Chaque jour presque, je passais au magasin dans lequel j’avais loué mon vélo. Je passais pour de petites réparations: une scelle qui ne tient pas, une pédale qui a cassé, un pare-boue qu’il faut allonger, etc.
Au début, je m’entretenais directement avec le patron; puis, au fil des passages, c’est avec le chef d’atelier que je m’entretenais directement. Ce dernier était vraiment un homme d’une vivacité d’esprit incroyable. Il parvenait à trouver des solutions en quelques minutes. Jamais je n’avais dû vraiment attendre…
D’ailleurs, au début, je discutais avec lui devant le magasin. Puis, au fil du temps, j’allais directement à l’arrière du magasin où des jeunes, des employés, s’affairaient à retaper des vélos qu’ils revendaient à l’avant de la boutique. Dans ce lieu, les moustiques pullulaient et la radio crachait du rap khmer dans un rythme effréné. Je me souviens particulièrement d’un titre que j’avais pu identifier grâce à Shazam: « Hot Boy » de VannDa.
En le réécoutant à l’hôtel, je me rendis compte qu’il s’agissait bien d’un rap khmer.
Il me fallait, à présent, tester le Web3, ici, en Asie. Je me rendais compte, progressivement, que les possibilités étaient plus étendues qu’en Europe. J’en profitais alors pour faire des virements sur mon compte MetaMask et pour améliorer mon profil OpenSea. Je commençais également à réfléchir à la collection Prison Break pour laquelle un entretien avec Yara s’imposait afin de voir comment les autorités suisses se positionnaient par rapport à lui. Car mon voyage en Asie me donnait une dimension supplémentaire: le rattachement à une diaspora sino-cambodgienne et au-delà.
Plus un levier géopolitique que je gardais dans la manche, en cas d’escalade.
Mon but était bien évidemment d’aider mon ami dans le sens où notre recherche-action se positionnait sur la question de la radicalisation et qu’au nom de la sécurité nationale, l’élaboration d’un outil d’accompagnement social en milieu ouvert comme Le Fugitif s’imposait.
Ne pas l’entendre revenait à ignorer la voix du peuple, d’autant plus que notre jeu représentait un agencement collectif d’énonciation.
L’espace d’un instant, je me vis approchant le lingam, mais je savais pertinemment que ce n’était pas le lingam que je devais toucher. Isabelle Parisod, tel un trickster, souhaitait me jouer un tour…
C’était le socle de la yoni (symbole de Shakti) qui active le lingam. Ainsi, ce que je touchais, en réalité, ce n’était pas un simple pilier de pierre — c’était un nœud symbolique: la rencontre du masculin et du féminin, du transcendant et de l’immanent, de l’Un et du Multiple.
Et cela, sous le regard de Shiva, car le lingam est par excellence le symbole aniconique de Shiva dans l’hindouisme, représentant son énergie créatrice, son pouvoir cosmique d’émergence, de destruction et de transcendance.
C’est ainsi que, dans la tradition khmère, Sri Indresvara est souvent associé à Shiva — le temple de Phnom Kulen, par exemple, abrite le célèbre lingam sacré dans la rivière aux mille lingams (Kbal Spean), consacrant le territoire par le pouvoir de fertilité et de souveraineté divine.
Toucher du lingam n’est donc pas un acte anodin, mais une connexion directe à l’axis mundi, l’axe du monde, où se condense la shakti (puissance vitale)* que Shiva polarise.
* Le mot sanskrit śakti (शक्ति) signifie littéralement “puissance”, “énergie”, “capacité de faire”. Mais contrairement à une énergie abstraite ou neutre, la Shakti est une énergie vivante, féminine, cosmique. C’est le principe dynamique de toute manifestation, en tension avec le principe statique ou silencieux (souvent masculin) — comme Shiva, l’absolu immobile, serait impuissant sans elle.
Dans quelle mesure ce que l’on pense être vrai n’est que phantasme?
C’est justement le basculement dont je prends peu à peu conscience. Ce que j’ai cru « torride » n’était que « sensuel », mes désirs m’avaient joué un tour…
Et la soirée que j’avais cru vivre n’était aucunement ce qui s’était passé.
De ce fait, quelle était la réalité?
C’est — justement — ce dont je prends peu à peu la mesure…
Y avait-il quelque chose entre Lilou et moi? Comment la soirée s’était-elle déroulée, exactement? Quelle était la part entre le rêve et la réalité?
Dois-je me méfier de mes sentiments, de mes impressions, afin de poser sur une relation les mots justes?
Seule Lilou pouvait y répondre en me livrant sa version des faits…
Yara Solem, un enseignant engagé dans une approche humaine de l’éducation en prison fait aujourd’hui face à une convocation disciplinaire. Ce qu’on lui reproche? Avoir instauré une relation de confiance avec les détenus, dans un cadre où la sécurité prime sur l’accompagnement.
Plutôt que de se défendre seul, il a choisi une autre voie:
• une pétition circule parmi les personnes détenues pour témoigner de l’impact positif de son approche ;
• des contacts ont été établis avec une association, le GSB, qui agit depuis des années sur les tensions entre santé mentale, incarcération et droit à la réinsertion;
• une rencontre est envisagée avec XXXXXXXXXXX du Service pénitentiaire, pour réaffirmer la place de l’accompagnement dans l’environnement carcéral;
• une lettre sera adressée au Conseiller d’État en charge du département concerné, afin de lui remettre les signatures et souligner l’écart entre les discours politiques et certaines pratiques internes.
En parallèle, un fragment de cette histoire — un refus administratif apparemment banal — a été transcodé en NFT sous le nom de Seuil n°3 – Le « double bind ».
Ce geste esthétique documente le conflit sans l’exposer. Il transforme l’impasse en trace, le silence en archive, et le déséquilibre en récit.
Ici, il ne s’agit pas de s’opposer pour s’opposer, mais de faire apparaître une autre manière d’agir: patiente, collective, documentée. Une stratégie de soin politique, où la fiction, la pédagogie et la cryptographie s’entrelacent pour faire émerger un autre possible.
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À la suite d’une première rencontre improbable au Starbucks de la gare, j’avais écrit à Lilou à propos de Roland Barthes.
Et, très rapidement, les choses s’étaient précipitées entre nous, en dépit de ma relation avec Claire…
Dans sa réponse à mon texto, Lilou m’avait dévoilé ses sentiments, des sentiments — je l’avoue — réciproques. Ses mots, en les lisant, avait provoqué chez moi une accélération de mon cœur.
C’est ainsi qu’à la suite de ce vertige, je ne sais comment, je reçus de sa part un t-shirt magnifique, qui constituait un clin d’œil à l’art de porter le rose.
Car, dans notre discussion qui fut pour moi comme un rêve, il avait été question de poésie.
C’est que Lilou, comme moi, avait étudié la littérature médiévale et s’était intéressée à l’amour-passion. La question que je me posai alors était de savoir si ce présent faisait également référence au Roman de la Rose de Guillaume de Lorris et Jean de Meung?
Pour le savoir, je me décidai de le porter aujourd’hui pour notre rencontre avec le collectif, où je l’avais conviée, en espérant ne pas être troublé par sa présence face aux autres… qui prétendaient que je la connaissais bien avant notre rencontre au Starbucks… ce qui me paraissait étrange, mais