Quel est l'animal qui marche sur 4 pattes à l'aube, 2 pattes durant le jour, et 3 pattes le soir ?
Oedipe (Lecture avec Camille de Toledo)
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Quel est l'animal qui marche sur 4 pattes à l'aube, 2 pattes durant le jour, et 3 pattes le soir ?
Oedipe (Lecture avec Camille de Toledo)
Kézako ?
Ce tumblr a été créé par une étudiante dans le cadre de sa formation universitaire, un DUT Information et communication, option métiers du livre.
Le but étant d'écrire à propos de littérature contemporaine mais également à propos des deux rencontres que nous avons effectué, ma classe et moi.
Nous avons rencontré Camille De Toledo lors d’une lecture ainsi que les Editions Publie.net lors d’un débat.
Source image : Ouest France.
Parce que les images ne m’appartiennent pas
Source image bandeau défilant :
Ouest France pour Camille de Toledo.
Pour la photo de Lisa Liautaud : Blog de Nicolas Houguet.
Publie.net, il s’agit d’une capture d’écran du site.
La féminité et l’édition
Comme évoqué précédemment, Lisa Liautaud a d’abord effectué deux stages chez les éditions Plon avant d’être embauché. Celle-ci a ensuite rejoint Les éditions de l’Observatoire, dirigée par son ancienne collègue Muriel Beyer. Si la maison est dirigée par deux femmes ce n’est pas pour cause de discrimination positive :
« Ça montre surtout que ça n’a pas été un frein. Il faut le rappeler. L’édition est un milieu très féminisé, mais les femmes se raréfient quand on monte les barreaux de l’échelle. Aux niveaux les plus élevés, on considère malgré tout qu’elles ont toujours des preuves à faire. Mêmes atténuées, les inégalités qu’on trouve dans la société se reflètent dans ce secteur. »
Déclare Lisa dans un article de L’Humanité.
À l’Observatoire, on compte un homme pour 10 femmes, sans que ce soit spécialement intentionnel. Pour cette jeune éditrice, les femmes montent en puissance dans ce domaine. Il s’agit d’une suite logique quand on sait que les filières littéraires sont composées majoritairement de femmes. C’est peut-être la raison de cette orientation particulière de la collection littérature voire de la maison elle-même. Toutes ces réflexions sur le monde, l’humain et le XXIe siècle... Un message subliminal à y voir ?
A contrario, les éditions Publie.net ne comptent que deux femmes sur neuf personnes pour le comité éditorial.
Un instant dans l’équilibre du monde
“Chaque homme est un abîme, on a le vertige quand on s'y penche dessus” - Woyzeck - Georg Büchner
Quand le vertige n’est pas seulement la peur du vide, mais l’équilibre sur lequel repose le monde. C’est ce qu’évoque Camille de Toledo lors de sa performance. Bien que les sièges n’étaient pas des plus confortables, essayons de revenir sur cette performance vertigineuse et le sens du vertige que Camille de Toledo semble lui donner.
Vertige, c’est d’abord la peur du vide, c’est la première chose à laquelle nous pensons, mais le vertige c’est aussi la perte de repère.
L’absence de point d’appuis, l’absence des clefs de compréhension du monde. La langue, la traduction, sans cela comment comprendre le monde. Le vertige d’être plongé dans un pays dont on ne connaît pas la langue ni la culture. La famille c’est un point d’appuis, d’équilibre, un repère, un point d’ancrage dans le monde inconnu. Lui-même dispose d’origines venant de loin, savoir qui est sa famille d’où elle vient constitue un repère, savoir qui nous sommes.
L’homme marche grâce à un équilibre vertical qu’il lui a fallu apprendre à maîtriser. Avec le temps l’équilibre devient précaire. Qu’en est-il lorsque nous tombons ? La perte d’un être cher est en soi une perte d’équilibre qu’il faut apprendre à gérer, ou pas, et perdre totalement l’équilibre pour mieux se relever après.
