Pierre Cabanne, Dialogues with Marcel Duchamp

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Pierre Cabanne, Dialogues with Marcel Duchamp
デュシャンの世界 M・デュシャン+P・カバンヌ 岩佐鉄男+小林康夫=訳 entretiens avec marcel Duchamp : pierre cabanne エピステーメー叢書11 朝日出版
Me gusta más vivir, respirar, que trabajar,...Por lo tanto, si se me permite la expresión, mi arte sería pues vivir; cada segundo, cada respiración es una obra no inscrita en ningún lugar, ni visual ni cerebral. Una especie de euforia constante.
Marcel Duchamp en entrevista con Pierre Cabanne. Ingénieur du temps perdu: entretiens avec Marcel Duchamp. París. 1967
Foto: Autorretrato de August Sander
En somme (l'art) c'est un produit à deux pôles ; il y a le pôle de celui qui fait une oeuvre et le pôle de celui qui la regarde. Je donne à celui qui la regarde autant d'importance qu'à celui qui la fait.
Entretiens avec Marcel Duchamp, Pierre Cabanne
philosophie
Je crois que la peinture meurt, comprenez-vous. Le tableau meurt au bout de quarante ou cinquante ans parce que sa fraîcheur disparaît. La sculpture aussi meurt. C’est un petit dada à moi que personne n’accepte, ça m’est égal. Je pense qu’un tableau au bout de quelques années meurt comme l’homme qui l’a fait ; ensuite ça s’appelle l’histoire de l’art. Il y a une grosse différence entre un Monet aujourd’hui, qui est noir comme tout, et un Monet d’il y a soixante ou quatre-vingts ans qui était brillant quant il a été fait. Maintenant, il est entré dans l’histoire, c’est accepté comme ça, et d’ailleurs c’est très bien, cela ne change rien à quoi que ce soit. Les hommes sont mortels, les tableaux aussi. L’histoire de l’art est une chose très différente de l’esthétique. Pour moi l’histoire de l’art c’est ce qui reste d’une époque dans un musée, mais ce n’est pas forcément ce qu’il y avait de mieux dans cette époque, et au fond, c’est même, probablement, l’expression de la médiocrité de l’époque car les belles choses ont disparu, le public ne voulant pas les garder. Mais cela c’est de la philosophie. Marcel Duchamp, dans Pierre Cabanne, Entretiens avec Marcel Duchamp, Paris, Éditions pierre belfond, 1967, p. 124.
prémonitoire
« Mais quoi ? Ce nègre n'est pas à fond de cal, et c'est lui qui sauvera l'équipage ! N'admirez-vous pas comme le grand malheur a tout à coup rétabli l'égalité parmi les races ! ... » écrira Charles Blanc. Un nègre est le héros du Radeau de la Méduse, la force de contestation symbolique du peintre n'est pas douteuse, elle confrontait la France à ses populations coloniales dont les indigènes étaient honteusement traités.
En 1819, quand Géricault peint la Méduse, s'amorçait un mouvement pour l'abolition de la traite des Noirs qui aboutira quelques années plus tard. Si son tableau était provocateur il était surtout prémonitoire.
Pierre Cabanne, Le scandale dans l'art, Paris, Éditions de la différence, 2007, pp. 82-83.
embarquer
Dans le concert quasi général d'hostilité, le future grand historien Michelet apparaît, de tous les commentateurs du Radeau de la Méduse, le plus lucide ; le scandale est, à ses yeux, plus général que celui du tableau. Il écrira : « Géricault peint son radeau et le naufrage de la France. Il est seul, il navigue sel, poussé vers l'avenir... sans s'informer, ni s'aider de la réaction. Cela est héroïque. C'est la France elle-même, c'est notre société tout entière qu'il embarque sur ce radeau de la M... Image si cruellement vraie que l'original refusa de se reconnaître. On recula devant cette peinture terrible... »
Pierre Cabanne, Le scandale dans l'art, Paris, Éditions de la Différence, 2007, p. 82.