La mousson, c’est surtout acheter ses parapluies 3 par 3
Début Octobre 2015 : nous commençons à percevoir la fin de la mousson, malgré la rémanence ponctuelle de ce que les spécialistes appellent sobrement des « averses éparses », et de ce que nous nommerons donc « les hallebardes de l’enfer ».
Je n’ai pas le temps de trop faire dans le littéraire, alors faisons dans le mathématique, avec aujourd’hui les quelques chiffres de la mousson, cuvée 2015 :
-6 mois, c’est environ ce que dure la saison des « pluies » (Mai à Octobre), dont 4 mois de « un peu plus grosse pluie » (Juin à Septembre), dont 2 mois d’ « apocalypse aqueuse pouvant tomber à tout moment ». (Juillet – Aout, voir Septembre tiens)
-Tristes statistiques : 1 million, c’est le nombre de personnes déplacés du fait des inondations monstres dans plusieurs régions du pays cette année, entraînant également les décès d’une centaine d’individus. Les moyens de recensement étant ce qu’ils sont, on peut imaginer des chiffres réels peut-être un peu plus élevés. Tristes statistiques.
-2.5, c’est le nombre de mètres d’eau qui tombent en moyenne à Yangon de Mai à Octobre. Une piscine tout a fait correcte donc.
-8, c’est le nombre de parapluies que j’ai perdu cette année, battant ainsi mon record personnel de l’année précédente. Avec un bon mental, je pense être en mesure de battre ce record une nouvelle fois l’an prochain.
-3, c’est le nombre de fois qu’un pigeon a fait sur ma chemise cette année. Sérieusement, vous êtes lourds les pigeons.
-36 000, c’est nombre de cas de dengue enregistrés (pour l’instant) cette année, soit 3 fois plus que l’an dernier. La saison des pluies rendant ce type d’épidémie particulièrement conviviale. Un autre record dont on se serait volontiers passé donc.
-« Quelques », c’est le nombre d’amis retournés dans leurs pays respectifs, la mousson étant une saison charnière pour les départs/arrivées des expatriés.
-« Plein », c’est le nombre de nouveaux amis arrivés ici. C’est charnière on a dit, et des expatriés il y en a de plus en plus.
-5, c’est le nombre de nouveaux restaurants ayant ouvert ces 5 derniers mois dans mon quartier, marquant l’incontestable dynamique de Yangon en général (et du quartier de Yaw Min Gyi en particulier). Qui a dit gentrification ?
-3, c’est le nombre de coupures de courant à la maison la semaine dernière, dont une ayant touché la quasi-totalité de la ville, suscitant le bourdonnement général d'innombrables générateurs de secours.
-2, c’est l’espérance de vie, en jours, d’un rouleau de papier toilette quand frappe la malédiction du « je crois que j’ai mangé un truc qui ne passe pas, ou qui passe trop », laquelle tombe plus facilement durant la mousson pour d’évidentes raisons d’hygiène (l’eau de pluie faisant dégueuler les égouts partout dans la rue, dans laquelle nous pataugeons tous joyeusement).
-23h, c’est l’heure à laquelle la quasi totalité des bars, restaurants, boites de nuit doivent désormais fermer, du fait de l’application récente d’une loi particulièrement amusementicide. Cette mesure visant à conserver un contexte calme à l’approche des élections... Le soir venu on se retrouve donc à faire 2 fois le tour de la ville en taxi, à la recherche d’un bouiboui plus ou moins ouvert.
-17 000 Kyats, c’est prix d’une bouteille de vin rouge français à la petite boutique du coin, là. Cela n’a rien à voir avec la mousson mais ça fait plaisir.