Four Friends (1981)
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Four Friends (1981)
Si on pouvait obtenir la folie rien qu'en la demandant, il supplierait qu'on la lui donne. [...]
Il vieillit, et bien que ce vieillissement ne soit que peu de choses comparé aux éons qu’il traverse, il vieillit réellement. Ses cheveux, les quelques petites mèches qui lui restent, sont maintenant blancs. Il n’a plus de dents. Son visage est couvert de rides profondes tels les lits des ruisseaux asséchés. Ses yeux se sont enfoncés dans leurs orbites, comme s’ils avaient été repoussés par toutes les horreurs qu’il a vues.
Disparus maintenant, sa ruse et son esprit notoirement subtil qui ont dupé tant de monde, y compris lui-même. À la place, peut-être en compensation pour tout ce qu'il a perdu, lui est venu un tout petit bout de sagesse, pas plus gros que ce que peut obtenir un mendiant. Mais aussi petit qu'il soit, ce bout de sagesse suffit à éclairer la vie d'un fou d'un jour nouveau.
« J’avais tout, enrage-t-il, et j’avais tout de naissance. Je suis né vivant dans un monde plein de vie. Pourquoi n’ai-je donc pas chéri et aimé tout cela ? »
« Espèce de fou, se dit-il. Espèce de misérable fou. Tu as gâché le miracle de la vie. »
Sa femme, son fils, n’importe quel homme, femme ou enfant, que ne donnerait-il pas pour le privilège de les aimer ? Il pourrait maintenant consumer le restant de ses jours à aimer une simple fleur.
Son cœur souffre de ne pouvoir aimer, mais il n’y a rien de vivant sur son voilier à part lui. De désespoir, Ulysse prend sa main droite avec sa main gauche et, la portant contre sa poitrine, aime cette main.
Karoo, Steve Tesich
Book I’m enjoying this summer.
Il devait être quelqu'un pour pouvoir appeler, mais il n'arrivait pas à savoir qui. Toute vie – l'existence elle-même – semblait impossible. L'intimité se révéla soudain à lui comme une planète en train de mourir et désormais incapable de porter la vie. Son seul espoir de survie était la fuite. Rendre les choses publiques. Ce qu'il fit.
Steve Tesich, Karoo
The revelations that President Nixon and members of his Cabinet were a bunch of cheap crooks rightly sickened and disgusted the nation. But truth prevailed and a once-again proud nation proudly patted itself on the back; despite the crimes committed in the highest office in our land, our system of government worked. Democracy triumphed. But in the wake of that triumph something totally unforeseen occurred. Either because the Watergate revelations were so wrenching and followed on the heels of the war in Vietnam, which was replete with crimes and revelations of its own, or because Nixon was so quickly pardoned, we began to shy away from the truth. We came to equate truth with bad news and we didn’t want bad news anymore, no matter how true or vital to our health as a nation. We looked to our government to protect us from the truth. --- We are rapidly becoming prototypes of a people that totalitarian monsters could only drool about in their dreams. All the dictators up to now have had to work hard at suppressing the truth. We, by our actions, are saying that this is no longer necessary, that we have acquired a spiritual mechanism that can denude truth of any significance. In a very fundamental way we, as a free people, have freely decided that we want to live in some post-truth world.
Steve Tesich, “A Government of Lies” (first known use of the word ‘post-truth’)
La tragédie de ce pauvre Dieu solitaire qui avait attendu trop longtemps pour apparaître m'envahit. Il était là, avec sa poignée de vérités pour toute compagnie. Et nous, nous étions là, tout bas, essayant de deviner ce que pouvait être la vérité, tentant de répondre aux grandes questions qui nous échappaient parce que même les indices que nous avions n'étaient pas bons.
Steve Tesich, Karoo