Manoir, trouille, jeunesse rebelle et vieillesse ennemie
Je ne savais pas ce que jâallais faire de mon premier week-end de dĂ©but novembre, mais je reçus un SMS dâun collĂšgue mentionnant lâidĂ©e de tester le Manoir de Paris. AprĂšs une petite hĂ©sitation, je dĂ©cidai de tenter lâaventure, Ă ma grande surprise (je suis un grand froussard), ce que nous fĂźmes donc le samedi 5 novembre.
Pour ceux qui ne connaissent pas, le Manoir de Paris est ce que lâon appelle une âmaison hantĂ©eâ, Ă savoir, non pas une vĂ©ritable maison hantĂ©e, peuplĂ©e de vrais fantĂŽmes ou de mĂ©chants de Scooby-doo, mais un parcours scĂ©nique avec acteurs, dĂ©cors et accessoires. Bon, ça ressemble pas mal Ă un manoir typique de Scooby-doo, en fait... En plus gore et glauque.
Pourquoi avoir acceptĂ© ? Je ne suis pas fan dâhorreur du tout, mais jâavais envie de mâimposer ce dĂ©fi. Parfois, il ne faut pas avoir peur de sortir de sa zone de confort, dâautant plus que personne nâallait me juger si je sursautais ou autre. La dĂ©marche Ă©tait la mĂȘme que lors de mes derniers sĂ©jours Ă Disneyland, oĂč jâai tentĂ© la plupart des attractions les plus mouvementĂ©es.
Une introduction qui annonce la couleur (du sang !!)
Si on peut faire un constat, câest que lâon repĂšre les sensibles, et ceux qui crieront le plus, dĂšs la file dâattente. En effet, quelques acteurs viennent mettre lâambiance en jouant des zombies ou lâĂ©quivalent dâun jeune Negan de Walking Dead qui avait du succĂšs auprĂšs de la gent fĂ©minine car, disons-le franchement, il Ă©tait beau gosse. Il faisait partie des rares que les demoiselles voulaient cĂŽtoyer, avec son look tĂ©nĂ©breux de mĂ©chant garçon.
Je reparle plus bas de lâexpĂ©rience en file dâattente, mais câest Ă©vident que câest un vrai plus. Lâattente est quand mĂȘme moins pĂ©nible quand des âpersonnagesâ viennent assurer un minimum dâanimation, mĂȘme si jâai su dĂšs le dĂ©but ce que ça annonçait pour moi (voir en bas).
Ă noter quâavant dâentrer dans le parcours, on a le droit Ă une sĂ©ance photo qui suit le principe des parcs dâattraction (si on la veut, il faut payer Ă la sortie, en boutique). Câest naturellement une photo prise dans un contexte dâhorreur, donc pas au milieu de peluches de licornes, vous vous en douterez. Ămes sensibles et corps peu photogĂ©niques, sâabstenir !
Passons désormais au vif du sujet...
Voyage au cĆur de lâhorreur
Le moment dâintĂ©grer le parcours finit par arriver. Un groupe fut donc formĂ©. Le principe est de faire grosso modo des groupes de moins de dix personnes et de les faire entrer Ă intervalle rĂ©gulier afin que les acteurs puissent se libĂ©rer pour le groupe qui arrive, ce qui ne nous a pas empĂȘchĂ©s de rattraper le groupe prĂ©cĂ©dent, mais il y a heureusement des passages permettant de rĂ©gler ce petit souci et de retrouver un rythme normal..
Nous Ă©tions un groupe de sept vaillants individus : deux collĂšgues et moi, ainsi que deux duos de deux demoiselles, dont dâassez jeunes (des adolescentes, disons-le), qui Ă©taient de loin les plus froussardes de la bande, sauf erreur de ma part (nos Sammy et Scooby, donc). Nous les appellerons Grande Brune et Choupinette Blonde parce que lâune Ă©tait grande et brune (duh) tandis que lâautre Ă©tait plutĂŽt blonde, petite et rigolote.
