seen from Yemen
seen from Uzbekistan
seen from India

seen from United States
seen from China

seen from Malaysia

seen from Malaysia
seen from Saudi Arabia
seen from Mozambique
seen from Netherlands

seen from Germany

seen from United States
seen from Norway

seen from United States

seen from Norway
seen from India
seen from United States

seen from Saudi Arabia

seen from Hong Kong SAR China

seen from United States
Peter Lemer - Son of Local Colour - a 50th-anniversary live rendition of the Local Colour album, with most of the original band (ESP-Disk)
The core of this group – four of the five musicians listed below – recorded an LP for ESP-Disk' in 1966. The plan, conceived the year after the 50th anniversary of the recording session, was to reunite the original quintet, which had existed for six months back in '66, but unfortunately Nisar Ahmad (George) Khan, tenor saxophonist on the original album, came down with something and couldn't appear. Alan Skidmore (Lemer bandmate in SOS) was deputized and, as all familiar with his career would expect and you will hear, came through with flying local colours at the concert on February 20, 2018 at noted London jazz club Pizza Express. Four months later, Jon Hiseman passed away at age 73 after battling a brain tumor. Five of the original album's six compositions are reprised, but with more room to stretch out on them in the concert context. New to Lemer's ESP discography are Lemer's tribute to British saxophonist/frequent Lemer bandmate Dick Heckstall-Smith, "Big Dick"; Surman's "URH"; and a wild interpretation of Coltrane's "Impressions."
Personnel: John Surman, baritone and soprano saxophones; Alan Skidmore, tenor saxophone; Peter Lemer, piano; Tony Reeves, double bass; Jon Hiseman, drums
In Cahoots in 1985
Local Colour
Peter Lemer Quintet
CD8307
POST-SCRIPTUM 419
INTERVIEW SOUFFLE CONTINU - PART 2 (BY MERZBO-DEREK)
R & C : Du free jazz, de la musique expérimentale (j’imagine que vous sous-entendez par là entre autres l’électroacoustique, le noise, la scène liée à l’impro) : c’est donc notamment ce que vous cherchiez quand vous achetiez vos disques chez les autres, et ce sont en gros les fondements de la boutique Souffle Continu. Le rock indé et la pop surtout, mais aussi le hardcore, à ce qu’il semble fondateurs de vos parcours personnels, sont assez peu représentés, sinon absents de vos bacs. Par contre, l’on y trouve beaucoup de disques plus ou moins obscurs datant des années 1970, qu’il s’agisse par exemple d’acid-folk, de krautrock ou bien encore de bandes originales ressortant du cinéma bis. Le Souffle Continu paraît décloisonner les genres, comme si vous aviez décidé de créer un lieu cumulant les qualités des disquaires que vous fréquentiez.
Bernard Ducayron & Théo Jarrier : Décloisonner les genres, se situer au-delà des chapelles et des écoles, a presque toujours été notre leitmotiv, car c’est le fondement même de notre conception de la musique, j’irai même plus loin en disant : notre écoute du monde, une écoute sans frontières ni préjugés. Il est vrai que les marges et les minorités nous ont toujours intéressées et nous pensons réellement que l’idée de faire entendre ces musiques-là est plus forte qu’une simple affaire de goût. La musique nous a transformé, nous a ouvert à de nouvelles perceptions, à la joie pure des sons. Aujourd’hui, on peut écouter dans un même état d’esprit Sun Ra, Autechre, John Zorn, Sunn O))), Éliane Radigue, Melvins, Joe McPhee, Carsten Nicolaï ou John Cage… Tous ces artistes ont en commun l’inestimable vertu de briser les étiquettes. John Coltrane et les Swans, ou Peter Brötzmann et Fugazi : leurs musiques ont pour nous un caractère d’universalité. Et c’est lorsque les cloisons entre les genres tombent que la musique peut libérer sa pleine créativité. Rock psychédélique, post-rock, free folk, krautrock, progressif, no wave, minimalisme, hardcore, free jazz, improvisation libre, post-punk, field recordings, musique concrète, indus, noise, metal : toutes ces musiques cohabitent pleinement et naturellement chez Souffle Continu.
R & C : Quand avez-vous créé la boutique, et pourquoi ? Sachant qu’il y avait déjà Bimbo Tower qui œuvrait sur un créneau voisin, à Paris également, pas très loin de chez vous d’ailleurs.