Le chat, animal roi de l’équilibre. Il maîtrise le vertige comme nul autre et sait retomber sur ses pattes quelle que soit la situation. L’homme peut-il en faire autant ? Regarder d’en bas la cime des arbres, sensation de vertige, d’être infime dans l’ordre des choses.
Moby Dick. La baleine, est un « it », un « she » ou un « he » ? Flottement vertigineux du genre en traduction et c’est le sens du roman de Melville qui change. La traduction, nouvelle source de déséquilibre, de vertige. Cervantes n’aurait pas écrit Don Quichotte. Ainsi de suite. Diverses images projetées d’auteurs influant sur Camille de Toledo. Lumière crue et éblouissante du vidéoprojecteur.
Sensation vertigineuse d’avoir compris et pas compris certaines choses.
Certaines choses, idées semblaient très abstraites.
Le vertige peut être beaucoup de chose. Il n’a pas toujours été évident de suivre l’auteur dans sa réflexion et son questionnement de notre manière d’être au monde.
Vertige, n.m : - Peur, malaise ressentis au-dessus du vide, se traduisant par la sensation d'être attiré
par celui-ci et par des pertes d'équilibre : Avoir le vertige en montagne ; Sensation erronée de déplacement du corps par rapport à l'espace environnant, ou de l'espace par rapport au corps, liée à un déséquilibre entre les deux appareils vestibulaires ; Trouble, exaltation, égarement dû à quelque chose d'intense : Le vertige de la gloire.
L’infiniment petit
“ C’est de loin par flot qu’on se les augurait. Mais pas par flux qu’on les devine, ni qu’on les anticipe, lorsqu’on les perçoit à peine En périphérie. Les piétiner, Sans doute, ne les diminuerait pas. Trop court, de constater ; et quant à se contenter De trop… On devrait moins penser, Quand bientôt, se tendent et se dupliquent, Les millimètres Entre les peaux.” Éclairage/rebond sur ce mot : rendez-vous au texte 3.6 p.50 Suite de la série : rendez-vous au texte 1.2, p.20 Audio : http://bit.ly/amm-1-1
- Extrait de Millimètres de François Bonneau.
Les millimètres : on ne sait pas exactement ce que c’est, mais cela passe entre les corps, entre les temps, comme des replis microscopiques, comme l’infiniment petit. Le tissage même du livre est millimétré. Chaque chapitre, partie porte un numéro (2.1 ou 5.3) dont les nombres, avant et après le point, correspondent à deux paramètres qui se combinent et forment une sorte de tableau chiffré où les fragments se disposent, s’assemblent et se rassemblent. On peut lire le texte de façon linéaire ou bien en suivant les liens internes du livre associés aux nombres. On peut également créer notre propre parcours éclaté en suivant les associations des mots et des liens à l’image des livres jeux et des livres dont on est le héros ou même écouter ce qui nous est proposé. Il s’agit d’une lecture augmentée. L’effet produit n’est pas le même si nous lisons page après page ou dans le désordre, en suivant un tout autre fil conducteur. La lecture est alors sensation de vertige.
La fiction, la littérature, la pensée sont dans le monde et viennent possibiliser notre expérience réelle.
Les potentiels du temps, Camille de Toledo.
Enroulée à la barre, tourner, tourner, lancer une jambe, la replier, tête inclinée sur le côté, mes cheveux roses synthétiques volent. Cambrée, voir mon public défiler à l'envers, tourner autour de l'axe métallique, du sol au plafond, ma colonne vertébrale.
Les Corps électriques, Manuel Blanc.
L’Observatoire
Lisa Liautaud, parfois surnommée la « punk » de l’édition, suite à ses diverses colorations de cheveux, est désormais en charge de la collection littérature aux éditions de l’Observatoire. Après deux passages dans la maison d’édition Plon, cette jeune femme se voit confier la gérance de ce nouveau pôle. Celle-ci a alors eu carte blanche pour développer son projet éditorial et donner son identité à cette nouvelle collection.
