Aujourd’hui, je n’ose même pas me faire des reproches. Criés à l’intérieur de ce jour vide, leur écho vous soulèverait le cœur.
Kafka, Journal, 22 décembre 1910
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Aujourd’hui, je n’ose même pas me faire des reproches. Criés à l’intérieur de ce jour vide, leur écho vous soulèverait le cœur.
Kafka, Journal, 22 décembre 1910
Ce qui nous libère du poids, c’est la respiration. Dans la respiration nous n’avons plus de poids, nous sommes poussés comme en vol au-delà de la force de gravité.
Giorgio Agamben
François Durif, Ici remue - sauts de cabri, Le Générateur, Gentilly, 26.02.20
Écrire est l’interminable, l’incessant. L’écrivain, dit-on, renonce à dire « Je ». Kafka remarque, avec surprise, avec un plaisir enchanté, qu’il est entré dans la littérature dès qu’il a pu substituer le « Il » au « Je ». C’est vrai, mais la transformation est bien plus profonde. L’écrivain appartient à un langage que personne ne parle, qui ne s’adresse à personne, qui n’a pas de centre, qui ne révèle rien. Il peut croire qu’il s’affirme en ce langage, mais ce qu’il affirme est tout à fait privé de soi. Dans la mesure où, écrivain, il fait droit à ce qui s’écrit, il ne peut plus jamais s’exprimer et il ne peut pas davantage en appeler à toi, ni encore donner la parole à autrui. Là où il est, seul parle l’être, -- ce qui signifie que la parole ne parle plus, mais est, mais se voue à la pure passivité de l’être.
Maurice Blanchot, L’Espace littéraire, Gallimard, 1955