La curiosité n'est pas toujours un vilain défaut
Premier essai de ce genre d'écrit dans le monde de Kaamelott (enfin premier essai partagé à des lecteurs et sans bétalecture en plus). Blùmez les auteurs talentueux qui parviennent à faire du SMUT crédible (@madame-claude, @yumeka-chan: c'est vous que je regarde) et ne me tapez pas si ça tombe à plat mais ça m'amusait de faire l'éducation sexuelle de GueniÚvre de son point de vue.
(Pas sûre de la publier sur AO3, celle-là , je me tùte encore -pun intended-).
Expand
On lui avait toujours dit que la curiositĂ© Ă©tait un vilain dĂ©faut. Elle avait intĂ©grĂ© cette leçon et avait longtemps fait taire lâinstinct qui la poussait Ă en savoir plus lorsquâelle se posait des questions. TrĂšs longtemps. Jusquâau jour oĂč Arthur lui avait reprochĂ© ce manque de curiositĂ©, en rĂ©alitĂ© : selon lui elle avait tout Ă gagner en allant chercher dâelle-mĂȘme des rĂ©ponses Ă ses questions. A nouveau, dĂ©sireuse de plaire et dâĂȘtre une bonne Ă©lĂšve, elle avait intĂ©grĂ© la leçon : on avait le droit dâĂȘtre curieux, du moment de ne pas ĂȘtre trop curieux.
Espionner quelquâun, par exemple, serait ĂȘtre trop curieux. VĂ©rifier si une rumeur est ou non exacte, en revanche, pourrait ĂȘtre perçu comme de la simple curiositĂ© innocente. Une rumeur, en particulier : celle selon laquelle des couples se retrouvaient dans les cuisines pour y faire des choses. Des choses suffisamment intĂ©ressantes pour quâen on parle Ă voix basse dans les couloirs⊠Des choses qui, peut-ĂȘtre, pourraient mieux expliquer ce que les maĂźtresses du roi avaient tentĂ© de lui expliquer la veille.
Seule dans son lit, GueniĂšvre se mordillait les lĂšvres : quelques semaines plus tĂŽt elle Ă©tait descendue aux cuisines pour voir si ce quâon disait Ă©tait vrai mais elle Ă©tait tombĂ©e sur son Ă©poux. Sous la surprise elle avait inventĂ© un mensonge, prĂ©textant quâelle le cherchait aprĂšs avoir constatĂ© son absence dans le lit, priant pour quâil ne remarque pas que ses premiers mots en le voyant dĂ©mentaient totalement ses propos. A moitiĂ© endormi il nâavait pas tiquĂ© sur le fait quâelle nâavait pas commencĂ© leur conversation par un « Vous voilĂ enfin » mais par un « Ah, câest vous ? » interloquĂ© qui aurait pu la trahir. Alors elle lui avait parlĂ© de cette rumeur tout en taisant ses intentions premiĂšres.
Malheureusement, il ne sâĂ©tait rien passĂ© de particuliĂšrement croustillant. Cette nuit-lĂ en tous cas.
Peut-ĂȘtre en ce moment mĂȘme quelque chose Ă©tait en train de se passer, ou allait se passer⊠Et elle Ă©tait seule pour la nuit puisque son Ă©poux Ă©tait avec les jumelles⊠Et elle nâarrivait pas Ă dormir⊠Et elle avait beaucoup de questions sur un certain sujet que personne ne voulait aborder avec elle.
- Oh et puis zut : si quelquâun me surprend je dirai que jâavais une petite faim.
GueniĂšvre repoussa les couvertures, passa sa robe de chambre et descendit, pieds nus pour faire le moins de bruit possible, jusquâaux cuisines.
Elle entrouvrit la porte en priant pour que les gonds restent silencieux, passa la tĂȘte puis se faufila en constatant que le champ Ă©tait libre avant de chercher un endroit qui lui procurerait Ă la fois un abri et une vue dĂ©gagĂ©e. Celui quâelle avait partagĂ© avec Arthur ne permettait pas de suffisamment bien voir ce fameux comptoir sur lequel il se passait dieu-sait-quoi ; derriĂšre les tentures qui obstruaient les fenĂȘtres en revanche elle aurait une vue plongeante et surtout suffisamment de place. Elle dĂ©plaça une chaise qui se trouvait dans son champ de vision, poussa un peu la petite table pour avoir plus de place dans lâalcĂŽve entre la tenture et les fenĂȘtres, puis sâaccroupit en prenant soin que ses pieds ne dĂ©passent pas et attendit.
