De la douloureuse beauté des femmes
Surfaces veloutées, volumes accaparants,
Lèvres entrouvertes, si joliment bombées,
Ces images de vous, nues, en sous-vêtements,
Emplissent mon esprit d'envies un peu osées...
Mais dans les rues aussi, sauf à fermer les yeux,
Je ne peux ignorer vos formes révélées
Par ces tissus moulants ou légers, facétieux,
Lorsque, cheveux au vent, vous venez me croiser.
À chaque année qui passe, je me trouve plus encore
Envoûté par vos traits, charmé par vos regards.
Vos yeux étincelants me semblent un trésor
Pour lequel je retrouve une vigueur barbare.
Mais derrière l'attrait un autre sentiment
Me travaille : un malaise, en fait une douleur
Subtile, légère, mais qui serre mon cœur pourtant.
Alors je me demande : où se situe l'erreur ?
Est-il une Minga* d'où vous seriez sorties,
Le corps voluptueux, le regard envoûtant,
Condamnant qui vous croise à en perdre l'esprit ?
Non, non, ceci n'est pas ; une histoire, un roman...
Cette douleur alors, une vue de l'esprit ?
Hélas, trois fois hélas, c'est du côté du temps
Qu'il me faut regarder, du temps qui me flétrit,
Qui m'éloigne de vous et me rend transparent.
L'âge n'enlève rien aux désirs, aux envies,
Et j'aime ainsi les formes que j'ai déjà aimées.
Au travers des années, à chaque décennie,
Il me faut donc souffrir vos douloureuses beautés.
* La Minga est une forteresse sur Vénus dans "Black Thirst" ("Soif noire"), de Catherine L. Moore, où des lignées de femmes vénusiennes sont sélectionnées génération après génération pour augmenter leur beauté, devenue insoutenable pour l'esprit humain.
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Illustration image: Stasya Shpits by koyokin_photo














