comment? Vous allez dire, comment est-ce possible? Pourquoi personne d’autre n’a remarqué avant elle? Et ça c’est un mystère, pourtant le verset n’a pas été changé dans le grec depuis que Jean l’ait écrit. Parfois il faut attendre 2000 ans pour pouvoir voir quelque chose qui était toujours devant nos yeux.
Certes c’est tiré par les cheveux, c’est un détail de grammaire, etc… Je serais assez d’accord avec vous si cette proposition ne changerait pas le sens et ne nous offrait pas des possibilités qui sont de l’ordre d’une vraie bonne nouvelle pour nous. Qui est ce Jésus qui «enlève le péché du monde» et puis semble en ajouter en demandant aux disciples d’être les agents de jugement? Et si nous retenons la traduction de Sandra Schneiders, la rencontre entre Jésus et Thomas gagne en profondeur. «Si vous restez attaché à moi», a dit Jésus quelques jours plus tôt dans la rencontre avec les disciples au moment de son dernier repas. Et là, le même Jésus, le crucifié, tient Thomas fermement à travers ses doutes, ses questions, ses incompréhensions jusqu’à ce qu’il arrive à la foi. Jésus ne le lâchera pas. La promesse de Jésus est qu’il ne nous abandonnera jamais, malgré ce que nous pouvons dire et faire. Nous le renonçons, il nous tient. Nous nions que nous sommes chrétiens pour sauver notre réputation ou notre peau, il nous tient. Nous faisons semblant de ne pas croire, parce que ce n’est pas trop cool devant les copains, il nous tient jusqu’à ce que nous arrivions à la foi pleine.
C’est ce que fait Jésus, il tient Thomas, il le soutien, l’aide, le berce et l’aime sans lâcher. Thomas, comme Nathanael, la femme samaritaine, Marie et d'innombrables autres disciples depuis les âges qui se cachent derrière les portes verrouillées. Jésus nous tient fermement dans toutes nos questions, nos incompréhensions, nos doutes afin que la foi puissent naître en nous et que nous devenions témoins hésitants de son amour et de son pardon.
Il nous tient jusqu’à ce que nous recevions ce qui est nécessaire pour notre foi. C’est d’autant plus vrai pour nous qui ne l’avons pas vu. Jésus nous tient aussi fort que Thomas, jusqu’à ce moment où la force de son amour fait naître en nous la présence de l’Esprit. Ce souffle de vie dans nos vies, cette force de conviction de vivre le pardon pleinement dans nos vies et que ce même pardon déborde dans les vies de celles et ceux autour de nous.
Alors «Tiens bon». Nous sommes prêts enfin de reprendre la route, ce petit chemin qui grimpe qui mène loin (non pas pour regarder un Ichtyosaure) mais pour voir, pour nous-mêmes, le crucifié-ressuscité qui nous tient dans ses bras.
Thomas n’est pas celui qui doute, il est celui qui nous montre que Jésus ne nous abandonnera pas. C’est lui qui continue à apparaître sur notre chemin dans son corps qui tient ensemble le pire qui puisse arriver et la promesse de la vie nouvelle.
Encore et encore il va offrir ce corps blessé et vivant à ses bien-aimés jusqu’à ce que toute la création vienne à la vie en sa présence.