AVENGERS - INFINITY WAR (2018)
Redouté, fantasmé, le premier acte du point culminant du Marvel Cinematic Universe arrive enfin dans les salles obscures, et ce dix ans après la pierre fondamentale apportée à l’immense édifice en question: cette planification sur le très long terme amorcée par IRON MAN (2008) donc, prend enfin forme avec ce 19ème film, qui doit absolument convaincre la planète entière quant à la légitimité de l’entité double MARVEL/DISNEY. Pour les retardataires, le MCU est construit sur une base chronologique spécifique, contrairement aux autres longs-métrages qui se suivent d’un épisode à l’autre, conservant le même “noyau dur”: une histoire aux proportions si immenses que chaque film doit se visionner au rythme des sorties du catalogue de la firme, et non à la “numérotation” temporelle de ses franchises. Très vaste, le MCU se découpe en Phases: il faut donc voir -dans l’ordre qui suit- IRON MAN, THE INCREDIBLE HULK (2008), IRON MAN 2 (2010), THOR (2011), et CAPTAIN AMERICA - FIRST AVENGER (2011) pour finir sur le très bon THE AVENGERS (2012) pour compléter la Phase 1, et ainsi comprendre le déroulement scénaristique chronologique des incroyables aventures de ces super-héros. Bien évidemment, ces adaptations cinématographiques sont inégales: changement de réalisateurs, changement d’acteurs, différences de budget, et -obviously- la réception d’un public au regard changeant, du simple néophyte enchanté au fan hardcore des comic-books ultra-conservateur... Un casse-tête de folie qui n’arrête en rien Kevin Feige, big boss de MARVEL déjà dans le “game” depuis le début des années 2000, avec son implication sur la licence X-MEN (2000-2017): nous sommes déjà en plein milieu de la Phase 3, et les icônes papier, autrefois réservées aux connaisseurs, sont devenues de célèbres personnages de la pop-culture. Chris Hemsworth -THOR- est le playboy de ces dames, CAPTAIN AMERICA a réussi à fédérer au-delà des U.S.A., IRON MAN est une vedette comico-empathique connue de tous, et même l’improbable ANT-MAN a ses fans... Que l’on aime ou pas, le projet colossal des studios MARVEL est instoppable, véritable pied-de-nez aux modes passées -les péplums qui moururent pendant 40 ans avant de ressusciter avant le magnifique GLADIATOR (2000)- qui cache derrière ses incessantes sorties trimestrielles et capitalistes un autre propos que celui de divertir en introduisant de nouvelles têtes au bataillon: le cœur du MCU -du moins pour le moment- ce sont les Pierres d’Infinité, ces gemmes légendaires récurrentes dans les long-métrages MARVEL, sources d’énergie surpuissantes la plupart du temps convoitées par les antagonistes. Ces artefacts cosmiques, disséminés à travers l’espace, vont croiser la route de ces super-héros et changer à jamais leur destin, pour nous amener à INFINITY WAR: Cap Am et le Tesseract, Thor et l’Aether, Peter Quill et l’Orbe de Morag, Vision et la Pierre de l’Esprit, Doctor Strange et l’Œil d’Agamotto, et la Pierre de l’Âme, dont nous découvrirons PEUT-ÊTRE l’emplacement dans ce film consacré en grande partie à Thanos. Ce dernier est l’ultime méchant du MCU -possesseur d’un redoutable gantelet conçu pour accueillir le pouvoir des six Gemmes de l’Infini, teasé avec classe dans GUARDIANS OF THE GALAXY (2014), menace aussi latente que d’envergure: nous n’allons pas résumer dix ans de long-métrages issus des MARVEL STUDIOS, dont les lettres I et O se changent en chiffre 10 dès lors que le logo apparaît au début d’INFINITY WAR. Auto-célébrant cette entreprise de planification détaillée au millimètre, INFINITY WAR compile 90% -environ- de son catalogue, avec plusieurs dizaines de super-héros à l’écran,ce que MARVEL avait déjà tenté auparavant -en nombre moindre-, avec plus ou moins de talent: AVENGERS premier du nom était une réussite géniale, regroupant le pire et le meilleur dans une aventure épique et grandiose: AGE OF ULTRON (2015), quant à lui, subissait les affres de cuts stupides, ainsi amputé de trente minutes que l’on aurait aimé voir... Même CIVIL WAR (2016) loupait le coche, mal rythmé et incluant des guests tels que Spider-Man avec une horrible maladresse: comme toute quantité conséquente, il faut fouiller pour trouver ce qui est bon dans le MCU. Bâti comme un film de cinq heures scindé en deux parties, INFINITY WAR débarque avec force et violence, écrasant tout sur son passage: les sidekicks et rôles secondaires des plus MAUVAIS MARVEL se déploient ici avec style et grandeur, tout comme les super-héros que l’on