Jour 4 - Je n'ai jamais vu ce film
On entre dans son appartement pour la première fois. C'est un studio parisien mansardé qu'il loue pour le prix d’un trois pièces dans ma banlieue. L'entrée est le salon, qui est lui-même la chambre et la cuisine. Dans un coin une porte donne sur une pièce qui contient la douche et les toilettes. C’est petit, mais c’est très mignon. Son lit se trouve sur une mezzanine en bois que je n’arrive pas à quitter des yeux. Je l’entends sourire juste à côté de moi : c’est lui qui l’a construite, avec l’accord de sa proprio. Il est ébéniste. Elle lui a fourni la matière, et il a tout découpé et assemblé tout seul. Après le lit reste, mais il s’en fout ça lui va comme ça. D’un coup j’ai envie de ses mains sur ma peau.
Il me demande si j’ai faim, me propose de me faire un truc rapide pendant que je m’assois sur le canapé, je lui dis oui. Il me demande ce que je préfère : une salade ou un sandwich. Va pour un sandwich. Avec quoi dedans : il a de la betterave qu’il peut rapper, ainsi que de la fêta, des tranches de pastrami végétarien, de la salade, roquette ou batavia, il peut mettre un peu des deux. Tout me va, je lui laisse le choix d’une sauce dont il a parait-il le secret.
Depuis son plan de travail, il me demande comment je vais depuis la dernière fois, me raconte les deux dernières commandes qu’il a honorées : l’une pour faire rentrer l’argent, l’autre pour s’éclater. Quand il coupe les légumes il se concentre sur le couteau et sa tête penche sensiblement sur le côté ; une mèche de cheveux tombe inlassablement sur son front qu’il tente de faire remonter, en vain. Je pourrais rester là longtemps comme ça, à l’écouter me raconter ce qui anime ses mains chaque jour, à l’observer me préparer un repas dont il s’est assuré que j’allais vraiment l’apprécier. A présent ses mains sont passées du couteau et de la planche à découper à mes hanches, et descendent lentement vers mes cuisses qui frémissent de plaisir, la rugosité de sa peau me… Il pose l’assiette sur la table et me demande si ça va. Il me sourit. Je lui dis oui, ça va ; je pose ma main sur sa joue, je lui souris. On reste comme ça un peu, à se regarder, à goûter le silence de l’autre avec envie. Il se redresse lentement, son regard plongé dans le mien, ma main qui glisse le long de sa joue et retombe sagement sur mon genou.
Il me dit qu’il peut me proposer un film. Il m’en cite plusieurs mais je ne l’écoute plus, je le regarde manipuler les DVD, les retourner pour me lire un bout de résumé puis passer à un autre. Il me demande de choisir, je lui dis de mettre le dernier. Il me dit qu’il ne l’a jamais vu, mais qu’on lui a vivement conseillé. Il allume la télé pendant que je déguste le meilleur sandwich de toute ma vie : ça me donne envie de l’avoir lui, contre moi. Je lui dis.
Il pose le DVD, je pose l’assiette. Il me rejoint, j’ai encore la bouche pleine. Sa main se glisse sous mon t-shirt.
Je n’ai jamais vu ce film