Bernard Ducayron & Théo Jarrier : Nous avons créé Souffle Continu en 2008. L’idée avait tout d’abord germé quelques années auparavant, avec l’envie de proposer un lieu du type bar/disquaire, mais cela restait très difficilement réalisable en termes de coût et d’investissement personnel… Puis, avec l’évolution du marché du disque, la dématérialisation et la désertification des points de vente, il est devenu clair qu’il fallait agir vite et que le temps était venu pour nous de proposer rapidement une alternative à tout cela, un lieu de rencontre et d’échange, un lieu pour y programmer des évènements, y défendre les musiques que l’on soutient, un lieu pluriel. Nous nous sommes dit que de toutes façons, le métier de disquaire aurait toujours un avenir tant que la musique serait enregistrée. Or, il se trouve qu’aujourd’hui, on l’enregistre toujours davantage… Et, en 2015, il s’agit d’être en mesure d’offrir une alternative à cette opulence de musique jetable de qualité médiocre que l’on nous a peu à peu imposée.
Effectivement, Bimbo Tower a fermé depuis, sachant toutefois que de nombreux autres disquaires ont ouvert ces trois dernières années. Une majorité d’entre eux a choisi de se concentrer sur le XIe arrondissement de Paris, afin d’intégrer un « parcours de disquaires » et de créer un réseau, car la plupart des clients se détermine souvent un trajet avec plusieurs lieux culturels à visiter. Nous sommes aujourd’hui de plus en plus sur une clientèle de réseau, qui s’articule autour de nos lieux (il y a également de nombreuses librairies dans ce quartier).
R & C : Tout le monde se plaint de la chute des ventes de disques, que l’on dit généralement liée à la révolution numérique : en souffrez-vous vraiment ?
Bernard Ducayron & Théo Jarrier : Forcément, oui, nous en souffrons, mais pas uniquement, car il y a bien d’autres facteurs qui accentuent la chute des ventes de disques. Les comportements d’écoute et les modes de consommation ont été, ces dernières années, totalement bouleversés, chamboulés. Nous n’allons pas rentrer dans les détails, cependant, pour donner un exemple, la majorité de nos clients téléchargent les disques avant de venir les acheter. Pour la plupart, ils en téléchargent beaucoup et font le choix de venir en acheter certains, ceux qu’ils apprécient particulièrement et qu’ils veulent conserver dans leurs collections.
En ce qui concerne la problématique du support, certains auditeurs qui boudaient les supports musicaux physiques se mettent à acheter des vinyles aujourd’hui, en raison de l’attrait du support lui-même. D’autres, qui avaient abandonné le CD, se remettent à acheter du vinyle. Ceux qui ont dépassé la quarantaine, qui ont vendu toute leur collection de vinyles pour n’acheter que du CD il y a une quinzaine d’années, ne sont pas du tout prêts à racheter du vinyle aujourd’hui : rééditions ou pas, ils continuent d’acheter du CD.
R & C : Il est un fait : désormais, vous proposez moins de CD en boutique. Qu'est-ce à dire ? Qu'aujourd'hui, chez un disquaire spécialisé, le vinyle se vend mieux, tout du moins en ce qui concerne les musiques qui nous occupent ?
Bernard Ducayron & Théo Jarrier : Depuis que nous avons ouvert la boutique il y a maintenant sept ans, nous avons observé un basculement des ventes de CD en faveur du vinyle. Cela s’est fait progressivement et ça continue, mais pas pour tous les types de musiques : à dire vrai certaines sont plus que d’autres sensibles à ce phénomène. Par exemple, concernant le rock indépendant, les ventes de CD se font de plus en plus rares. Au début nous vendions beaucoup plus de CD que de vinyles, mais nous en proposions d’avantage aussi ! Somme toute, le CD possède encore partiellement sa place, il résiste, notamment dans le domaine de la musique contemporaine, dans l’électroacoustique, le free jazz aussi, les musiques industrielles, ou toutes sortes de musiques expérimentales.
R & C : Mais la qualité du support, de manière générale, qu'en est-il ? Suit-elle ? Dans l'absolu, ne vaudrait-il pas mieux procéder au coup par coup, acheter tel en disque en vinyle, tel autre en CD, suivant la qualité du son ? Il est vrai que certains labels n'offrent pas le choix : l'américain Superior Viaduct ne vend quasiment que du vinyle, d'excellente facture il est vrai ; de même Finders Keepers, avec çà et là, en fonction des références, un retour à la bonne vieille cassette audio.
