Obsolescence programmée pour ce corps. Même si rien ne transparaît encore sur les photographies. Aucune ride saillante, peut-être un cheveu blanc hérissé, le souvenir d’une contrariété. Ai-je bu l’eau de Jouvence ? Les articulations ne sont pas encore enrayées. Je n’ai jamais été plus au sommet de ma forme. La date de péremption me semble encore lointaine. Ce corps ne me fait pas défaut, même si le temps de charge est plus long, la batterie ne tenant plus aussi bien après minuit. Je prends soin de lui, je le nourris le plus naturellement possible, je l’incite à marcher, courir, pédaler, combattre la sédentarité si complaisante. Je le surveille de près, épiant les moindres défaillances systèmes. L’irrémédiable ne me prendra pas ces derniers sursauts de jeunesse qu’il me reste à épuiser. Je l’aime ce corps. Même en robe de soirée. Même face au miroir. Je le trouve moins repoussant, moins haïssable, plus désirable, plus ensorcelant. Le mépris a laissé place à la fierté. Ce n’est pas un bourrelé qui me fera choir.