Les éditions de l’Observatoire ont été créées fin 2016, au sein du groupe Humensis, qui est né de la rencontre entre les éditions Belin et les Presses Universitaires de France. Il s’agit d’une maison généraliste qui publie aussi bien des essais, des documents que de la littérature contemporaine et ce sous la direction de Muriel Beyer, anciennement dirigeante chez les éditions Plon. L’équipe de l’Observatoire se compose de neuf personnes pour le moment. Si la structure est encore jeune, celle-ci dispose néanmoins d’ambitions affirmées telles que doubler la production en 2018 et ainsi espérer une 60aine de titre à l’année dont 15 en littérature.
Pour la rentrée littéraire de janvier 2018, l’Observatoire a publié 3 livres très différents les uns des autres. Ces publications étaient le fait d’une volonté comme il en avait été le cas en août dernier lors des premières parutions en littérature de la maison. On retrouve dans ces romans la volonté de Lisa Liautaud de porter des voix différentes, d’interroger notre monde, la réalité, les choses qui vont et ne vont pas ainsi que comprendre l’humain. Ce sont 3 romans affirmés avec une singularité particulière.
Le roman Les corps électriques de Manuel Blanc reprend des questions d’identité, de genre tout en utilisant un soupçon de fantastique. Un frère jumeau jamais né dont la présence manque, questionne. Une relation au corps sensuelle et charmée à travers une femme forte, déterminée et danseuse de pôle dance. Virginie ne cesse de toucher sa cicatrice, symbole de ce frère qu’elle n’a jamais connu et qui pourtant ne cesse de prendre de plus en plus d’ampleur dans vie. Il existe, il l’accompagne, un peu comme un ami imaginaire. Sa présence la rassure dans ce monde et son choix d’existence en marge de la société. On découvre Virginie, créature de la nuit, dont le lecteur après avoir été dans le public, fasciné, se rapproche. On découvre cette femme sous un autre jour, lorsqu’elle ne danse pas. La dimension fantastique et fantasmatique de son monde est sans cesse suggérée presque comme l’ivresse.
Le roman Les déraisons d’Odile d’Oultremont, reprend lui le rapport au travail, la relation que l’on peut avoir avec celui-ci ou avec la maladie. Comment allier la maladie, le travail ou les relations humaines ? Comment vivre en sachant que le cancer est là ? Comment vivre alors que notre employeur décide de nous reléguer au fin fond de l’entreprise ? Entre deux personnages que tout oppose et qui pourtant feront face à l’adversité du monde ensemble, Odile d’Oultremont nous transporte à l’aide de son écriture jouant avec les mots, les couleurs. Le livre n’est pas sans rappeler celui de Boris Vian, L’écume des jours et le destin de Colin et Chloé. On peut y voir une sorte d’hommage, cependant l’auteure nous fait peu à peu oublier ces similitudes pour nous ouvrir les voies de ce roman à la fois drôle et sensible ancré dans les problématiques du XXIe siècle. Une ode à l’imaginaire, à la vie, à la couleur sélectionnée pour le premier prix Jean d’Ormesson mais également dans la deuxième sélection du Prix de la Closerie des Lilas.
« À l'état pur, la déraison maintient en équilibre sur un fil invisible. Mieux, elle devient une arme d'une puissance inouïe. » - Anonyme
Quant au livre Le poids de la neige de Christian Guay-Poliquin celui-ci tisse habilement son intrigue parmi la neige et ce malgré un huit clos. Un village coupé du reste du monde, isolé, sans électricité. Chaque jour, la neige semble s’épaissir, ensevelir les gens sous sa blancheur immaculée. Comment survivre ? La nature versus le progrès. Jusqu’où peut aller la solidarité alors qu’il faut rationner la nourriture, survivre au froid, à la faim ? C’est le quotidien de Matthias et de l’homme accidenté dont il assure la rémission en échange de quelques services...
Source image L’Est Républicain.
Hein, où penses-tu aller ? Il n’y a nulle part où aller. On nous a abandonnés. Regarde, je te dis ! Regarde tant que tu veux ! Il n’y a plus rien à voir. Nous sommes pris au piège dans une mer de glace. Vingt mille lieues sous l’hiver.
