C’était un 7 mars, par une matinée pluvieuse, dans un quartier éloigné de Saint-Denis que je découvrais à l’initiative de Matthieu Mainpin et de son association TheGreenHouse.
Saint-Denis, lorsqu’on est, comme moi, scénariste et parisien, est une destination connue et méconnue, qui tient de l’Histoire autant que du fantasme, de l’inquiétante étrangeté...
Pourtant la vie s’y vit comme ailleurs, entre des tours Lego et des pavillons carrés, des herbes et des voies, disciplinées, avec, en point de ralliement, la maison de quartier.
C’est un lieu chaleureux, ouvert et lumineux, comme ce public que je découvre à mesure de son arrivée, des enfants de 6 à 11 ans, dont la prime réserve rend mal l’avide curiosité.
Mon rôle, celui qui m’est confié, est beau au possible, puisqu’il s’agit de redevenir un des leurs, d’imaginer, de partager avec chacun, l’espace d’une histoire, le temps d’un dessin...
Et soudain, la magie : des héros se créent, affrontent leur peur, leur ennemi, leur destin ; autant de conflits qui, en se révélant, s’animent, se parent de couleurs, enflamment le papier !
Nul besoin de comparaison, aucune compétition ; chacun y va de son univers, et, suivant sa vision, décline les notions transmises de narration, de projection, de réalisation...
Il y a de l’excitation, de la frénésie, de la concentration aussi, toutes propices à la création individuelle, en duo parfois, et l’on se met à rêver d’une grande œuvre collective.
Car ces enfants, comme tous ceux de leur âge, ont leur talent, et ne demandent qu’à l’exprimer, le montrer et à le partager, à Saint-Denis comme à Paris ; à Paris, comme à Saint-Denis.
C’était un 7 mars, par une soirée pluvieuse, je regagnais ma ville, la tête pleine de ces images qu’une dizaine de gamins attachants avaient créées pour eux, pour moi, pour nous...
Et je notais à la hâte le jour de nos retrouvailles, de leurs prochaines trouvailles, dans ce carnet que je trouvais soudain bien petit, le pied dans Paris, le cœur à Saint-Denis...