Bernard Ducayron & Théo Jarrier : Le problème du support peut en effet se poser sur certains types de musique pas bien adaptés au vinyle ou à la cassette. Par exemple, produire des vinyles d’Éliane Radigue, c’est très beau pour l’objet, car c’est une bonne occasion, grâce au format, d’y intégrer des archives-photos par exemple, mais en ce qui concerne la durée des pièces, c’est plus compliqué. On se retrouve ainsi, parfois, avec des œuvres au format réduit ou tronqué. Ce qui est valable pour tout un pan des musiques orchestrales, minimales ou répétitives, qui fonctionnent généralement sur la durée, sans interruptions…Pour ce qui est de la qualité du son, à moins d’être équipé de matériel haut de gamme, les différences sont vraiment minimes, et le son du vinyle est tout de même indéniablement plus chaud ; la vraie différence entre les deux supports, pour beaucoup, se situe au niveau de l’objet : le CD n’a jamais vraiment réussi à devenir un objet de collection, et c’est certainement pour cela qu’il disparaitra avant le vinyle.
R & C : Les amateurs de disques privilégient le conseil, que l'on peut d'ailleurs aussi trouver sur le net, et donc pas seulement chez le disquaire. La plupart des mail-orders proposent des chroniques, tout en prenant parfois le relai d'une boutique : les chroniques de Volcanic Tongue (en Écosse) sont devenues cultes, les Tip of Tongues notamment, et celles de Soundohm, à Milan, sont quant à elles des modèles en matière d'information. Pourquoi ne pas en proposer sur votre site de vente par correspondance ?
Bernard Ducayron & Théo Jarrier : C’est vraiment formidable que tous ces mail-orders fassent ce travail-là, assez long et fastidieux pour les oreilles, puisqu’il faut souvent procéder à une écoute transversale. Certains proposent aussi du son... Metamkine a toujours suscité notre admiration dans ce domaine sachant qu’ils ne sont que deux à œuvrer et proposent des chroniques succinctes et originales, ce qui est rarement le cas ailleurs. À l’exception de Volcanic Tongue, ceux que tu as cités travaillent en équipe et ne tiennent pas de boutique physique au quotidien Ce qui constitue une sacrée différence. En ce qui nous concerne, devoir tenir un stock à jour quotidiennement et mettre en ligne de nouveaux arrivages représente déjà une tâche importante à réaliser, au vu de la charge de travail qu’il y a autour !
R & C : Finalement c'est quoi le quotidien d'un magasin de disques comme le vôtre ?
Bernard Ducayron & Théo Jarrier : Le commerce du disque est un commerce assez particulier qui ne consiste pas uniquement à acheter et à vendre des disques. Le détailler serait assez long, mais pour en donner une idée, il suffit peut-être de dire que nous travaillons avec de très nombreux distributeurs, labels et musiciens dans le monde entier, que nous avons plus de 600 dépôts-vente en direct boutique, que nous faisons aussi de la vente par correspondance via le site de la boutique, et que nous travaillons également avec des plateformes de ventes par correspondance comme Discogs. Nous organisons des évènements pour des sorties de disques... Et malgré cette multiplicité des taches, on s’adresse toujours à un petit réseau de fans, d’aficionados, de mordus, de collectionneurs : pour de nombreux clients, nous sommes des antiquaires !
R & C : Arrivez-vous à vivre chacun correctement de cette activité ?
Bernard Ducayron & Théo Jarrier : Nous vivons difficilement de notre activité de disquaire, disons que nous sommes dans une économie de survie. Nous sommes avant tout portés par la passion, la boutique n’existerait pas sans elle.
R & C : Vous venez de monter un label qui reprend le nom du magasin, Souffle Continu Records.
Bernard Ducayron & Théo Jarrier : Nous vivons ce petit début d’aventure formidablement bien, malgré une lenteur inéluctable imputable au travail de fourmis qu’il représente. L’activité liée au label nous permet de tisser un réseau d’échanges, ce qui nous offre l’opportunité d’alimenter la boutique à moindre coût et de faire croître notre reconnaissance. Évidemment, la charge de travail a augmenté d’autant : comme tu le sais, nous ne sommes que deux à tout gérer, la boutique, le mail-order, les évènements et maintenant le label !