Je ne raconterai pas en dĂ©tail le parcours car il serait assez moche de spoiler pour ceux qui veulent tenter. Je peux toutefois vous dire quâon avait techniquement deux parcours : le parcours spĂ©cial Halloween, avec le bal de promo touchĂ© par une Ă©pidĂ©mie zombie et un hĂŽtel assez glauque. Le premier Ă©tait de lâhorreur âclassiqueâ, le second Ă©tait vraiment dans le sordide et le malsain.
Comme au Doctor Who Experience (dont je parle dans un article en brouillon que je dois finir depuis aoĂ»t...), on finit le parcours par un passage en boutique. Câest lĂ oĂč lâon rĂ©cupĂšre, si lâon veut, les photos prises au dĂ©but. Il y a un choix dâarticles sympathique, mais qui mâa laissĂ© sur ma faim.
On sent le soulagement quand on arrive Ă la porte finale menant au couloir vers la libĂ©ration, les toilettes (oui, si vous nâavez pas pris vos prĂ©cautions, vous ne verrez pas de toilettes avant la fin du parcours, alors ne buvez pas trois litres de soda avant) et la boutique. Enfin, on retrouve un certain Ă©clairage ! Le cauchemar est terminĂ©...
VoilĂ une question Ă aborder. Quâai-je ressenti ? Ai-je eu la frousse ?
Bien, non, pas tellement. Jâai eu peur avant dâentrer car la peur de la peur Ă©tait finalement plus forte que la peur de la chose, si je puis mâexprimer ainsi. Jâai craint les jump scares, mais les cris des personnes les plus sensibles ont tendance Ă casser toute surprise, surtout quand on a entendu ceux du groupe prĂ©cĂ©dent. De fait, ça a Ă©tĂ©, alors que jây suis trĂšs sensible et que je sursaute facilement dans les films, mĂȘme si je sais quâil va y en avoir un.
En revanche, jâadmets avoir ressenti un malaise Ă©vident avec certains personnages, mais cela Ă©tait du Ă la proximitĂ© et au contact physique de ces personnages sâadressant Ă moi et me coller avec leur masque ou costume effrayant. Je nâavais pas âpeurâ, mais oui, ça contribuait Ă mettre mal Ă lâaise.
De fait, petit avertissement : le manoir est de base interdit aux personnes enceintes ou souffrant de problĂšmes de santĂ© importants (cardiaques, Ă©pileptiques). Jâajouterai aussi que je ne recommanderai pas aux personnes ayant des problĂšmes dâarticulation ou de dos car il faut parfois se baisser, voire ramper. NĂ©anmoins, comme la FAQ Ă©voque la possibilitĂ© dâaccueillir des personnes en situation de handicap, jâimagine quâil y a des accĂšs alternatifs pour contourner ces obstacles et permettre le passage de fauteuils roulants ou de toute personne Ă mobilitĂ© rĂ©duite.
En outre, comme je lâai dit, les acteurs peuvent vous toucher. Alors, bien sĂ»r, ils nâont pas le droit de faire nâimporte quoi avec vous (mĂȘme un zombie fictif reste assujetti Ă la loi), mais si vous nâĂȘtes dĂ©finitivement pas Ă lâaise avec le contact ou la proximitĂ© physique (en raison dâun trouble de nature psychiatrique ou du spectre autistique, par exemple), lâexpĂ©rience peut ĂȘtre difficile pour vous quand un des personnages vous prend comme victime.
Accessoirement, il y a des passages dans le noir oĂč on avance en tĂątonnant, ce qui implique que lâon risque de toucher les autres par accident. Peut-ĂȘtre quâil y a des acteurs dans le noir aussi, mais on est surtout susceptible de toucher ses camarades.
Certains propos peuvent aussi contribuer au malaise, notamment dans la partie âhĂŽtelâ (quand je dis que câest malsain, ce nâest pas pour rien). Je ne dis pas que ça va trĂšs loin dans le trash, mais ça dĂ©pend des sensibilitĂ©s de chacun...
