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margaux paul
Jour 20 â Aujourdâhui jâai vu
Aujourdâhui jâai vu, un texte facile pour se dĂ©rouiller une liste de courses sur le frigo, un collage dans un carnet.
Aujourdâhui jâai vu â des nuages sâamonceler, gris monochrome dans le ciel, un chat Ă la fenĂȘtre, et la brise dans les rideaux verts. Jâai vu aujourdâhui mon lit pour la premiĂšre fois depuis une semaine. Jâai vu les heures sâĂ©couler Ă vide, pas de balles dans le barillet, 3 heures du matin. Jâai pas vu la bibliothĂšque quand je me suis retournĂ©e sur le matelas de fortune et que je me suis coincĂ©e. Jâai pas vu grimper le thermomĂštre, jâai pas vu mon chat malheureux, jâai pas vu ma mĂšre non plus. Aujourdâhui jâai vu le nuancier bergĂšre de France qui est une arnaque, jâai vu la pluie tomber, jâai vu la pluie tomber encore, je me suis vue revivre, je me suis vue cernĂ©e et blanche de nuits sans sommeil, je me suis vue manger Ă pleine dent, je me suis revue enfant devant des mirabelles cuites et une boule de glace rhum raisin, je nâai pas vu mes amis aujourd'hui, ni aucun ĂȘtre humain. Aujourdâhui jâai vu mon nid et des mots sur le papier, jâai vu un nouveau livre et un doux soleil sur le transat, aujourdâhui
Jâai vu
le soleil
par le volet
ouvert.
âš Voici les sujets d'Ă©criture du 1á”Êł au 15 aoĂ»t ! âš
Comment participer ? 1ïžâŁ Enregistre la liste des sujets 2ïžâŁ Chaque jour, Ă©cris un texte inspirĂ© par l'un des 2 sujets proposĂ©s 3ïžâŁ Si tu partages tes Ă©crits, ajoute le hashtag #30jourspourĂ©crire pour que les autres participant·e·s puissent les retrouver facilement.
Rappel : il nây a pas de bonne ou de mauvaise maniĂšre de participer au dĂ©fi. Le but de 30JPE est avant tout de prendre du plaisir Ă Ă©crire chaque Ă©tĂ©. Peu importe si tu rĂ©ussis ou non Ă Ă©crire pendant les 30 jours. L'Ă©lan crĂ©atif est plus important que la performance â„
1á”Êł aoĂ»t â Sensations / La piĂšce manquante 2 aoĂ»t â Ode Ă lâarc-en-ciel / En attendant lâaube 3 aoĂ»t â Au milieu du champ / Lueurs et tambours 4 aoĂ»t â La vaisselle / Je nâai rien reçu 5 aoĂ»t â Face au loup / Une seule danse 6 aoĂ»t â Lâappel du corps / Chien 7 aoĂ»t â Mon crayon dit / Une chambre Ă soi 8 aoĂ»t â ĂtĂ© / Jâai deux amis qui sont aussi mes amoureux 9 aoĂ»t â Ătoiles / Chamailler 10 aoĂ»t â DĂ©mocratie / Colore la vie 11 aoĂ»t â Lâanneau / Brisons la glace 12 aoĂ»t â Le flash / ĂtrangetĂ© 13 aoĂ»t â La voix dans ma tĂȘte / Maison 14 aoĂ»t â Caresses / ColĂšre 15 aoĂ»t â Poivre et sel / Se tenir par la main
1. La piĂšce manquante
Lorsque jâĂ©tais gamine, jâai lu un livre, La chambre du pendu, matrice fondatrice de ma psychĂ© dont jâai retenu deux choses fondamentales :
Le désir de vivre dans un mas en Provence (en cours).
Compter les fenĂȘtres, compter les mĂštres, compter les piĂšces, Ă la recherche dâune piĂšce murĂ©e, dâune fresque badigeonnĂ©e, dâune piĂšce manquante, dâune piĂšce close.
Quelle piÚce manque encore ?
Les doigts recourbés cognent contre le mur à la recherche du son mat du vide. Les mains à plat écoutent la respiration de la pierre, imaginent ce qui se trouve derriÚre, écaillent la peinture à la recherche de la piÚce manquante.
Une bibliothĂšque. Une piĂšce aux murs tapissĂ©s de livres et dâun tapis moelleux au sol. Une piĂšce oĂč sâasseoir par terre, entre des piles de livres. Une piĂšce oĂč on lâon peut laisser sa tasse sur un rayonnage et son livre ouvert, oĂč lâon ne vient que dans un seul but.
