Lisa Liautaud, parfois surnommée la « punk » de l’édition, suite à ses diverses colorations de cheveux, est désormais en charge de la collection littérature aux éditions de l’Observatoire. Après deux passages dans la maison d’édition Plon, cette jeune femme se voit confier la gérance de ce nouveau pôle. Celle-ci a alors eu carte blanche pour développer son projet éditorial et donner son identité à cette nouvelle collection.
Les éditions de l’Observatoire ont été créées fin 2016, au sein du groupe Humensis, qui est né de la rencontre entre les éditions Belin et les Presses Universitaires de France. Il s’agit d’une maison généraliste qui publie aussi bien des essais, des documents que de la littérature contemporaine et ce sous la direction de Muriel Beyer, anciennement dirigeante chez les éditions Plon. L’équipe de l’Observatoire se compose de neuf personnes pour le moment. Si la structure est encore jeune, celle-ci dispose néanmoins d’ambitions affirmées telles que doubler la production en 2018 et ainsi espérer une 60aine de titre à l’année dont 15 en littérature.
Pour la rentrée littéraire de janvier 2018, l’Observatoire a publié 3 livres très différents les uns des autres. Ces publications étaient le fait d’une volonté comme il en avait été le cas en août dernier lors des premières parutions en littérature de la maison. On retrouve dans ces romans la volonté de Lisa Liautaud de porter des voix différentes, d’interroger notre monde, la réalité, les choses qui vont et ne vont pas ainsi que comprendre l’humain. Ce sont 3 romans affirmés avec une singularité particulière.
Le roman Les corps électriques de Manuel Blanc reprend des questions d’identité, de genre tout en utilisant un soupçon de fantastique. Un frère jumeau jamais né dont la présence manque, questionne. Une relation au corps sensuelle et charmée à travers une femme forte, déterminée et danseuse de pôle dance. Virginie ne cesse de toucher sa cicatrice, symbole de ce frère qu’elle n’a jamais connu et qui pourtant ne cesse de prendre de plus en plus d’ampleur dans vie. Il existe, il l’accompagne, un peu comme un ami imaginaire. Sa présence la rassure dans ce monde et son choix d’existence en marge de la société. On découvre Virginie, créature de la nuit, dont le lecteur après avoir été dans le public, fasciné, se rapproche. On découvre cette femme sous un autre jour, lorsqu’elle ne danse pas. La dimension fantastique et fantasmatique de son monde est sans cesse suggérée presque comme l’ivresse.
Le roman Les déraisons d’Odile d’Oultremont, reprend lui le rapport au travail, la relation que l’on peut avoir avec celui-ci ou avec la maladie. Comment allier la maladie, le travail ou les relations humaines ? Comment vivre en sachant que le cancer est là ? Comment vivre alors que notre employeur décide de nous reléguer au fin fond de l’entreprise ? Entre deux personnages que tout oppose et qui pourtant feront face à l’adversité du monde ensemble, Odile d’Oultremont nous transporte à l’aide de son écriture jouant avec les mots, les couleurs. Le livre n’est pas sans rappeler celui de Boris Vian, L’écume des jours et le destin de Colin et Chloé. On peut y voir une sorte d’hommage, cependant l’auteure nous fait peu à peu oublier ces similitudes pour nous ouvrir les voies de ce roman à la fois drôle et sensible ancré dans les problématiques du XXIe siècle. Une ode à l’imaginaire, à la vie, à la couleur sélectionnée pour le premier prix Jean d’Ormesson mais également dans la deuxième sélection du Prix de la Closerie des Lilas.
« À l'état pur, la déraison maintient en équilibre sur un fil invisible. Mieux, elle devient une arme d'une puissance inouïe. » - Anonyme
Quant au livre Le poids de la neige de Christian Guay-Poliquin celui-ci tisse habilement son intrigue parmi la neige et ce malgré un huit clos. Un village coupé du reste du monde, isolé, sans électricité. Chaque jour, la neige semble s’épaissir, ensevelir les gens sous sa blancheur immaculée. Comment survivre ? La nature versus le progrès. Jusqu’où peut aller la solidarité alors qu’il faut rationner la nourriture, survivre au froid, à la faim ? C’est le quotidien de Matthias et de l’homme accidenté dont il assure la rémission en échange de quelques services...
Source image L’Est Républicain.