"Cette dégénérescence qualitative de toutes choses est d'ailleurs étroitement liée à celle de la monnaie, comme le montre le fait qu'on en est arrivé à n’"estimer" couramment un objet que par son prix, considéré uniquement comme un "chiffre", une "somme" ou une quantité numérique de monnaie ; en fait, chez la plupart de nos contemporains, tout jugement porté sur un objet se base presque toujours exclusivement sur ce qu'il coûte. Nous avons souligné le mot "estimer", en raison de ce qu'il a en lui-même un double sens qualitatif et quantitatif ; aujourd'hui, on a perdu de vue le premier sens, ou, ce qui revient au même, on a trouvé moyen de le réduire au second, et c'est ainsi que non seulement on "estime" un objet d'après son prix, mais aussi un homme d'après sa richesse. [...] Ces exemples montrent aussi qu'il y a une véritable dégénérescence du langage, accompagnant ou suivant inévitablement celle de toutes choses ; en effet, dans un monde où l'on s'efforce de tout réduire à la quantité, il faut évidemment se servir d'un langage qui lui-même n'évoque plus que des idées purement quantitatives."
René Guénon, Le Règne de la Quantité et les Signes des Temps, 1945.















