Emperor Jones (The Emperor Jones) (1933) Dudley Murphy
April 2nd 2026

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Emperor Jones (The Emperor Jones) (1933) Dudley Murphy
April 2nd 2026
Music Women Playing Card - Clubs - The Black Diva
Ruby Elzy
Ruby Elzy introduced the role of ‘Serena’ in Porgy and Bess. Here is a must-hear recording of her performing “My Man’s Gone Now”, an aria from the production.
Singer and actress Ruby Elzy pictured with Paul Robeson in The Emperor Jones (1933).
Singer Ruby Elzy
Le film Birth of the Blues (1941) est une comédie musicale très honnête, mais... comment dire... Rien qu'en regardant l'affiche, on sent qu'il y a comme un problème, n'est-ce pas.
Vous vous souvenez, quand les blancs ont inventé le blues pendant qu'un noir passait le balai ?
(Note : sur la jaquette du DVD que j'ai vu, il n'y avait même pas un personnage noir.)
Certaines personnes rétorqueront certainement que le racisme du film n'est pas choquant pour l'époque, et proposeront donc qu'on évite d'en parler. Celles et ceux qui me suivent depuis quelques temps savent tout le bien que je pense de ce genre de raisonnement.
Passons sur la première scène où un petit garçon blanc se glisse dans un groupe de noirs en train de jouer du jazz, et commence à jouer de la clarinette - les musiciens s'arrêtent alors pour s'esbaudir devant le talent exceptionnel de ce petit génie blanc qui semble les surpasser du haut de sa dizaine d'années. Que dire de plus.
Cette scène est déjà pénible, mais le pire est à venir dans la scène où Ruby Elzy chante.
Voici le contexte : Ruby (c'est aussi son prénom dans le film) est la femme de Louey (Eddy "Rochester" Anderson), le servant de Jeff (Bing Crosby). Lors d'une bagarre qui visait Jeff et ses amis, Louey intervient et est gravement blessé. On retrouve le groupe attroupé autour du lit de Louey, Ruby pleurant doucement à son chevet.
Et c'est alors qu'elle se met à chanter.
Il faut savoir que Ruby Elzy était une célèbre chanteuse d'opéra qui s'était notamment fait connaître à Broadway. (Si vous êtes intéressés, il existe un CD, et il est possible de télécharger certaines de ses chansons.)
Et pendant qu'elle chante Saint Louis Blues, accompagnée d'un chœur de noir-e-s, la caméra suit Jeff qui s'éloigne et monte sur la terrasse, où il sera rejoint par Betty, la chanteuse blanche du groupe. On n'entendra plus la chanson de Ruby qu'étouffée, en fond sonore puis à peine audible, pendant que Jeff et Betty discutent de l'avenir du groupe.
Cette scène à elle toute seule résume la façon dont les noirs sont traités dans ce film : on a la gentillesse de leur donner un petit rôle, de vaguement reconnaître qu'ils ont quelque chose à voir avec la création du jazz et du blues - mais ils ne restent qu'un élément du décor. Ruby Elzy méritait une scène entière, or même cela lui est refusé.
Dans le film, le racisme des blancs qui refusent d'écouter du jazz simplement parce que c'est une musique de noirs est dénoncé, pointé du doigt de façon complaisante, mais on se permet par ailleurs d'utiliser en toute bonne conscience des schémas racistes - nous rappelant que dénoncer une forme évidente du racisme ne permet jamais de faire l'économie d'une réflexion sur ses formes plus pernicieuses, et qu'accuser "les autres" de racisme ne fait pas disparaître celui qui existe en nous.