Une chambre dâenfant, chambre dâamis Ă part entiĂšre. Un recoin fermĂ©, feutrĂ©, oĂč laisser traĂźner ses affaires comme si on lâon Ă©tait chez soi. Un endroit oĂč venir en vacances, oĂč Ă©couter des histoires avant de dormir, oĂč grandir.
Il manque une piĂšce pour transformer ma maison en labyrinthe, en vrai mas â ce genre de bicoque un peu sans dessous dessus, maison de famille, maison de vacances, oĂč des volĂ©es de marches sĂ©parent les piĂšces un peu partout, coquilles dâescargot fait de carrelages de ciment et de pierres de tailles. Une deuxiĂšme chambre dâamis, pour les neveux et les niĂšces, pour accueillir les copinades. Une terrasse ombragĂ©e sous les vignes, pour les soirs dâĂ©tĂ© et les dĂźners entre amis, un extĂ©rieur en bordel, avec trop de place pour avoir besoin de ranger, une cave, un peu fraĂźche, oĂč avoir un garde-manger et un grand congĂ©lateur, les vĂ©los et les jouets de lâannĂ©e derniĂšre. Il manque ces piĂšces qui nâen sont pas, sans but dĂ©finis, ces interfaces, ces intermĂšdes, qui dĂ©mĂ©nagent et quâon dĂ©balle en fonction des besoins, des sas, des bulles Ă lâintĂ©rieur dâune maison.
Surpriiiise !
đ· Voici 30 sujets d'Ă©criture sur le thĂšme des Couleurs pour le mois de Juin ! đ·
J'avais trĂšs envie de dĂ©dier un mois entier aux Couleurs. Ce sera une maniĂšre de faire advenir le printemps dans l'Ă©criture Ă dĂ©faut de l'avoir dans le ciel, et de cĂ©lĂ©brer le mois des visibilitĂ©s qui a lieu en juin đ
Toutes ces couleurs sont une invitation à l'observation du monde qui vous entoure, aux métaphores, aux sensations qui vous habitent, aux synesthésies, à la poésie du banal.
Je vous souhaite une belle pratique d'Ă©criture đ
Note : Je ne rebloguerai plus vos textes sur ma page car je n'ai plus le temps de le faire quotidiennement, mais vous pouvez continuer à utiliser le tag #30jourspourécrire, je vous lirai toujours.
today is great day to create something, to fill the void with a piece of yourself that wasnt there before and to push back against the darkness. you can create a song or painting or sandwich or a walk in the park or even a MOMENT. use this mighty power to defy the cosmic nothing
Hey, stop scrolling for a minute. How are you doing? You okay? Come and sit down with me in the kitchen for a bit. Itâs a warm day, the radio is playing all the oldies, the door is open and we can hear the birds. Iâll stick the kettle on. Do you take milk? Sugar? Iâm baking some bread today, do you want to help? Or you can just sit and keep me company if you like. You can tell me everything thatâs been going on. Or you could info dump about your favourite thing or tv show, Iâd love to hear about the things you like. Or you can just sit at the table if you want, you could paint or draw or play animal crossing whilst I go about the kitchen and we can pass the time of day in contended quietness. Because youâre safe here. You can stay as long as you like and you can always come back. Everything will be okay, darling, youâll see.
27. Repartir de zéro
Les cartons qui sâentassent dans ma tĂȘte et cette phrase qui rĂŽde. Tu nâes pas la mĂȘme personne que lorsque tu es arrivĂ©e ici. Ce nâest jamais repartir de zĂ©ro, je martĂšle avec des mains qui tremblent. Jâai la peur de la solitude comme une ombre et le dĂ©jĂ vu vertigineux. Des aprĂšs-midis Ă meubler seuls, sans personne avec qui les partager, cette immensitĂ© de libertĂ©, de comptes Ă rendre Ă personne et pourtant le silence. Je ne le percevais pas Ă lâĂ©poque. A quel point la vie ne compte que lorsquâelle est partagĂ©e. Aucune envie de repartir de zĂ©ro, de me rĂ©inventer, de re-construire, de laisser la mer emporter mon nid si chĂšrement construit. On ne repart jamais de zĂ©ro, famille choisie. Jâai dans les cordes ceux qui refusent de me laisser, ceux qui persistent et signes. Je repense Ă ce que mon pĂšre ferait sâil Ă©tait lĂ . A la place, jâai gros sur le cĆur et des gens qui ont mes arriĂšres.
