Irène appartenait à cette élégante bourgeoisie viennoise dont l'emploi du temps semble régi par un accord tacite qui fait que tous les membres de cette alliance invisible se retrouvent toujours aux mêmes heures à s’intéresser aux mêmes choses, au point que s'observer mutuellement et se rencontrer étaient devenus le sens de leur existence. Livrée à elle-même, coupée du monde, une existence habituée à cette sociabilité insouciante perd tout repère ; les sens privés de leur ration habituelle de sensations parfaitement futiles mais indispensables se révoltent, et la solitude dégénère vite en une nerveuse détestation de soi.
Irene belonged to this elegant Viennese bourgeoisie whose schedule seems to be governed by a tacit agreement that all members of this invisible alliance would always end at the same time to be interested in the same things, so that observing each other and meeting became the meaning of their existence. Left to itself, cut off from the world, a carefree existence of sociability loses its landmark, its senses deprived of their usual ration of perfectly futile but necessary feelings revolt, and loneliness quickly degenerates into a nervous self-loathing.
Vous vous êtes surement déjà assis dans un café, entre amis. Mais avez-vous déjà passé une heure, deux heures, une après-midi à observer les gens ? Ne vous êtes- vous jamais surpris à toiser d'un regard méprisant le passant négligent, à médire de l'inconnu, à pester contre l'homme ou la femme qui à osé contrarier vos habitudes visuelles/auditives, en somme sensorielles ? Ne baissez pas les yeux, nous l'avons tous hélas surement déjà fait. Que ce soit un mal ou un bien, c'est un fait de société, j'en ai bien peur.
C'est parce que notre assurance, fragile comme le verre, est construite sur des certitudes et des habitudes que nous respectons tous bien gentiment (qu'on le veuille ou non, cet état rassurant peut prendre de multiples formes plus ou moins évidentes) qu'il est si facile de la perdre. Une peur indicible s'installe alors en nous. Oui, nous tous. Ne pensez pas que vous puissiez un jour échapper à l'angoisse provoquée par le monde extérieur, l'autre, le futur. Mais ça, je n'ai même pas besoin de vous le dire.
C'est autour de cette angoisse existentielle que Stephen Sweig construit son histoire, celle d’Irène, malheureuse qui doit payer cher le prix de son adultère. Prise au piège par une maitre chanteuse, elle donne de plus en plus et perd progressivement le contrôle de sa propre vie. Pour couvrir sa bêtise (un charmant pianiste, d'ailleurs) elle est prête à mentir à tous, et épuise ses réserves matérielles comme psychologiques.
Le roman de Stephen zweig est court, écrit avec précision et poésie. Une écriture au rythme haletant fait alterner passages de profond désespoir et pics de folie douce et c'est à cette cadence que le lecteur est guidé vers une atmosphère de plus en plus lourde. L’histoire d’Irène prend par le cœur et donne une bonne claque : une leçon forte clos une moins belle histoire, et remet le lecteur dans le droit chemin (qui n'est pas celui d'une vie mondaine, vous l'aurez compris). En somme, une excellente lecture.
You've probably been sitting in a café with friends (or is it a french habbit ?). You may have spent an hour, two hours, an afternoon watching people. You might have been caught staring to someone, whom you've never talked to, with despise, or have spoken ill of whoever you saw, or railed against the man or woman who dared to upset your visual / hearing habits. Do not look down, we all have probably already acted this way once, unfortunately. Whether it's good or bad, it is a fact of life, I'm afraid.
All this is due to our frontage of pride, which is as fragile as glass. This frontage is built on certainties and habits that we all respect quietly (believe it or not, this reassuring state can take many forms, more or less obvious) it is so easy to lose. If broken, unspeakable fear is free to settle in our bodies and our minds, it's a physical and psychological experience. Yes, it can happen to all of us. Do not think that you can one day escape the anguish caused by the outside world, other people, or the future. And you may have a nasty word for every one of us, it will not keep you safe.
I might sound a bit dark, but It is really around this idea of society pressure and fear that Stephen Zweig builds his story, that of Irene, which unfortunately must pay a high price for her adultery. Trapped by a female blackmailer, Irene has to gradually pay more and more. She progressively loses control of her own life. To cover her foolishness, she is ready to lie to everyone, undermining her own psychological and physical strength.
Stephen Zweig's novel is short, written with precision and poetry. A fast-paced writing alternates passages of Irene's despair and peaks of madness, leading us to an atmosphere increasingly heavy. It shakes the heart and gives a good slap: a strong lesson ends the less beautiful story, and puts the reader in the right way. In short, a good reading.