Ceci Ă©tant dit, est-ce que je recommande lâexpĂ©rience ? Je pense que câest Ă faire au moins une fois... On peut avoir peur dâĂȘtre déçu (la seule peur dont le manoir ne veut pas) et prĂ©fĂ©rer ne pas essayer, mais je pense personnellement quâil faut tenter pour se faire une opinion.
Bien sĂ»r, alors que je ne suis pas friand de films (ou de jeux vidĂ©o) dâhorreur, je nâai pas trop eu peur, mais ça ne veut pas dire que je nâai pas apprĂ©ciĂ© le travail et lâambiance. MĂȘme si on est un type endurci qui ne craint rien, on peut saluer la qualitĂ© des prestations et des dĂ©cors.
Mention spĂ©ciale Ă certains acteurs de la file dâattente, qui prĂ©paraient un peu les gens. Je pense particuliĂšrement Ă cette actrice en cheerleader zombie qui revenait sans cesse sur nos deux victimes (oui, grand brune et choupinette blonde), quitte Ă se baisser et ramper sous les chaĂźnes.
Toutes les trois assuraient un certain spectacle, Ă mes dĂ©pens car jâai plus dâune fois Ă©tĂ© compressĂ©, serrĂ© entre la chaĂźne et les demoiselles ou entre dâautres personnes et elles. Jâai dâailleurs tenu ce rĂŽle de barriĂšre ou de garniture de sandwich une bonne partie du parcours ensuite, donc autant dire quâon sait ce qui nous attend dĂšs la file dâattente.
Jâadmets, me prenant au jeu, avoir essayĂ© de faire peur aux deux demoiselles dans la file dâattente en imitant le grognement dâun zombie, mais je nâai pas Ă©tĂ© trĂšs efficace... Une carriĂšre au manoir avortĂ©e avant mĂȘme de commencer !
Bref, je ne vais pas vous dire que ça vaut son prix ou non, surtout que le parcours est assez court (environ 45 minutes).
Aparté : jeunesse rebelle
Je tenais Ă particuliĂšrement parler des deux demoiselles en question car elles ont grandement contribuĂ© Ă lâanimation (je pense que le groupe avec lequel on est peut beaucoup jouer). Nous Ă©tions moins proches des deux autres femmes, qui Ă©taient souvent Ă lâarriĂšre, pas loin de moi.
Le jeune duo appelait affectueusement mon collĂšgue leur guide, et câest bien le rĂŽle quâil jouait en tĂȘte. Elles avaient peur pour nous tous et ont pu tenir la main de mon collĂšgue Ă certains moments, ce qui a contribuĂ© au malaise, mais autrement (et jâai ressenti la mĂȘme chose des fois).
On les a mĂȘme revues dans la rue alors quâelles cherchaient dĂ©sespĂ©rĂ©ment la direction du mĂ©tro et nous ont Ă nouveau appelĂ©s leurs guides. Elles nous ont suivis jusquâĂ la station et, encore aussi paumĂ©es, cette fois par lâeffrayant rĂ©seau du mĂ©tro parisien (mais bon, jâaurais Ă©tĂ© pareil Ă leur Ăąge, quand je nâĂ©tais pas habituĂ© aux dĂ©placements parisiens), mâont pressĂ© de les accompagner, me forçant Ă prendre hĂątivement congĂ© de mes collĂšgues.
Câest lĂ oĂč jâai pleinement mesurĂ© lâingratitude et lâinsolence de la jeunesse. Alors que je discutais avec Grande brune, qui Ă©tait surprise par mon absence de peur, je lui ai dit quâelle pouvait me tutoyer car je nâĂ©tais pas âsi vieux que çaâ. Câest lĂ oĂč choupinette a sorti son venin en rĂ©pondant un laconique âsi, si !â qui mâa fait lâeffet dâune attaque âcoup de vieuxâ niveau 100 !
Jeune fille, je ne te remercie pas ! Le vieil homme que je suis a ressenti pleinement le poids de ses 31 années ! Je sais maintenant ce que doit ressentir le Docteur avec ses compagnons...