affectionne le moins, prenant une importance capitale dans cette histoire de S-F épique, qui donne ses lettres de noblesse à l’appellation LIVE-ACTION. Difficile d’inclure autant d’emblèmes en 2h36, de développer une intrigue valable et un scénario compréhensible... Pourtant, les frères Russo -les deux derniers CAP AM- parviennent contre toute attente à lâcher une bombe atomique titanesque, qui dépasse de très loin le premier AVENGERS, relégué instantanément au rang de relique sacrée -oui oui, RELIQUE-: rendons grâce aux scénaristes Christopher Markus et Stephen McFeely, dont le travail d’écriture laisse bouche bée. Le duo sait comment regrouper de manière judicieuse les divers profils super-héroïques pour donner lieu à des scènes mémorables, laissant ainsi les affinités et dualités éclore, faisant de ce film le crossover ultime et sensé, toutes ces identités et caractères différents se liguant contre Thanos pour sauver l’Univers -au sens premier du terme!-: sans se reposer sur les 2700 plans (!) comportant des effets spéciaux -signés ILM, DIGITAL DOMAIN ou encore WETA DIGITAL-, ils trouvent aussi le temps d’accorder un superbe traitement à Thanos lui-même. Loin d’être un simple “méchant à temps complet”, le Titan au gantelet de puissance nous touche, extra-terrestre pourvu d’un cerveau ET d’un cœur, dont les motivations sont plus que compréhensibles: remettant sur la table le grand débat des notions de bien et de mal, Thanos confirme les dires d’Alfred Hitchcock; “plus un méchant est réussi, plus le film est réussi”. Ô combien avait-il raison, nom de Dieu de merde... Et c’est le cas. INFINITY WAR est le film de Thanos, dans un sens seul contre tous, et on s’étonne parfois de presque vouloir prendre sa défense, lui qui a et va tout sacrifier pour parvenir à ses fins, convaincu par la bonté de sa cause: ne craignez pas un sous-traitement de nos super-héros favoris, qui, entre deux punchlines humoristiques, font face à des joutes dont l’échelle d’action nous file le vertige, car ce sont bien eux qui équilibrent le long-métrage face au Titan. INFINITY WAR ne sombre pas dans le fan-service gratuit: il assimile dix ans de cinéma pour accoucher d’un enfant-prodige. INFINITY WAR compile les plus belles directions artistiques inhérentes aux backgrounds de chacun de ses personnages, exploite des lieux-clés qui tombent sous le sens, nous donne des leçons permanentes de mise en scène et de design, et forcément nous martèle QUAND IL FAUT de combats dont nous n’aurions jamais osé rêver, prenant ici vie sous la plus belle des formes: l’image et le son du cinéma de l’an 2018. Il y a clairement eu un AVANT et un APRES AVENGERS en 2012, mais cela se limitait au MCU: aujourd’hui, il y a clairement un AVANT et un APRES INFINITY WAR, qui colle une belle baffe à toutes les superproductions à grand-spectacle, et enterre au passage le nucléaire TRANSFORMERS -THE LAST KNIGHT (2017), LA référence de l’an passé en termes de SFX épiques. Profondeur de champ, complémentarité de ses protagonistes et de leurs pouvoirs, INFINITY WAR nous fait halluciner par son photoréalisme constant -environnements, créatures, etc.- qui fera fermer la bouche à ceux qui préféraient le Thanos en CGI de 2014, la performance de Josh Brolin mettant tout le monde d’accord. Bordel, même les Enfants de Thanos son trop putain de stylés, visuellement sublimes et charismatiques au possible. Dramatique, amusant, poétique, terrifiant, esthétique, dynamique, INFINITY WAR répare les pots cassés en plus d’effacer la totalité des erreurs précédentes du MCU: audacieux et grandiose, ce film est ce pourquoi nous allons de base au cinéma. La VF elle aussi est à la hauteur, où EST le défaut? Merci à Tony Stark d’évoquer la vérité ultime et imparable en s’adressant à Peter Parker -et ainsi au public- en lui disant que “ici, c’est pas Dinseyland”: INFINITY WAR est le DISNEY LE MOINS DISNEY que l’on puisse imaginer. J’ai encore des frissons du fait de me remémorer certaines scènes, et encore plus quand je me souviens du SILENCE TOTAL de la salle lors des moments cruciaux, gravissimes ou spectaculaires... Un expérience qui transcende la projection... Mais COMMENT vont-ils faire pour que AVENGERS 4 soit au moins aussi bon? Il faut le voir pour le croire. Au-delà d’un gros film de S-F ou d’un grand film de super-héros, INFINITY WAR écarte le fan-service académique pour propulser ses vedettes et son histoire gigantissime au sommet du septième art: ALLEZ, VIENS, REGARDE TOUT CE QU’ON PEUT FAIRE!
THANOS /20