26. Tout au milieu des étoiles
Lâherbe irrite ma peau, griffures qui remonte le long de mes jambes, sous ma nuque, multitudes de baisers brĂ»lants du sol sous mon corps. Jâobserve lâimmensitĂ© entre les Ă©toiles depuis une minuscule enclave perdue dans le cosmos. Tout au milieu des Ă©toiles â ou lĂ©gĂšrement dĂ©calĂ©e dâun cĂŽtĂ© plutĂŽt, sur une branche secondaire dâune galaxie parmi dâautres. Lorsque jâĂ©carquille les yeux, jâai lâimpression de pouvoir percevoir quelques entre les Ă©toiles, un mirage.
Je repense au fait que je suis allongĂ©e Ă la surface dâune boule de mĂ©tal et de roches, en dĂ©rive autour au milieu dâun espace que mon esprit ne peut quâĂ peine percevoir. Entre ces deux Ă©toiles, distantes dâĂ peine dix centimĂštres dans mon horizon, traversĂ©e dâun avion solitaire, il y a plus de kilomĂštres que mes pieds ne peuvent me porter en une vie.
Jâai lâimpression de pouvoir sentir la rotation de la Terre, son long oscillement, sous ma colonne vertĂ©brale, de me laisser porter tout au milieu des Ă©toiles. Un road-trip au long court. Nous sommes perdus dans lâunivers, mĂȘme pas au milieu. Dans un univers dont nous ne pourrons jamais observer que 10-24 de la surface. sans parler de la profondeur. Une erreur mathĂ©matique que notre prĂ©sence ici, que ma prĂ©sence lĂ , dans lâherbe humide et les bruits de la nuit.
Je repense au fait que dans les trois minutes aprĂšs le Big Bang, mon existence sâest mise en place. Trois minutes pour prĂ©parer la venue de lâoiseau qui fait bouger les feuilles et des Ă©toiles qui agonisent dans le ciel, trois minutes pour prĂ©parer mes pensĂ©es et celles de mon chat. Je repense Ă cet enchaĂźnement invraisemblable, inconcevable, une suite dâerreur dâune prĂ©cision redoutable qui mâa permis dâĂȘtre lĂ , et que tout est en germe depuis toujours. Je pense quâil nây a pas de hasard, pas Ă grande Ă©chelle et que lâindiffĂ©rence des Ă©toiles est en rĂ©alitĂ© une accolade dans lâunivers. Tout les ingrĂ©dients pour crĂ©er la vie et la conscience ont Ă©tĂ© créé des milliards dâannĂ©es avant que la Terre existe. Il nây a aucun hasard dans le fait quâau milieu des Ă©toiles, je sois rĂ©confortĂ©e de leur caractĂšre inconcevable, Ă mes ancĂȘtres. Â
11. Voyance
Les vas et vient du couloir font vibrer un double vitrage Ă lâagonie. Des abeilles font figure dâisolant, crevĂ©es, prisonniĂšres et amoncelĂ©es entre deux parois de verre embuĂ©es par la poussiĂšre, les respirations et accessoirement lâĂąge vĂ©nĂ©rable du monument.
Le professeur est assis sur la table, entre son cafĂ© refroidi et les runes dispersĂ©es sur le vernis bateau. Lâune des runes est tombĂ©e sur la moquette, gravure face contre fibres textiles. Ses dents sâaccrochent Ă la porcelaine de son mug, le cafĂ© clapote selon ses mouvements, Ă©clabousse ses doigts marquĂ©s dâencre.
Le métier de prophÚte est dangereux.
Surtout lorsque votre don de prophĂ©tie est acquis par un long apprentissage de milliers de pages en papier bible, plutĂŽt de la linguistique que de la divination. Cela bruisse en continu dans son esprit, lâagencement des signes et des sens, comme un murmure permanent, comme un fantĂŽme. Pendant encore quelques minutes, il est le seul Ă connaĂźtre lâavenir. Il sây connaĂźt en tour de passe-passe. Il pourrait faire disparaĂźtre lâune des runes dans sa manche, lâĂ©changer avec une autre. Il pourrait charmer son auditoire, bouleverser les significations. Pour ce quâil en sait, câest ce quâil fait â il invente. Il formule des hypothĂšses convaincantes.
Et ensuite ils agissent pour que la supposition devienne preuve.