Lâexcitation des premiĂšres minutes se transforma peu Ă peu en ennui : ses orteils Ă©taient gelĂ©s, la position Ă©tait inconfortable, et elle commençait Ă avoir sommeil. Elle prit appui contre le mur pour se relever puis sâarrĂȘta net : la porte venait de sâouvrir et elle pouvait entendre un homme et une femme qui chuchotaient.
Elle se mit Ă sourire et dut rĂ©frĂ©ner lâenvie de passer la tĂȘte pour voir qui venait dâentrer : elle ne reconnaissait pas les voix mais pouvait les entendre parler dâattente de ces rendez-vous secrets et de rencontres interdites, entre deux moments de silence. Soudain elle entendit des objets en mĂ©tal frotter contre une surface en bois et un petit cri de surprise venant de la femme. Elle nây tint plus et risqua un Ćil : lâhomme avait libĂ©rĂ© un peu dâespace sur le comptoir en poussant les coupes qui sây trouvaient et y avait assis sa compagne. Il avait les mains autour de sa taille et lâembrassait, la femme caressant ses cheveux et son cou. Elle fut déçue de voir quâil sâagissait de deux serviteurs : elle aurait espĂ©rĂ© voir un chevalier et sa maĂźtresse, connaĂźtre un secret honteux, mais il ne sâagissait que de jeunes gens anonymes. Pour autant la scĂšne qui venait de dĂ©buter Ă©tait prometteuse, ce qui la consola largement.
- Presse-toi, il faut libĂ©rer les lieux avant que lâautre ventre sur pattes ne fasse sa collation de 2h.
- Vu ce quâil a dĂ©vorĂ© Ă minuit on a le temps. DâaprĂšs toi, pourquoi avais-je laissĂ© toute cette charcuterie dehors ?
- Câest une des choses que jâaime chez toi : tu es malin. Et tu sais ce que jâaime aussi chez toi ? Tu as la langue agile. Susurra la femme en sâallongeant un peu sur le comptoir, appuyĂ©e sur les coudes.
GueniĂšvre leva les yeux au ciel : elle nâĂ©tait pas lĂ pour les entendre se complimenter et elle se moquait que lâhomme soit intelligent ou douĂ© en discours. Elle Ă©tait prĂȘte Ă renoncer mais fut stoppĂ©e nette par lâhomme qui relevait lentement la robe de la femme, dĂ©nudant ses jambes jusquâĂ la taille. Bouche bĂ©e, elle le regarda caresser la poitrine de la femme Ă travers sa robe puis se baisser jusquâĂ embrasser ses cuisses, quâil Ă©carta avant dây glisser son visage. Elle fronça les sourcils, se demandant ce quâil voulait faire, jusquâĂ ce quâelle entende la femme faire un bruit Ă©trange, entre soupir et gĂ©missement. Elle comprit soudain au bruit quâil utilisait cette langue sur une partie prĂ©cise de la femme. Elle se fit la rĂ©flexion quâil devait ĂȘtre inconfortable dâavoir son nez dans sa toison et que câĂ©tait un peu dĂ©goĂ»tant dâĂȘtre lĂ oĂč une femme urine.
Pourtant il nâarrĂȘtait pas, caressait les cuisses de la femme qui lui demandait de continuer, encore et encore, jusquâĂ ce quâelle sâallonge totalement, une main sur la tĂȘte de lâhomme et lâautre sur son sein. Elle paraissait essoufflĂ©e alors quâelle nâavait fait aucun effort, ce qui Ă©tait totalement incomprĂ©hensible.
Lâhomme se redressa, prit la femme par le cou et lâattira vers lui dans un baiser le plus intense quâelle nâavait jamais vu. Puis il lâaida Ă descendre du comptoir et la conduisit jusquâĂ la petite table. GueniĂšvre blĂȘmit : sâils voulaient discuter ou se faire une collation aussi prĂšs dâelle, elle allait se faire prendre. Elle se cacha Ă nouveau derriĂšre la tenture, respirant le plus discrĂštement possible. En se recroquevillant elle vit un trou dans la tenture, tout petit mais suffisant pour quâelle puisse voir ce qui se passait.
