When I first came to Sarajevo I overheard a pretty good-intentioned American proclaim that he just wasn’t going to be happy for the rest of the day; he had just been to a photo exhibition depicting the…
Un bel article sur les touristes occidentaux dans les Balkans
The convention of mentally dividing Europe into a western half and an eastern half is a relatively recent phenomenon in historical terms. It was not until around 1800 that the understanding of the world which emerged in classical antiquity and which divided the continent into a "civilized" south and a "barbarian" north declined in importance. For example, Russia was considered a "Nordic" country in the geographical understanding of the German, English, and French-speaking territories right up to the beginning of the 19th century. Thus, researchers demonstrated as early as the mid-1980s that the Russian Empire had moved from "northern" to "eastern" Europe on Western mental maps during the first third of the 19th century. This process not only represented a terminological transformation. It also reflected "the change in the political-ideological worldview of large parts of Europe".
After the Congress of Vienna – this narrative continues – Russia ascended to the status of guarantor of the ancien régimes and of anti-revolutionary "gendarme" of Europe, a development which was viewed with suspicion particularly in liberal circles in western Europe. Negative attributes which had previously been applied to the peoples of the "East" in the context of the Western discourse on the "Orient" also occurred with increasing frequency in descriptions of Russia from the early 19th century onward. References to the "barbarian", "wild", and "half-Asiatic" character of the Russian Empire strengthened the perception of Russia as an "eastern" country. As the Russian Empire ruled large parts of eastern central Europe up to 1917, the terms "Russia" and "Eastern Europe" were used synonymously in western European languages up to the end of the First World War.
Schenk, Frithjof Benjamin: Mental Maps: The Cognitive Mapping of the Continent as an Object of Research of European History, in: European History Online (EGO), published by the Leibniz Institute of European History (IEG), Mainz 2013-07-08.
Nous tous exilés à l’est de l’Europe, journalistes, diplomates, chercheurs, entrepreneurs, étudiants, baroudeurs, adorons échanger ces anecdotes de passages en France où l’on nous regarde comme si nous revenions de la planète Mars. Il y a toujours une grand-mère pour demander comment on vit en Union soviétique, un oncle qui se demande si dans ces pays-là on a la télé et si les ours errent vraiment dans les rues, un voisin qui s’est renseigné et vous tient la jambe avec un discours vodka – chapka – troïka.
Si l’on s’installe à Moscou ou Saint-Pétersbourg, la malédiction du cliché soviétique pèse un peu moins. Oui, on se prend toujours en pleine figure Poutine, Place Rouge et caviar, mais les informations circulent et les représentations sont plus nuancées. A l’inverse, ceux qui vivent et travaillent à la périphérie de l’empire soviétique prennent vite conscience qu’aux yeux de leurs proches en France, ils sont dans un no man’s land, une tâche impressionniste au bout du monde. Nous aimons nous moquer de l'ignorance des Américains sur l'Europe, mais notre connaissance de nos voisins n'est pas forcément meilleure. Même parmi les rares érudits qui sauraient aujourd’hui situer sur une carte la Moldavie et la Biélorussie, l’Ukraine et l’Azerbaïdjan, le Kazakhstan et l’Estonie, bien peu seraient capables de décrire sommairement chacun de ces pays.
Je vogue, moi aussi, à bord de cette galère. Ce n’est que grâce à mes collègues et amis éparpillés aux quatre coins de l’ex-empire que j’arrive parfois à sentir la vitalité, la complexité et l’humanité de ces plages grisées des cartes mentales européennes. Je traîne également un handicap de taille : celui d’être née en Russie - pire encore, à Moscou, - et d’avoir consacré mes premières recherches à la société russe. C’est ainsi que j’ai demandé un jour à un collègue canadien, spécialiste de la société ukrainienne, « mais pourquoi diable t’intéresses-tu à l’Ukraine ? ». Il m’avait regardée avec étonnement et répondu : « Parce que c’est un pays intéressant ». Il m’a fallu quelques années pour comprendre que mon regard sur l’Ukraine était alors celui des Russes, ou plus précisément celui de l’Empire...
Ce regard occidental sur le "Tiers monde blanc" de la Russie profonde...
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La lecture d’un article aura suffi à William Daniels pour choisir sa prochaine destination.En mars et mai 2013, il monte à bord du Matvei Mudrov, le train médical qui longe le Baïkal-Amour Magistral (BAM), ligne ferroviaire parcourant l’Extrême-Orient russe sur 4 000 km. Avec un objectif, photographier les oubliés de la taïga.
« J’aime les bouts du monde, ces endroits délaissés auxquels quelques irréductibles s’accrochent coûte que coûte. »
Après l’Afrique, la Russie. [...]