1. AprĂšs la fin du monde
Le soleil sâest relevĂ©, indiffĂ©rent Ă sa propre horloge biologique qui lui rappelle quâil va lui aussi y passer un jour ou lâautre. AprĂšs la fin du monde, il y a un grand silence derriĂšre la vitre jusquâĂ ce quâun oiseau chante, et quâun parquet craque. AprĂšs la fin du monde, la piĂšce paraĂźt anormalement grande. Le ficus fait la tronche.
Il devrait y avoir autre chose.
Des hĂ©licoptĂšres, un grand effondrement, des panneaux lumineux, un film catastrophe et que quelquâun fasse quelque chose.
« - On va sâen sortir. »
Le pouvoir de quatre mots et dâun s apostrophe prend ma gorge et la serre. Je crois quâil nây a pas de plus grands mots. Sa voix rĂ©sonne, avec pour Ă©cho mon dĂ©sespoir atone. Ce qui passe ma gorge est Ă mi-chemin entre un enfant qui sâĂ©trangle dans sa morve et un chaton dans une bouche dâĂ©gout. Ma bouche dâadulte article un comment qui ne sâaccroche Ă rien, qui nâa pas de prise. Il nây aucune solution. Aucune solution magique dans tous les cas.
« - On va trouver. Ăa va aller. »
La promesse de ne pas ĂȘtre seul. La promesse quâon va trouver quelque chose, ensemble. On va sâen sortir. Ensemble. Les seuls mots que jâai jamais voulu entendre.
27. Racines
Elles sont noires comme du charbon, tĂȘtues. ButĂ©es. Elles s'enroulent autour des pierres de taille, les griffes et les Ă©rodent. Patientes et hargneuses. Autour, rĂ©sonnent les rires et les arrogances, existences taillĂ©es dans la pierre, ignorante d'elles-mĂȘmes , ignorante du long travail de sape de la mauvaise herbe qui s'infiltre entre elles. Quelques bulbes, prometteuses, ont pris l'apparence du grisaille.Â
24. Train
J'aime ĂȘtre dans un train - il n'y a plus beaucoup d'endroits oĂč le temps n'existe pas. Il faut prendre ce qu'il reste. Les paysages qui s'Ă©tirent et se dĂ©forment, les arbres-haies en stop-motion accĂ©lĂ©rĂ©s. Je dĂ©teste prendre les trains, les horaires comme une sĂ©rie de dĂ©cisions impossibles, qui me donnent l'envie de fuir. Vieux mĂ©a culpa d'une Ă©poque oĂč je me forçais Ă aller de ci-de-lĂ , faire comme les autres. Les mensonges m'ont laissĂ© une terreur des halls de gare, des quais qui ressemblent Ă des abords de prison, des absurditĂ©s prononcĂ©es pour combler le temps, s'Ă©carter, fuir, toujours toujours. Mes trains n'ont plus les mĂȘmes arrivĂ©es, mais chaque dĂ©part sonne comme un mer froide, dĂ©licat plongeon qui me provoque des hauts-le-coeur oppressants. J'aime ĂȘtre dans le train - prĂ©texte Ă ne rien faire, prĂ©texte Ă perdre du temps oĂč je ne peux me forcer Ă faire quelque chose. Avachie quelques heures Ă ne rien faire, prĂ©mices des vacances, prĂ©mices des journĂ©es volĂ©es, arrachĂ©es oĂč je traverse la France, en long en large, oĂč je saute en bas du train, parce que je sais oĂč je vais, cette fois. LĂ oĂč je veux.Â
23.L'odeur de la vie
Le quinoa qui noircit au fond d'une casserole. Le chat mouillé. L'humidité qui dégorge de ma voiture aprÚs des journées à macérer dans le cagnard. L'odeur particuliÚre du bureau de ma cheffe, piqueuse et herbeuse, saine. La boßte de chocolat en poudre ( + vitamines ). Les bougies que j'entasse à la pelle, condensé d'odeurs de vie pour peupler mon attention. La crÚme pour les cheveux. Mon appartement aprÚs deux semaines d'absence, retour à son propre métabolisme. Les olives et le soleil. Le soleil dans les poils de chat. Le café. Mon jardin bleu dans le bureau. Verveine-menthe, le savon.
