ĂGARĂE DANS LA FOULE
Il fait chaud, trop chaud en ce vendredi 15. Les grand-mĂšres du coin vous direz que c'est plus comme avant, que les temps ont changĂ©. Les draps sĂšchent le long des fils Ă linge.  Il n'y a pas un brin d'air. Elle Ă©touffe. AffalĂ©e sur un sofa rouge velours de trĂšs mauvais goĂ»t, ses jambes interminables de cire paraissent glacĂ©es. Elle les croise, lentement en reprenant une bouffĂ©e de sa cigarette. Ses cheveux longs noirs contrastent avec les murs de la façade trop blancs. Elle porte une robe lĂ©gĂšrement transparente qui laisse deviner des gouttes de transpiration le long de son cou jusqu'au creux de ses seins. Le soleil tapant laisse apparaĂźtre ses yeux Ă travers ses lunettes sombres. Sa bouche rouge sâassĂšche. Elle reprend une gorgĂ©e d'eau pĂ©tillante. La terrasse est bondĂ©e, remplie d'un brouhaha continu. Sa cigarette fini de se consommer dans le cendrier. Un homme s'approche :
- « Vous auriez du feu ? »
- « Oui, j'en ai ». Ces fausses questions avaient le don de l'agacer. Il savait trĂšs bien qu'elle en avait, il y avait mille autres personnes sur cette terrasse, pourquoi lui demander Ă elle. Il allait sĂ»rement enchaĂźner par une banalitĂ© histoire de faire un brin de conversationâŠ
- « Quelle chaleur aujourd'hui ». Il était plutÎt grand et il commençait à lui faire de l'ombre.
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Elle prit son sac et aprĂšs lui avoir allumĂ©, sa cigarette et s'envola avec sa robe lĂ©gĂšre. Elle marcha quelques pas, rĂ©ajusta sa bretelle qui tombait et fit demi-tour. Les gens autour d'elle parlaient fort. Beaucoup trop fort. Comme excitĂ©s par la chaleur. Il y avait un chat qui tout en se lĂ©chant la patte, la regardait, impassible. Son regard persan semblait plus intense que tous ceux des humains qui l'entouraient. Elle se mis Ă longer la plage. DĂ©noua le lacet de ses compensĂ©es et se faufila dans l'herbe sĂšche. Il n'y avait presque plus de place pour avancer. L'eau, plate et immobile n'Ă©tait plus trĂšs loin. Elle aperçut un loup Ă©garĂ©. Il l'avait vu aussi mais prĂ©fĂ©rait continuer sa route. Sa babine suintait. Il avait une fourrure bien trop Ă©paisse pour ce soleil. Elle avança encore et s'arrĂȘta. Elle Ă©tait maintenant sur le sable qui lui brĂ»lait les pieds. Les parasols inutiles fleurissaient partout empĂȘchant toute trajectoire directe vers la mer. Son mascara, comme du beurre, fondait sous ses yeux. La mer l'attendait. Elle dĂ©boutonna chacun de ses boutons, un Ă un et fit glisser sa robe jusqu'au sol. Elle toucha du bout de son pied l'eau et sâimmergea jusqu'Ă ce que ses cheveux flottent autour d'elle. Elle prit une grande respiration et plongea dans le silence.