Ils sâembrassaient, plus calmement. Puis la femme sâallongea Ă nouveau, cette fois sur la table, et GueniĂšvre eut du mal Ă comprendre : il allait se faire mal aux genoux sâil devait rĂ©itĂ©rer cette chose bizarreâŠ
LâintĂ©rĂȘt rĂ©apparut lorsquâelle le vit dĂ©faire les liens de son pantalon et le laisser tomber Ă ses genoux. La chemise quâil portait cachait son anatomie, Ă la grande frustration de GueniĂšvre : elle voulait savoir ce qui se cachait lĂ . Arthur se tournait toujours lorsquâil se dĂ©nudait et elle savait, par les conversations avec ses maĂźtresses, que cette partie Ă©tait diffĂ©rente de celle des femmes.
Le couple sâĂ©changeait des mots dâamour Ă prĂ©sent, des compliments. Elle aurait rĂȘvĂ© entendre ces mots, enviait la femme de pouvoir les dire aussi facilement, et se rendit compte que câĂ©tait la premiĂšre fois quâelle entendait un homme prononcer des mots si tendres.
Elle sentit sa mĂąchoire sâaffaisser lorsquâil releva sa chemise : lâanatomie des hommes et celle des femmes Ă©tait effectivement trĂšs diffĂ©rente. Comment pouvaient-ils sâasseoir ou monter Ă cheval avec cette chose qui se dressait entre leurs jambes ?
Lorsquâil sâavança vers la femme et quâil sembla disparaĂźtre en elle puis faire des mouvements de va-et-vient, elle comprit ce que les maĂźtresses lui avaient dit, tout comme elle comprit pourquoi sa comparaison avec ce que faisaient les animaux Ă©tait si loin de la vĂ©ritĂ© : le couple semblait y prendre plaisir et surtout prĂȘter une attention particuliĂšre au plaisir de lâautre.
- Caresse-toi. Tu sais comme jâaime te regarder.
GueniĂšvre avait sursautĂ© en entendant la voix de lâhomme et regarda, hypnotisĂ©e, la main de la femme faire des mouvements entre ses cuisses, lĂ oĂč lâhomme se trouvait. Elle respirait plus fort quâavant, la tĂȘte rejetĂ©e en arriĂšre, les yeux fermĂ©s. A nouveau elle sembla se tendre dans un gĂ©missement, pendant que lâhomme continuait ses gestes mais de façon plus rapide, plus dĂ©sordonnĂ©s. Elle le vit sâaccrocher au bord de la table qui bougeait sous ses assauts et espĂ©ra que le meuble tienne le coup. Soudain il poussa une espĂšce de cri rauque quâelle nâavait jamais entendu, comme sâil souffrait, et sâaffaissa sur la femme.
BlĂȘme, elle crut une seconde avoir assistĂ© Ă la mort de lâhomme jusquâĂ ce quâelle rĂ©alise quâil respirait encore, trĂšs fort. Elle fut soulagĂ©e de le voir se redresser et embrasser la femme. Il caressait son visage avec une douceur si belle Ă voir.
Lorsquâil se recula GueniĂšvre vit briĂšvement que cette partie si diffĂ©rente de son corps avait changĂ© de taille, de couleur et de consistance. Pour autant ce nâĂ©tait pas comme les chiens : il Ă©tait encore visible. Les hommes avaient vraiment un fonctionnement Ă©trange.
Ils rĂ©ajustĂšrent tous deux leurs vĂȘtements en silence, puis lâhomme embrassa Ă nouveau la femme.
- BientĂŽt nous nâaurons plus Ă nous rencontrer dans les cuisines. Le mois prochain je vais voir ton pĂšre, et aprĂšs ça, on pourra partir dâici.
- Autant partir avant que le ventre sur patte nâarrive.
- Je croyais quâil nâaurait pas faim avant un moment ?
- Il a TOUJOURS faim. Mais je ne voulais pas que tu te dĂ©files : jâavais trop envie de toi.
- Adorable et insupportable manipulateur. Pars devant : si on se fait prendre ensemble mon pĂšre le saura et te tuera avant le premier mot.
Ils sâembrassĂšrent Ă nouveau et lâhomme fila. La femme regarda autour dâelle, replaça les coupes sur le comptoir et resta quelques minutes avant de partir Ă son tour.
GueniĂšvre mit plusieurs secondes avant de rĂ©aliser quâil Ă©tait temps de partir Ă©galement. Elle sâappuya sur le sol pour se relever, les genoux ankylosĂ©s dâĂȘtre restĂ©e longtemps dans la mĂȘme position, et sâapprĂȘta Ă quitter la piĂšce.
Elle sursauta, une main sur le cĆur, lorsque la porte sâouvrit dâun coup.
- Seigneur Karadoc ! Vous mâavez fait peur.