21. Mémoire
J'ai des prothĂšses de mĂ©moire en guise de garde-robe.Â
Pour quelqu'un a la mĂ©moire quasi parfaite, je suis obsĂ©dĂ©e par les garde-fous, perfectionnisme de la mĂ©moire.Â
J'ai une forĂȘt de post-its-miel-pop accrochĂ© Ă mon bureau, ils portent mĂ©moire qu'il faudra faire laver les bronzes et du numĂ©ro de la bibliothĂšque, ils portent mĂ©moire qu'on m'aime et qu'on me souhaite une bonne journĂ©e, mĂ©moire de petit poucet abandonnĂ© en mon absence. Jour aprĂšs jour, je prends note de mon existence pour empĂȘcher qu'elle ne s'efface. L'Ă©lastique maintient ma mĂ©moire bien close : la liste des cadeaux de noĂ«l offerts et des expos Ă faire, les films vus au cinĂ©ma, et les parfums des glaces. Je dĂ©lĂšgue, je recopie des citations pour qu'elles deviennent des boules Ă neige de papiers.Â
J'arrache les souvenirs comme d'autres effeuillent les paquerettes, vorace d'un amour qui s'effrite. Je veux remplir ma caboche de souvenirs, je veux les voler au temps, construire des forteresses d'expĂ©riences partagĂ©es, de vies partagĂ©es, plus que des mots Ă©changĂ©s autour d'un verre, va-et-vient de paperasses, dans l'espoir qu'ils servent de mĂ©moire. de vie.Â
7. Romans de six cent pages
Comment ça sâĂ©duque, un livre de six cent pages ? Le temps dâen lire autant, il grossit, gonflĂ©, multipliĂ© par deux, nourrit des mains qui le touchent et le manipulent. Les pages boivent les tĂąches de cafĂ© et de larmes, sâĂ©paississent des lieux oĂč on les laisse, des mots quâon prononce aux alentours. Il faut le sortir, lâemmener prendre lâair. Lui faire voir des musĂ©es, des bibliothĂšques, des cafĂ©s, des fonds de tote bag pleins de stylos sans capuchons.
Ils passent de mains en mains â des mois pour naĂźtre, des mois pour lire. Jâimagine quâils sont Ă©crits par des mains abĂźmĂ©es, que le temps quâon y met dĂ©colle vernis, quâĂ force dâeffacer les toucher du clavier, on efface aussi ses propres empreintes digitales. Des mains qui ont vĂ©cu â chacun des mots leur sont passĂ©s sur la peau et dans le dĂ©sordre. Elles ont conscience de ce que le temps veut dire, et la solitude. Elles se dĂ©lient, un peu gourdes, un peu tordues, timides.
Six cent pages : on y glisse un dos courbĂ©, des nuits qui sâĂ©tirent, des crises de nerfs. Dans six cent pages, il y a toutes les portes qui claquent et les livreurs qui sonnent. Les matinĂ©es passĂ©es en ligne avec une musique dâascenseur et les 1000 mots Ă©crits dâune traite au beau milieu de la nuit. Les deux semaines sans une ligne. Six cent pages, câest combien de post-its griffonnĂ©s de trois mots, une phrase, glittering like fire, et stardew mordor ? On a plus les mains propres, aprĂšs six cent pages, ça ramone les fonds de tiroirs, ça Ă©corche les genoux pour extirper les monstres sous le lit. Six cent pages. Onze heures de train ou un seul Ă©tĂ©.
4. Pas un chat
Il y a quelque chose d'effarant dans le silence. D'accusateur. Mes pas rĂ©sonnent devant moi, me prĂ©cĂšdent dans les piĂšces vidĂ©es de leurs occupants. Rideaux tirĂ©s, volets claquemurĂ©s, ferrures qui mordent les doigts lorsqu'on les poussent. Le palais est clĂŽt sur lui-mĂȘme, forteresse boudeuse qui replie ses tentures comme si on tendait Ă nouveau ses murs de noir et d'argent.  Â
L'apprĂ©hension monte Ă ma gorge en mĂȘme temps que je me trouve Ă raser les murs contre mon grĂ©. Comme si quelqu'un pouvait m'y voir, dans les longues enfilades dĂ©sertĂ©es, dans les miroirs qui mon ombre Ă l'infini. Le palais n'a jamais semblĂ© aussi grand que dĂ©sertĂ©. J'entends mes pas comme des fantĂŽmes qui me harcĂšlent, me menacent. A chaque angle, je m'attends Ă tomber nez Ă nez avec mon imposture. J'ai droit d'ĂȘtre lĂ et pourtant mes pas s'accĂ©lĂšrent et leurs Ă©chos avec.