A Niort, monte dans le TGV une gamine attifée comme une starlette monoprix, l'air excédé, accablé, "trop gavée quoi"... Sur le quai, un couple de petits vieux tente de lui faire des sourires et des "au revoir" de la main, auxquels elle ne répond que par un long soupir et un haussement d'épaule agacé avant de se plonger avec frénésie et passion dans l'écran bleuté de son portable... Les deux anciens ont des bonnes têtes de français, de gens simples, un peu mal fagotés, un peu ploucs, ce sont sans doute ses grands parents, à la connasse maquillée comme un attentat à la pudeur, et, sans doute, lui font-ils un peu honte... Elle a été contrainte de passer quelques jours chez eux, à se faire "grave chier", parce qu'aucun de ses deux parents divorcés ne voulait se la coltiner durant ces vacances où ils avaient forcément beaucoup mieux à faire avec leur nouvelle compagne ou nouveau compagnon... Elle a donc passé trois ou quatre jours à faire la gueule, la moue, à se plaindre de la faiblesse du wifi, à rester dans sa chambre, vautrée dans ses réseaux sociaux, sans laisser échapper plus de trois mots d'affilée, sans jamais poser une question à ces deux vestiges, ces deux antiquités, ces deux ringards... Ca pue le moisi dans cette baraque, rien n'est cool, rien n'est cher, ou n'a l'air de l'être, rien ne mérite une photo instagram, un selfie... Du temps perdu pour la future influenceuse, la princesse qui pense que son cul lui vaudra des ponts d'or sans savoir que l'immense inflation des culs exhibés en a fait terriblement chuter la cote et que le sien est d'une bien insignifiante moyenne. Pourtant, Papy et Mamie, ils étaient bien contents, au départ, d'accueillir la petite fille, d'avoir de la visite, de lui montrer la belle chambre qu'ils avaient préparés pour elle, de lui faire découvrir le jardin et tous les légumes et les belles fleurs que Mamie cultivent. Ils sont cons les vieux, gâteux presque, la preuve: ils rêvaient encore. Mais la pouffiasse, elle s'en branle des gâteaux de merde même pas vus à la télé, des vieux albums photos avec des péquenots endimanchés pour des mariages ou des communions, des médailles de la guerre de 1739-45... Elle se fait les ongles, qu'elle a immenses et ridicules, tire sur sa cigarette électronique goût cerise glacée, écoute du rap de merde avec ses écouteurs sans fil qu'elle n'ôte même pas pour diner... "C'est bon, j'ai coupé le son"... Elle est "trop en dep'.." dans ce coin pourri, ranci, sans strass ni paillettes... C'est pas pour elle cette simplicité, cette médiocrité, elle, elle est spéciale, elle mérite, c'est une star, une princesse... Con comme une tringle à rideaux, inculte, vulgaire, désagréable et acariâtre, trombine de future pute de parking pour VRP négociant le prix de la prestation, mais exceptionnelle, spéciale... Car tout le monde l'est désormais, tout le monde a le droit de l'être. Bien sûr elle parle fort, bien sûr elle pose ses pieds sur le fauteuil en face d'elle, bien sûr elle pue le parfum bon marché, bien sûr on a envie de lui savater la gueule...













