Quand le PSC1 devient un cauchemar sexiste
Il me semblait primordial de vous partager une sympathique petite journée de formation PSC1, accompagnée d’un soupçon de sexisme ordinaire, bien bien beauf, qui fait toujours tressaillir les plus féministes d’entre nous.
Commençons par le début (logical), il faisait beau, j’étais motivée, contente d’être avec mes collègues, et j’essayais de prendre positivement la suite de la journée, une énième formation des premiers secours. Nous sommes accueillis par un pompier plutôt autoritaire qui nous fait comprendre qu’il faut pas déconner avec lui. Dommage, on adore ça nous la déconne. Je passe outre et nous sommes invités à nous asseoir.
Et là c’est le début des hostilités. On fait un tour des prénoms, on doit dire si c’est notre première fois au PSC1. Une collègue dit qu’elle ne l’a jamais passé. « Ah c’est bien, on a une vierge ! ». Je sursaute. Je me dis que c’est le mauvais terme qu’il a voulu employer, que j’ai du mal comprendre. Je passe à autre chose. Mais s’en sont suivies un flot de remarques plus sexistes les unes que les autres. « Attention avec ta partenaire, les filles sont des princesses, tu y vas doucement avec elles ! ».
Puis il a trouvé une cible, peut-être celle qu’il jugeait la plus « sexy » je n’en sais rien. Elle se retrouve en binôme avec un collègue qui devait simuler une attaque cardiaque. Elle l’allonge par terre et dit au pompier que dans la vraie vie elle déboutonnerait son jean pour l’aider à respirer, mais que là elle n’allait pas le faire car c’était gênant. « Oh et ben moi si une belle fille comme toi veut déboutonner mon jean je ne dis pas non ! ». Quelques heures plus tard il l’utilise comme exemple pour montrer au groupe la méthode d’Heimlich. Il dit qu’elle est son « jouet » et sa « poupée ». Elle fait la démonstration, elle s’arrête, il ne bouge pas, elle dit : « Je continue ? » « Si tu aimes ça tu peux continuer… ».
J’omets les détails et les phrases type comme « Ah on ne va pas dire que les filles ne sont pas sensibles après ça ! »
« On va encore dire que je suis sexiste, on ne peut plus rire de rien maintenant ! «
Alors, si on peut rire de tout, mais il faut que ce soit drôle. Là ce n’était pas drôle, c’était du sexisme ordinaire, à la limite du harcèlement pour cette jeune fille qui s’est retrouvée entre ses griffes pour la seule et bonne raison qu’elle était belle à son goût.
Mes peines ne se sont pas arrêtées là, puisque j’ai fini par comprendre que la plupart de mes collègues présents trouvaient le bonhomme super cool et drôle ! J’étais outrée. Étais-je la seule à être profondément choquée par ce genre de discours ?
Le soir je rentre chez moi, usée, honteuse de n’avoir pas osé dire quelque chose ou sortir de la formation comme je crevais d’envie de le faire. J’écris à ma cousine, mon alter ego et ma confidente qui me dit de prévenir ma coordinatrice de service civique. Je l’écoute, je l’appelle, et je lui raconte tout de A jusqu’à Z. Elle est choquée, s’excuse et me dit qu’il y a déjà eu ce genre de soucis avec le même organisme et qu’ils avaient interdit à un certain monsieur de former les jeunes chez Unis-Cité. Mais apparemment c’était encore un autre sexiste. Visiblement c’est un peu le credo de la maison. Une ambiance générale de femme-objet que l’on peut descendre et humilier sans honte, profitant du statut hiérarchisant de formateur-formé.
Bref, ma coordo a fait remonter l’info et ils vont changer d’organisme pour les futures formations des jeunes au PSC1.
J’ai été profondément blessée par cet événement. Et je vais vous dire, moins par le comportement du bonhomme que par les gens présents avec moi qui n’étaient que peu choqués. Après avoir prévenu notre coordinatrice, je leur envoie un message pour leur expliquer ce que je viens de faire. Et là, un flot de phrases du type : « Mh, je suis mitigé » « Non mais il est juste un peu beauf, il a voulu être drôle », « Il ne doit pas voir beaucoup de femmes dans sa vie », » c’est sa manière à lui de faire de l’humour ! ». J’ai même appris qu’un de mes collègues avait appelé la coordo après moi parce qu’il avait « peur que ça porte préjudice au pompier ». Non mais… LES GARS ? On marche sur la tête ou bien ? A quel moment on banalise ça ? A quel moment on laisse passer ce genre de choses parce que le mec est « gentil » ? A ce moment là on n’avance jamais, on reste dans ce schéma de société sexiste toute notre putain d’existence et rien de change jamais. A quel moment ça fait rire ce genre de trucs ? C’était surtout ça ma grosse claque, je pensais avoir des collègues ouverts et ils ne remettent même pas ça en question.
Le pire dans tout ça c’est que j’ai douté de moi. Comme la majorité n’était pas choquée, j’ai cru que j’étais dans l’excès, que je me trompais… Ils ont réussi à remettre en question tout ce que j’avais ressenti de négatif et de douloureux entant que femme pendant cette journée. Juste parce qu’ils étaient tous contre moi. Mais j’ai eu mon père au téléphone et il m’a dit quelque chose qui m’a fait du bien :
« Tu sais ma fille, je vous disais toujours une chose quand vous étiez petites avec ta sœur : Ce n’est pas parce que tout le monde le fait que vous devez être aussi cons qu’eux et les suivre ! Souvent les idées les plus riches viennent d’une seule personne, celle qui va à contre courant. En tout cas moi je suis fier de ce que tu as fait, fier que tu n’ais pas accepté ça, fier que tu ais refusé la situation. »
Donc voilà messieurs-dames, continuons d’aller à contre-sens, quitte à passer pour des cons. Au fond de nous nous savons ce qui est réellement juste !