Radio Paris N°54-4 :Concept; Le statut de l’erreur
Un concept en forme de phrase Latine.
Tout le monde connait l’adage: Errare humanum est (l’erreur est humaine). Cette phrase est tronquée, elle est suivie de: Sed persevaere diabolicum. Un truc qui veut dire; “mais persévérer dans l’erreur est diabolique, ou idiot”, c’est comme vous préférez.
La deuxième partie est moins connue, pourtant elle implique un jugement de valeur. Elle sous-entend que la réitération de l’erreur est moralement répréhensible. Notre société, telle qu’elle se construit aujourd’hui, pour demain, est imprégnée de cette conception de l’erreur. A l’école, nos jeunes êtres humains apprennent, ils se doivent de restituer les connaissances sans erreurs, sous peine d’être sanctionnés. Le cadre général, conditionné par l’esprit de compétition forcené, ne laisse aucune place aux errements, aux doutes, aux ratures, à l’erreur. L’erreur n’est pas humaine, elle est devenue diabolique.
Quand bien même la hiérarchie de notre belle éducation nationale, dans quelques projets novateurs et surtout minoritaires, fait la promotion d’un statut différent de l’erreur, elle ne permet pas à ces futurs collègues d’en réaliser. Apprendre, c’est nécessairement “bien” appliquer. D’autant plus que ce qui doit être appliqué n’a pas toujours été explicité. Car si l’erreur est bien sanctionnée, l’information n’a pas toujours été donnée. L’enfant d’un travailleur pauvre, qui découvre le livre pour la première fois à 6 ans, sera t-il au fait de l’intégralité des attendus de l’école en arrivant? Son erreur? Être mal né !
Au XVIII ème siècle, lorsqu’un Amiral Français perdait une bataille, on avait tendance à penser que cette grave erreur méritait la mort. Les Anglais avaient une autre philosophie. Les grands chefs demandaient au Capitaine qui avait perdu, pourquoi il avait agi ainsi et ce qu’il savait à ce moment là. Ainsi son erreur n’en est pas une, elle n’est pas une faute morale lorsqu’un être humain n’a pas toutes les informations. A ce moment là, l’erreur est humaine.
Imaginons que je doive reproduire une expérience chimique. Elle ne marche pas. Je vais le voir de suite ou presque, et chercher mon erreur. Avec les relations humaines, cela peut prendre un peu plus de temps. Imaginons une relation affective, qui dure. Celle ci s’arrête de manière brutale, nous pourrions dire qu’un certain nombre d’erreurs ont été commises pour en arriver là. Les protocoles n’étant pas aussi stricts, aussi mécaniques qu’avec l’expérience chimique, les deux protagonistes vont mettre un peu plus de temps à visualiser leurs erreurs. Il n’est pas impossible qu’ils les reproduisent plusieurs fois encore avant d’hypothétiquement les confondre. Déterminer au sein des milliers de facteurs que peuvent induire les relations humaines, ce qui a constitué une erreur à ce moment là n’est pas chose aisée.
Le problème c’est que l’erreur peut faire mal. J’ai mis mon doigt sur la flamme de la bougie, j’ai appris que c’était douloureux, mon erreur réside donc dans la répétition (diabolicum !), pas dans le premier acte. Si je mets la main d’un autre sur la bougie, c’est plus problématique. La justice sanctionnera le 1er geste et la récidive, car elle me dira plus ou moins gentiment qu’il fallait que je me contente de mon doigt. Diabolique.
Aujourd’hui, dans notre monde Judéo-Chrétien ou la culpabilité règne partout, l’erreur, la faute est mal. Parler du statut de l’erreur, en est peut être une. Si nous parlions ensemble pour apprendre à sortir de l’erreur qui consiste à croire que tout cela est mal.