J’ai 25 ans, quelques diplômes et je suis toujours pas équipier polyvalent dans un fast food. Je vends ma force de travail et ma santé tous les matins à partir de 8h30. L’équipe est sympa, je mange à ma faim. Bon au départ c’était un peu une solution d’urgence, je vous le concède. Un job alimentaire dans tous les sens du terme. Le côté cocasse, c’est que la dernière fois que j’ai bossé, c’était il y a exactement 6 ans. Jours pour jours. Où sont passées ces 6 dernières années ? Un peu comme vous : de grandes études faciles, entre nonchalance et absentéisme, suivies de quelques années d'errance dans le désert d'humanité de quelques boulots faciles.
J’ai fait face aux dérives de l’esprit corporate qui sont une nouvelle forme d’asservissement. L'esclavage en col blanc et Mini Cooper de fonction. C’est en tous cas le meilleur moyen de repérer et d'écarter les moutons noirs. Ceux qui s’enthousiasment pas à l'idée de vendre plus de seringue. Ceux qui cherchent toujours la Big Idea lorsqu'un un rotor s'engage dans un marché déjà saturé. Cependant, je m’aligne de moins en moins avec une solution facile : le choix de l’anti-ambitionisme, qui à mon goût, manque un peu de panache face au grand défi du monde.
Dans la jungle que représente le monde du travail, vous assisterez à des choses difficilement soutenables. Je pense à ces réunions gênantes lors desquelles les blagues du N+ sont hilarantes. Je pense à ces gens refusant de saluer leurs N-2. Je pense à ces N+1 humiliant « la stagiaire » en oubliant son prénom tous les matins pendant 6 mois. Je pense à ces centaines de stagiaires sans foi ni loi qui se battent pour un CDD de deux mois. Tous ces gens investis à 200% dans la vente de speculum vaginal, des catalogues techniques ou l’eau de distillé. Ceux qui sont sous l’eau tous les weekends et trouvent une raison d'exister dans l’illusion d'être indispensable. Je pense à tous ces gens qui survivent, sous ordonnance, à la merci d'une hiérarchie. Ceux qui sortent avec leurs collègues, couchent avec leurs collègues, emménagent et divorcent avec leurs collègues. Des histoires complètements dingues dont seule la force du cliché a le secret. Alors, comme vous certainement, j’ai essayé de tenir, de m’adapter, de sourire. Je me suis dis que j'arriverais à prendre sur moi. Je pensais pouvoir oublier mes journées en passant mes soirées à boire des bières avec mes potes, ou m’enfuyant en regardant une tonne de séries et de films ... Mais c'est impossible mon pote. Je ne supportais plus de me faire prendre de haut par des fils de pute qui, humainement, m’arrivent à la cheville. Et puis les objectifs intrinsèques de la du monde dans lequel je suis ont eu raison de ce qu'il me restait de motivation. Nike l’industrie de la consommation ! Celle où toute tentative d’élévation est broyée par des études glauques. Le café c’est design ? Ta banque est cool ? Ok mon pote, mais arrête de faire semblant d'y croire. Nous ne sommes que les rouages du système. Un système qui nous remplacera dès que la coke et le syndrome de Peter Pan de ton boss ne suffiront plus à nous protéger du poids de la conscience et de la dépression.
Je croyais profondément en l’humain. Mais entre mes collègues, mes boss, leurs clients et leurs visions des clients de leurs clients, je crois que le travail m'a rendu misanthrope. Je devrai tout stopper. Je n'aurais pas pu m'intégrer dans leur monde. Je ne voulais plus écrire les chroniques du Sheitan comme tout de suite.
En fait, je crois que nous sommes tous pareil. Nous étions candide. Nous avons cru en les promesses de cette société, en les promesses d’une putain d’école qui te fait croire ce que tu as envie de croire, en celles de nos parents, en les publicité qui tournent en boucle sur ta télévision de merde. Tout le monde nous avait dis qu'on serait heureux. Qu'on trouverait notre voie. Qu'en portant des Baskets, Impossible is Nothing. Mais la triste réalité mon pote, c’est qu’aux alentours de 25 ans, on se rends compte que tout ça n’est que de la merde. On se rends compte que pour vivre la moitié de sa vie, il faut souvent sacrifier l'autre. De toute façon, bosser toute sa vie c’est pas un taf. Passer 60% de sa vie hors dodo à vendre ce qu’on a dans la tête, c’est de la prostitution. Certains jouent le jeu à fond, d’autre font des concessions par rationalité ou se reposent sur des concepts comme l’anti-ambition. Mais soyons franc, “ Madonne, c’est 30% du budget de la Ross”. Au premier client qui saute, la moitié de la boîte est à la porte. Parfois, il faut se battre. Et je ne crois pas à l’anti-ambition en contexte de survie.
Même Fuzati du Klub des Loosers (https://www.youtube.com/watch?v=7Q27Xh5fSwg) craint la porte.
Là où je veux en venir mon pote, c’est qu’on ne peut pas être à moitié dans le système. Tout le monde sembles être complètement résigné. J’ai l’impression de lire vos commentaires, vos publications et vous semblez tous être quelqu'un qui a baissé les bras dans un excès de bon sens. C’était pas ça tes rêves mon pote, hein ? Il y a quelque chose de bon en toi, quelque chose de meilleur. Einstein a dit que le monde ne sera pas détruit par ceux qui font le mal, mais par ceux qui les regardent sans rien faire. Et si le grand combat de notre génération était de revenir à une société plus humaine ? Moins matérialiste, moins individualiste, plus juste ? Si tu sens que ça bloque, ne te résume pas à la passivité toute ta vie. Les gens qui ont changé le système ont d’abord du le quitter, s’en affranchir pour ne plus en dépendre. Cultive l'ambition dans un environnement qui te correspond. Le monde a besoin de toi. De toi et de tous les hommes en âge de se battre. Oh je sais ce que tu vas me dire mon pote ! Pourquoi choisir l'autre voie, celle de la galère et des hobbies de fin de CV pour manger des pâtes ? Parce que tous les matins, quand je me lève à 7h, je vois quelqu'un de meilleur dans le miroir. Just Do It