Le poid de la neige, Christian Guay-Poliquin .
Les éditions Publie.net
Autre sensation de vertige, la lecture. Quand le texte nous donne le vertige, nous emporte, nous fait perdre nos repères, nos convictions. Quand la mise en page donne le vertige de par son jeu typographique et ses jeux de mots, de sens, de signification. Les éditions Publie.net à la fois numérique et papier joue avec le graphisme des livres. Interprétations différentes donnant le vertige. Équilibre précaire entre le texte et la mise en page.
Publie.Net est une maison d’édition francophone et transmédia. Créée en 2005 par François Bon, ouverture officielle en 2008, elle met en avant la coexistence du livre papier et numérique. Impression à la demande. Pas de bureau, du travail en réseau et en collaboration (environ 17 personnes + les auteurs), représente la modernité de l’édition. Essentiellement des textes contemporains souvent issus du web, de blog. Chaque livre revêt une identité propre de par son travail sur la mise en page, son harmonie, ses choix esthétiques. La maison dispose de 650 titres numériques dont 120 en papier. Petit format de livre pour l’imprimé. Le papier parait en même temps que le numérique. En 2018, la maison fête ses dix ans. La priorité est donnée aux écrits des auteurs sur le web qui sont ensuite éditorialisé. Parfois il n’existe pas de version papier du livre car le texte en lui-même n’est pas calibré pour l’impression et ne s’y prête pas. Chaque livre édité est accompagné d’un QR code de façon à ce que le lecteur ait accès à la version numérique. La maison d’édition se place réellement entre deux – papier et numérique – à penchant davantage numérique.
Joachim Séné, avec La Crise. Celui-ci présente et représente la crise à l’aide de phrase, chaque phrase commence par « la crise » comme une fatalité. Parfois le texte prend des libertés et se balade sur la page. La crise représente la crise mais autre chose, la crise regroupe beaucoup de chose et nous impacte tous. L’écriture de l’auteur devient de plus en plus incisive et piquante au fur et à mesure que la crise s’amplifie.
« La crise fait des économies.
La crise chaque heure attend son heure. Qui vient. Qui est venue. Qui reviendra.
La crise tourne en rond et gonfle, gonfle, mais jusqu’où gonflera-t-elle ? »
- Extrait du livre de Joachim Séné.
Dita Kepler. 13 épisodes. 13 façons différentes de lire le texte. Née d’une collaboration entre Anne Savelli – écrivaine – et Joachim Séné – ici, codeur – cette histoire est animée de façon à ce que la lecture en soit changée. Le texte apparaît, disparaît, se fragmente. Il y a un réel travail d’animation, d’éditorialisation du texte pour que celui-ci ne soit plus que du texte justement, mais plus, une histoire, un ressenti. Chacun à sa manière comprend les mots, comprend l’histoire. Il n’y a plus une manière de lire mais bien plusieurs.
Source image : Photographies réalisées par mes soins du jeu typographique réalisé sur Kalces de Florence Jou et sur La Crise de Joachim Séné.
La crise est dans l’odeur de renfermé de l’air du temps. La crise accèdera à l’euphorie qui accèdera à la crise. La crise ça ne veut rien dire, la crise exonère. La crise s’imprime en petites coupures. La crise fait circuler les flux de bas en haut.
Joachim Séné, La Crise. Son blog.
Ce que je nomme guérir, Elias, c’est un tas de papier que j’ai conservés au fil du temps. Ils sont là, sous nos sièges, bien rangés dans une boîte. Chaque papier porte l’image de quelque chose, quelqu’un que j’ai connu. Il y en a des milliers, serrés les uns contre les autres, dans cette simple boîte. Tu te demandes pourquoi elle me suit, pourquoi je crains à tout prix de la perdre, et pourquoi je l’ai sauvée au moment de partir.
Camille de Toledo. Oublier, trahir, puis disparaître. Seuil, 2014 (Blog de Joachim Séné).