- Bonjour Dame GueniĂšvre. Câest pas souvent que je vous vois ici. Vous voulez que je vous prĂ©pare une assiette ?
- Non, merci. Jâavais fini justement.
- Vous ĂȘtes toute rouge. Faites gaffe : faut bien se couvrir la nuit et pas se balader pieds nus. Câest un coup Ă attraper la crĂšve.
- Câest notĂ©. Jây penserai la prochaine fois. Bonne nuit seigneur Karadoc !
GueniĂšvre fila jusquâĂ sa chambre presque en courant, riant Ă moitiĂ©, heureuse de ne pas avoir Ă©tĂ© remarquĂ©e et troublĂ©e de ce quâelle avait vu.
Elle sauta dans son lit, souffla sa bougie et rabattit les couvertures sur elle, frigorifiĂ©e. Elle nâavait plus du tout envie de dormir, les images repassant dans sa tĂȘte : maintenant elle savait Ă quoi ressemblait ce grand mystĂšre quâelle avait essayĂ© de percer depuis des annĂ©es. Elle savait comment homme et femme faisaient, ce que faisait Arthur avec ses maĂźtresses. Restait juste Ă savoir ce quâon pouvait ressentir mais cette curiositĂ©-lĂ seul son mari aurait pu la satisfaire.
A moins que⊠Elle se souvint des gestes de la femme. AprÚs tout elles étaient faites pareil, alors au moins elle pourrait savoir que ce faisait un contact sur cette partie-là .
Elle glissa sa main le long de son ventre, frissonnant lorsque ses doigts glacĂ©s rencontrĂšrent sa peau, et chercha Ă imiter les mouvements quâelle lâavait vu faire. Elle inspira brusquement en ressentant pour la premiĂšre fois une sensation qui la fit se cambrer puis continua, laissant son corps agir par lui-mĂȘme, toute pensĂ©e consciente disparaissant progressivement jusquâĂ sâimaginer ĂȘtre Ă la place de la femme, allongĂ©e sur cette table, avec le corps dâun homme entre ses cuisses. Ses jambes sâĂ©cartĂšrent naturellement et elle continua jusquâĂ ĂȘtre traversĂ©e par un orage qui enfla rapidement avant dâexploser dans tout son corps.
Elle était essoufflée, comme la femme. Elle était alanguie, comme la femme. Elle se recroquevilla sur le cÎté, soudain fatiguée, sentant son bas-ventre se contracter rythmiquement avant de se calmer.
Le sommeil la prenait dĂ©jĂ lorsquâelle entendit quelquâun entrer dans la chambre et vit la lueur dâune bougie. Elle se retourna, un peu paniquĂ©e, avant de reconnaĂźtre Arthur.
- Ah câest vous. LĂącha-t-elle, soulagĂ©e quâil ne soit pas entrĂ© quelques secondes plus tĂŽt.
- Bien sĂ»r que câest moi : qui voulez-vous que ce soit. Rendormez-vous : jâai pas envie de parler et les jumelles mâont suffisamment cassĂ© les oreilles.
- Câest ça, bonne nuit.
Il lui jeta un bref coup dâĆil et commença Ă ajuster les couvertures avant de sâarrĂȘter et de la regarder Ă nouveau, puis posa sa main sur son front.
- Vous ne seriez pas en train de couver un truc, vous ? Vous avez les joues rouges et on dirait que vous avez de la température.
GueniĂšvre ouvrit de grands yeux : est-ce que ce quâelle venait de faire pouvait se voir ? Est-ce quâil allait deviner ?
- Mais non, vous vous faites des idĂ©es. Eut-elle la force de rĂ©pondre, la voix un moins assurĂ©e quâelle lâaurait voulu, avant de se tourner de lâautre cĂŽtĂ©.
Arthur haussa les épaules avant de souffler la flamme de sa bougie et de se coucher.
- La vache, par contre vous avez les pieds glacés ! Gardez-les de votre cÎté, on dirait que vous avez marché dans la neige !
GueniĂšvre se mordit les lĂšvres pour ne pas rire et attendit de reconnaĂźtre la respiration un peu rauque quâavait son Ă©poux lorsquâil dormait avant de se retourner vers lui. Elle regretta que plus aucune lumiĂšre nâĂ©claire la chambre : elle aurait aimĂ© jeter un coup dâĆil sous les draps pouvoir voir son anatomie.
AprĂšs tout, câĂ©tait lui qui lui avait appris que la curiositĂ© nâĂ©tait pas toujours un dĂ©faut.