R & C : Celui-ci, pour l'instant, n'est dévolu qu'à des artistes français : Heldon, Jean Guérin, Red Noise, Bernard Vitet… Et, globalement, c'est-à-dire exception faite du travail de Richard Pinhas, à la réédition de vinyles des années 1970 originellement édités par Futura Records, et d'ailleurs en grande partie présents dans la fameuse sélection de disques influents établie par le groupe Nurse With Wound en 1979. Les dernières références en date, Horde Catalytique Pour La Fin, Triode et Travelling, ne font pas exception à la règle. Les références suivantes s'inscriront-elles dans cette optique, c'est-à-dire : rééditions et non nouveautés ; en vinyle exclusivement ; artistes français uniquement, et issus du catalogue Futura ?
Bernard Ducayron & Théo Jarrier : Souffle Continu Records élargit considérablement le spectre de notre activité de disquaire. C’est aussi une aventure humaine plaisante, nous l'avons dit, avec des gens que l’on apprécie et dont on estime le travail. Créer un label de rééditions, pour un disquaire, est presque devenu une évidence dans son mode de fonctionnement tant cela amène de légitimité sur le marché du disque. Il y a du sens à rééditer des albums qui nous tiennent à cœur et que nous aimerions, en tant que clients, trouver dans les bacs.
Nous avons signé un contrat de licence avec Gérard Terronès afin de rééditer une dizaine de références du label Futura. Des disques de Red Noise, Mahogany Brain, Triode, Travelling, Horde Catalytique Pour La Fin, Jean Guérin, Bernard Vitet, Jacques Berrocal, Anne-Marie Coffinet, sachant que d’autres suivront sans doute par la suite. Nous avons également lancé plusieurs pistes de travail avec d’autres labels (notamment Saravah) et musiciens (Jean-Jacques Birgé, Emmanuelle Parrenin, Jean-Louis Mechali, Patrick Gauthier, Jean-François Pauvros).
Souffle Continu Records sera exclusivement un label de rééditions. La production ne demande pas du tout le même travail, le même investissement, le même suivi ; nous n’avons ni le temps, ni l’énergie de nous lancer là-dedans. Par le biais de la boutique toutefois, nous soutenons bien évidemment tous les labels qui continuent de produire aujourd’hui. Il est vital qu’il y ait de nouvelles propositions, de nouveaux groupes, de nouvelles choses à écouter. C’est presque plus important que la réédition, qui n’est en réalité qu’un travail d’archivistes, même si cela nous permet de réhabiliter certaines vieilleries qui nous tiennent à cœur. Nous ne sommes ni nostalgiques, ni passéistes : nous aimons tout autant les nouveautés !
R & C : Quelles sont vos relations avec Gérard Terronès et Richard Pinhas, puisque vous avez aussi réédité des raretés signées Heldon.
Bernard Ducayron & Théo Jarrier : Nous entretenons de bons rapports avec Gérard Terronès et Richard Pinhas, depuis bon nombre d’années maintenant. En ce qui concerne Richard, Bernard le côtoyait déjà auparavant. Il se trouve que lorsque nous avons ouvert notre boutique, Gérard et Richard sont venus, dès notre crémaillère, témoigner de leur sympathie et de leur soutien. Depuis, nos relations se sont encore renforcées, et nous avons, au fil des ans, entrepris ensemble des collaborations multiples : les rééditions donc, mais aussi la vente des disques de la collection Futura/Marge en boutique, ou l’organisation de showcases avec Richard, venu jouer à deux reprises à la boutique, pour la sortie du disque Vents solaires, puis à l’occasion de l’édition du Disquaire Day 2015, en duo avec le batteur Arthur Narcy. Lors de la première venue de Richard, nous avons évoqué l’idée d’inaugurer le label avec la réédition de trois pépites alors indisponibles bien qu'elles aient marqué toute une époque tant musicale que politique (Soutien à la RAF, Perspectives et Le Voyageur), ce que nous avons fait, en série limitée à 700 exemplaires chacun.
Nous aurions aimé approfondir encore davantage la discographie de Richard, mais les labels Wah Wah et Superior Viaduct ont déjà bien avancé le travail en rééditant les albums studio de Heldon. Mais il n’est pas exclu que nous prenions le relai à un moment, car les contrats de licences ont une durée limitée. Après les trois 17-cm, nous avons d’ailleurs poursuivi l’aventure avec l’édition de deux enregistrements publics parisiens en vinyle (ces titres n’étaient sortis qu’au Japon en CD).