Les villes promises sont restées à l’état de village pour devenir des hameaux que la jeunesse fuit tandis que les infrastructures ont presque toutes disparues.
Coupés du monde, les habitants qui longent la BAM attendent le train médical qui passe deux fois par an, dernier trait d’union entre eux et le reste de la Russie. Ce qu’ils attendent moins, c’est un photographe intéressé par leur quotidien.
Pas simple alors de se faire accepter :
« La méfiance a commencé dans le train. A bord du wagon du chef technique, mon appareil photo était confisqué. Il me traitait, en riant à demi, d’espion. Humour ou pas, en sa présence, pas de photo possible. »
Faire comprendre son projet à ceux pour qui les médias sont avant tout un moyen de propagande est pour le photographe un défi :
« Leur rapport à l’image n’a rien à voir avec le nôtre. Etre journaliste et occidental n’arrange rien. »
Beaucoup rechignent à être immortalisés.
« Ils sont bloqués par la peur de participer à un acte anti-patriotique. Donner son image est vécu comme un geste risqué pour l’ancienne génération. »
Une difficulté accentuée par la barrière de la langue...
L’émancipation des femmes, toutes analphabètes et voilées en 1914, est aujourd’hui totale en Ouzbékistan. (Je n’ai rencontré que quatre femmes voilées à Samarkand qui, étant plus agricole, est certainement plus arriérée que Tachkent.) La première femme ouzbèke que j’ai vu conduisait une locomotive …
– Jean-Paul Sartre
Jean Bedel, « Les impressions de Jean-Paul Sartre sur son voyage en U.R.S.S. » - « De Dostoïevski à la littérature contemporaine », Libération, 16/07/1954.
"Travailleuse d'Orient, rejoins les rangs des bâtisseurs du socialisme
Émancipe-toi, va à l'usine, inscris-toi au kolkhoze"
De nombreuses analyses décrivent les recompositions contemporaines du lien entre nationalisme et sexualité. Elles pointent la redéfinition en termes de modernité sexuelle des identités nationales en Europe de l'Ouest, et de l'Europe en tant que « communauté imaginée ». Dans cette nouvelle configuration, l'Europe s'oppose aux pays « arabo-musulmans », qu'elle désigne comme les représentants d'un conservatisme sexuel archaïque. Cette opposition sexualisée entre « modernes » et « traditionnels » est devenue l'un des socles des stratégies de légitimation des politiques migratoires des pays d'Europe de l'Ouest (ainsi que des politiques militaires des pays d'Amérique du Nord).
Il existe un autre « Autre » à cette Europe de la modernité sexuelle, que ces études ont fréquemment ignoré. [...] L'« Est » serait homophobe (contrairement à l'« Ouest »), et il le serait par tradition, presque par essence...
Ces dernières semaines, le traitement médiatique des événements en Ukraine en a apporté la confirmation : pour une partie de la diplomatie occidentale, les crises ne trahissent plus une asymétrie entre les intérêts et les perceptions d'acteurs doués de raison, mais constituent autant d'affrontements ultimes entre le Bien et le Mal où se joue le sens de l'histoire.
La Russie se prête à merveille à cette scénarisation, qui a le mérite de la simplicité. Pour nombre de commentateurs, cet État barbare gouverné par les Cosaques a la semblance d'un ailleurs semi-mongol tenu par les épigones du KGB, qui ourdissent de sombres complots au service de tsars névrotiques barbotant dans les eaux glacées du calcul égoïste. Reclus, coupés de leur époque, ces autocrates déplacent lentement des pions sur de grands échiquiers d'ivoire au lieu de lire The Economist. De temps en temps, ils coulent un sous-marin nucléaire pour le plaisir de polluer la mer de Barents, en attendant de susciter un référendum illégal dans leur « étranger proche » afin de reconstituer l'URSS.
Si on rassemble les lieux communs parus sur ce thème dans la presse occidentale - pas seulement depuis le début de la crise ukrainienne, mais depuis quinze ans -, ce chromo folklorique est à peu près ce que le lecteur ordinaire retiendra de la politique de l'actuelle Fédération de Russie. Cette perception globalement négative dégénérant en caricature relève d'une tradition bien ancrée.
Elle s'appuie tantôt sur des analyses qui soulignent la compulsion totalitaire et « mensongère » de la culture russe, tantôt sur la continuité supposée entre Joseph Staline et M. Vladimir Poutine - un thème prisé des éditorialistes français et des think tanks néoconservateurs américains. Elle trouve son origine dans les récits des voyageurs européens de la Renaissance, qui opéraient déjà un rapprochement entre les Russes « barbares » et les farouches Scythes de l'Antiquité...