Ben Rivers - A Distant Episode (2015)
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Ben Rivers - A Distant Episode (2015)
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Des journees entieres dans les arbres (Marguerite Duras, 1977)
Sharunas Bartas : la joie de la tristesse
Le texte sidéré que Leos Carax a écrit en 1995, en découvrant les premiers films du lituanien Sharunas Bartas (« De quoi sommes-nous la somme ? », ici, avec des portraits du cinéaste et de son actrice, Katerina Golubeva), donne la mesure de la déflagration provoquée par Trois jours (1991) et Corridor (1994), sortis ensemble en France en 1995, suivis de peu par Few of Us en 1996.
D’une région épuisée par le régime soviétique et bouleversée par son effondrement, d’un petit pays qui venait de retrouver une indépendance fragile, surgissaient alors, coup sur coup, trois films qui avaient renoncé à parler (seul Trois jours compte quelques phrases) pour mieux faire voir et entendre le désespoir dont ils étaient nés. Tournés respectivement à Kaliningrad, une enclave russe coincée entre la Pologne et la Lituanie, dans un immeuble communautaire de Vilnius, et au fin fond de la Sibérie, à la frontière mongole, Trois jours, Corridor et Few of Us sont d'abord les empreintes de ces lieux déliquescents, l'impression chimique des sensations qu'ils suscitent chez ceux qui les habitent ou les traversent le temps des films. Un mot revient souvent à la bouche de Sharunas Bartas, auquel on ferait bien de prêter d'autant plus attention que l'homme, lui aussi, parle peu pour aller droit à l'essentiel : c'est le partage. Et en effet, ses films font éprouver physiquement en partage, à ceux qui les regardent et les écoutent, le vent humide et glacial qui balaie un port, l’air chargé de salpêtre d’immeubles décrépis, la lumière et les sons blancs des montagnes. Il y a un mystère intact dans ce cinéma matérialiste qui touche pourtant immédiatement à l’abstraction, dans la vitalité, âpre mais folle, de chacun de ses plans désespérés, portés au paroxysme par Katerina Golubeva, dont le visage à la beauté et la jeunesse abîmées restera un éternel miracle.
Les films qui ont suivi, The House (1997) et Freedom (2000), peuvent former un diptyque, dont un volet serait le renversement parfait de l’autre. Le premier hallucine les habitants d’une vaste demeure délabrée, parcourue par un homme qui, de pièce en pièce, retrouve plus ses rêves que la mémoire : le monde y est confiné, l’extérieur n'appartenant qu’aux artificiers. Le second est un extérieur sans limite et sans fin, la traversée d’une nature désertique (celle du Maroc) par trois puis deux proscrits dont on ne saura rien.
On a ensuite injustement perdu trace de Sharunas Bartas, dont Seven Invisible Men (2005) et Indigène d’Eurasie (2010) n’ont connu qu’une sortie confidentielle. Ces deux films, habillés sous les oripeaux du genre, western et road movie pour l’un, polar pour l’autre, suivaient pourtant toujours les failles de l’est, évoluant avec elles : déliquescence, errance, misère, et maintenant clandestinité, trafic. Si Sharunas Bartas n’a jamais prétendu faire le relevé du séisme qui a parcouru le monde autour de lui, de la fin de l’ère soviétique à sa mutation encore inachevée, il s’en est imprégné comme du papier buvard pour exhausser l’essence même de notre humaine condition.
Peace to Us in Our Dreams, son nouveau film qui sort en salles ce mercredi 10 février, probablement le plus personnel puisque sa matière première est la vie de Sharunas Bartas et de ses proches, retrouve l’origine de son cinéma, le choc qui l’a fait naître lorsqu’il a découvert, adolescent, le peuple Tofalar aux confins des monts Saïan, et dont il parle assez longuement dans l’entretien posté ci-dessous : “Je ne sais pas ce qui s’est passé. Nous étions entourés de beauté, les paysages, la nature… Une beauté folle. Et en même temps ces gens, détruits, désespérés…”
Sharunas Bartas présente tous ses films jusqu’au 15 février au Centre Pompidou, qui lui consacre une rétrospective jusqu’au 6 mars (le programme est ici). Le samedi 13 février à 17h, lors d’une rencontre, il dialoguera avec Renata Shukaityte, professeure associée d’études cinématographiques à l’Université de Vilnius, et avec le public.
Parallèlement sort le premier ouvrage en français sur ses films, Sharunas Bartas ou les hautes solitudes, chez de l’incidence éditeur en coédition avec le Centre Pompidou, avec des archives et des textes de Sharunas Bartas, Claire Denis, Leos Carax, Nicolas Klotz, Antoine Barraud, David Yon, Michelangelo Frammartino, Guillaume Coudray, Corinne Maury, Antony Fiant, Thomas Voltzenlogel, Jacopo Rasmi, Jacques Sicard, Jean-Christophe Norman et Robert Bonamy.
Et on peut voir jusqu’au 27 février, au Passage de Retz (à quelques pas du Centre Pompidou), une exposition de photographies inédites de Sharunas Bartas, Few of Them, dont le catalogue a paru aux éditions Filigranes.
Bas Jan Ader, Filming of I’m Too Sad to Tell You, 1971.
Two Years at Sea - Ben Rivers
Passion (1982), JLG
SILVESTRE (João César Monteiro, 1982).
Landscape Suicide 1987 Directed by James Benning
L’ Attente - Serguei Loznitza - 2000 (25min)
Marguerite Duras, La femme du Gange (1973)
Samuel Beckett - Comment dire
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comment dire