R & C : En dehors d'assouvir votre passion, en quoi était-il nécessaire de monter un label ? En termes d'image ? De notoriété ?
Bernard Ducayron & Théo Jarrier : C’était carrément devenu une nécessité vitale pour nous. L’activité de disquaire seule, quand on travaille du neuf de surcroît, se révèle impossible à tenir. Les volumes de vente sont si bas qu’il est indispensable de développer des activités parallèles. Mettre sur pied un label s’est imposé dans le cadre de la survie de la boutique !
R & C : Enfin, rééditer des disques devenus introuvables, cela ne participe-t-il pas de la rétromania qu'évoque le critique Simon Reynolds dans le livre du même nom ?
Bernard Ducayron & Théo Jarrier : Il y a une très nette recrudescence de la réédition musicale ces dernières années, effectivement. Le phénomène s’est même accru depuis environ sept/huit ans. Des labels, voire des majors, avaient petit à petit délaissé des catalogues entiers de grands (ou moins grands) classiques, sous prétexte de mauvaise rentabilité commerciale, pariant plutôt les nouveaux artistes, les nouveaux groupes. La nouveauté a fini par inonder le marché de la musique, avec des projets parfois éphémères, peu aboutis et sans direction artistique, ou sans suivi commercial. De nombreuses productions se sont donc retrouvées totalement noyées dans la masse, l’offre finissant par devenir beaucoup plus importante que la demande. L’auditeur était un peu perdu dans ses choix, peinant à identifier des courants ou des artistes émergents. Or, si ce dernier est un tant soit peu curieux et éclectique, il finit par avoir besoin de repositionner la musique dans un contexte plus historique, avec des repères temporels, afin de se faire une culture musicale cohérente. Tout ceci fait que, du "gros consommateur aux mélomanes les plus exigeants", submergé de propositions musicales, on se soit un peu lassé de ce qui était servi…
Au-delà du fait de remettre sur le marché des disques qui étaient fatalement ou momentanément indisponibles, la réédition permet de revaloriser un répertoire parfois méconnu, de faire découvrir des choses obscures et de replacer la musique dans une histoire, un contexte historique avec ses repères, ses pères et ses fondateurs. Certains labels l’ont compris, à tel point que l'on voit désormais une industrie du disque en crise se passionner pour la réédition. Cependant, si les majors s’emparent aujourd’hui du phénomène, c’est aussi pour nous revendre des disques qu’elles ont elles-mêmes fait en sorte de rendre indisponibles pendant un temps, pour mieux nous les resservir de nouveau. Des disques que nous avons parfois déjà dans notre discothèque, réédités remplis de bonus quels qu'ils soient ! Le calcul consiste à nous faire racheter dix fois le même disque sans prendre aucun risque : restons donc vigilants et n'avalons pas tout non plus !
Simon Reynolds s’interroge à juste titre. Ces formes de la nostalgie bloquent-elles le chemin à toute créativité, ou bien nous retrouvons-nous nostalgiques précisément parce que notre époque viendrait à manquer d’élan créatif ? La rétromania existe, elle est là, bien sûr. Ce qui n'empêche pas les albums sortis par label Futura au début des années 1970 dans les séries RED et SON d'être des petits trésors de musiques aux formes libres, qu'elles soient associées au rock (progressif ou psychédélique), au free jazz ou plus expérimentales encore. Ces disques étaient tous devenus quasiment introuvables en vinyle jusqu'à ce que nous les rééditions. Tu l'as dit, ils sont présents dans la fameuse liste de Steven Stapleton de Nurse With Wound, liste représentant idéalement les passerelles que nous défendons entre les musiques rock, jazz, expérimentales ou industrielles. Il existe encore un nombre incalculable de pépites méritant de revoir le jour, en dresser la liste est quasi impossible. L’important, pour nous aujourd’hui, est de les rendre visibles, audibles et disponibles, avec l’espoir que cela permette à l’auditeur de peut-être mieux percevoir son présent, voire de définir son futur !
( première partie, ici )