Deep reality, exposition collective. Du 17 au 20 avril 2013. Vernissage mercredi 17 avril Ă partir de 18h. Ăcole Nationale SupĂ©rieure des Beaux-arts. Profondeur + RĂ©alitĂ© = Deep Reality par Guitemie Maldonado Mais quây a-t-il au fond de la rĂ©alitĂ© ? La rĂ©alitĂ© a-t-elle seulement un fond ? Et le fond a-t-il une rĂ©alitĂ© ? Ce sont lĂ quelques unes des interrogations que soulĂšve lâassociation du substantif rĂ©alitĂ© et de lâadjectif profond. Une association qui, au premier abord, ne va pas nĂ©cessairement de soi. Dâabord parce que Platon nous a appris, il y a fort longtemps, Ă nous mĂ©fier des illusions de nos sens, ces ombres qui nous masquent les premiers principes : si notre rĂ©alitĂ© est trompeuse, câest quâelle est toute dâapparence et de surface. On pourrait ainsi croire quâAndy Warhol, dans son culte de lâimage mĂ©diatique, a fait sienne cette vision, mais son art prĂ©tendument dĂ©nuĂ© dâĂ©paisseur dĂ©voile bientĂŽt ses abĂźmes, dĂšs lors que ses sĂ©ries de Disasters, de Car Crashes ou encore dâElectric Chairs nous ont mis sur la voie de son inclination morbide. Si lâart abstrait a Ă©tĂ© inventĂ©, câest en partie pour Ă©chapper Ă lâinjonction faite Ă la peinture de reprĂ©senter fidĂšlement la rĂ©alitĂ©, soit en premiĂšre approximation, ses apparences : Kazimir MalĂ©vitch a ainsi choisi, un jour de 1915, dâen Ă©clipser la divertissante diversitĂ© derriĂšre un unique quadrangle noir, cette forme simple qui assigne au tableau le plan comme seul espace rĂ©el, tout en le creusant de la profondeur sans fin du noir. Le derriĂšre contre le devant, mais aussi au-delĂ et au-dessus : telles sont les directions dans lesquelles des artistes du XXe siĂšcle se sont tournĂ©s, ainsi les surrĂ©alistes qui, de lâautre cĂŽtĂ© du miroir dâAlice au pays des Merveilles, ont fouillĂ© les trĂ©fonds de leur psychisme et de leur inconscient, Ă la recherche dâune rĂ©alitĂ© supĂ©rieure, dâune sur-rĂ©alitĂ© â au-dessus de la rĂ©alitĂ© ? Or ces fins connaisseurs de Freud nâignoraient sans doute pas que, dans son article « Des sens opposĂ©s dans les mots primitifs », celui-ci avait expliquĂ© la capacitĂ© du rĂȘve Ă reprĂ©senter un objet par son contraire par lâexistence, dans certaines langues, de mots fonctionnant sur le mĂȘme principe : par altus, le latin ne dĂ©signe-t-il pas Ă la fois ce qui est haut et ce qui est profond, le sommet et le fond, le dessus et le dessous ? Certains, tel RenĂ© Magritte, ont explorĂ© des territoires certes moins fantastiques mais tout aussi vertigineux : non lâinvisible, mais ce quâil nomme le « visible cachĂ© », soit ce qui se trouve derriĂšre un mur ou dans une enveloppe fermĂ©e, Ă lâintĂ©rieur. Si lâassociation entre rĂ©alitĂ© et profondeur peut sembler problĂ©matique, câest Ă©galement parce que nos certitudes et nos croyances ne cessent dâĂȘtre Ă©branlĂ©es : par les dĂ©couvertes de la physique concernant la nature corpusculaire de la matiĂšre, puis par la physique quantique ; par les rĂ©vĂ©lations dâinformateurs anonymes (Deep Throat dans lâaffaire du Watergate et tous ses plus ou moins cĂ©lĂšbres Ă©pigones) ou par la mise en circulation de documents confidentiels (les fuites orchestrĂ©es par Wikilieaks) ; par la victoire aux Ă©checs dâun superordinateur (Deep Blue) capable de calculer douze demi-coups de profondeur en moyenne â heureusement, câĂ©tait hors des conditions exigĂ©es lors des championnats du monde. On est pris de vertige quand on dĂ©couvre lâexistence, sous le web surfacique, dâun deep web (profond, invisible ou cachĂ©), accessible en ligne mais non indexĂ© par les moteurs de recherche, et plus loin en dessous, dâun web sombre (dark web) non accessible en ligne. Mais oĂč sont localisĂ©s ces nouveaux abysses, aussi impĂ©nĂ©trables que ceux des fonds marins ? Et que pourra-t-il en sortir, out of the blue, de nulle part ? La question est dâimportance pour nous qui vivons au temps de la rĂ©alitĂ© virtuelle â pas encore actualisĂ©e â et plus rĂ©cemment, de la rĂ©alitĂ© augmentĂ©e dans laquelle un modĂšle virtuel peut ĂȘtre superposĂ© Ă ce que nous percevons de la rĂ©alitĂ©. Pourtant, obstinĂ©ment, on peut encore, en certaines occasions, se fier Ă ce que lâon sent au fond de soi, dans son cĆur (deep down). Et, quoiquâon en dise, il arrive parfois que lâon se heurte durement Ă la rĂ©alitĂ© (telle un mur), quâon y soit brutalement ramenĂ© ; on peut donc tomber de haut, se retrouver dans le pĂ©trin (in deep water), voire toucher le fond et sâinterroger, toujours plus profond : quâen est-il, au fond, de la rĂ©alitĂ© ? Ou quâen est-il, en rĂ©alitĂ©, du fond ?
Publié le 15 avril, 2013














