Le murmure
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Je suis née là où la mer et les vents chantent et grondent. Là, où le silence n'effraie pas. Je n'ai pas tendu l'oreille. Le brouhaha du monde s'est fait entendre, comme ça, le jour du premier sang. Sais-tu que les étoiles bavardent? Que les fleurs chuchotent? Que les pierres rient à se fendre? N'as-tu jamais entendu les arbres marmonner, les nuages jaser, les fougères rognonner? Nul besoin de répondre, ni de questionner, les langages se lient d'eux-mêmes comme les doigts de deux mains emmélées. Et le vide n'est plus vide, ça change tout autour de toi, ça change au dedans aussi. Si tu prends la peine d'écouter, alors tu l'entendras. Le murmure. Comme des pas feutrés qui te cherchent, toi, et qui balbutient un poème ancien que tu reconnaîtras. Comme le clapotis familier de l'eau du ventre de ta mère. Comme la rondeur de ta joue dans le creux d'une main. Ça peut prendre un certain temps, tu peux t'égarer, te fourvoyer. Mais un jour, des coquelicots écloront dans ta poitrine et tu sauras qu'il t'aura trouvée. Il ne sera plus jamais question de te taire, de ta bouche à sa bouche, les langues se délieront, tu conteras le désir, la folie, l'intense et l'immense. Et vous planterez vos mots comme autant de graines, celles de vos joies, de vos chagrins, de vos rêves et de vos espoirs. À leur tour, elles nourriront les histoires que les vents transportent vers les coeurs attentifs afin que chacun rencontre son mumure. Ami, ne fais pas la sourde d'oreille, le tien t'attend sûrement quelque part.













