MILON DE CROTONE, LA TARENTELLE ET ( A LA FIN)...LE JEUNE MAIRE DE CHABEUIL
Vendredi 23 novembre 2018, vente de l'atelier du sculpteur Albert Bouquillon (1908-1997) par la maison Crait-Muller à Drouot (Paris), salle 16, avec Jenny. Comme je collectionne les objets d'art liés à la boxe, dessins, toiles ou sculptures, la maison d’enchères, qui a repéré de longue date cette manie, m'a fait parvenir un catalogue de la vente, bien documenté, où j'ai vite annoté trois très beaux boxeurs, un bronze et deux plâtres patinés, dont les prix ont l'air à peu près abordables. A peu près.
La veille, visite attentive à l'exposition qui présente la vente. On s'attarde sur les deux pièces qui nous intéressent surtout, les petits plâtres, puisque le bronze va faire trop cher, c’est sûr. À y regarder de près, on comprend qu’il s'agit plus que de deux athlètes fatigués, à l’anatomie classique, lourde et pesante, bien dessinée, et que Bouquillon, surtout par la pièce intitulée Le Boxeur accroupi (photographié ici en ouverture), n’a pas voulu s’en tenir à une simple anecdote sportive, simple exercice d’une virtuosité d’anatomiste classique. Y’a autre chose. Sculptée en 1943, elle baigne dans une ambiance de mythologie, de vigueur grecque, de héros combattant, évidente. Mais terrassé, puisque nous sommes après la défaite et l’humiliation du pays. Ramassée, accroupie, sous le choc, on dirait que c’est la France qui se demande comment sa puissance vitale a été mise à mal, mythique, héroïque. Mais quelque chose dans le rendu de son visage tendu et vif, anguleux, dit que Le Boxeur accroupi est comme étourdi, qu’il attend de repartir au combat. Et puis il y a ce détail de la petite frange de cheveux coupés courts et droits, qui démarque l’athlète sonné : une coupe de statuaire grecque, et pas simplement le portrait réaliste d’un boxeur de l’époque : la manière de Bouquillon est classique et abstraite, pas naturaliste et son allusion à la mythologie grecque est très perceptible. Excités, on parle de ça, on reste un grand moment à l’exposition et décidément le Boxeur accroupi est notre favori. On quitte Drouot pour aller déjeuner tout près, au Juvenile’s, une adresse de notre jeunesse parisienne que m’avait montré jadis l’ami Saccani. Depuis le temps, ça n’a pas bougé, bar à vin, salle étroite, un plat…parfait.
Le lendemain, aux enchères, Jenny et moi sommes installés près de la réserve où les œuvres sont entreposées, juste avant de passer en vente. On est tout près de la date de l’anniversaire de mes soixante ans et Jenny tient à me faire le cadeau d’une de ces statuettes, sûre de me faire plaisir maintenant qu’on a vu ensemble de quoi il s’agit. Encore faut-il accrocher un lot…c’est pas garanti, au risque des enchères.
Le premier bronze (Athlète vaincu, 1934, très beau, à la patine brune foncée, anatomie taillée à la serpe, spectaculaire) part très vite, dans une rapide bataille d’enchère qui nous décourage. Tchic-tchac, coup de marteau final, et nous voilà à 8200 €, la vente est emballée, lancée à des prix qui vont largement nous échapper ; Jenny soupire : ‘c’est pas pour nous…’ Tout de suite derrière, passe en vente Le prisonnier, un petit plâtre, frère de notre Boxeur accroupi, sculpté celui-là en 1942, belle pièce, émouvante et triste, qui marque bien que notre boxeur est pris dans une ‘période’ du travail de Bouquillon, celle où il traite de la défaite du pays, de son abattement. Mise à prix 400€, qui va sans doute nous donner une indication du prix que pourrait faire notre boxeur. Mais pareil, une dizaine d’enchères porte très rapidement le prisonnier à 5800 €. Jenny s’agite : ‘on n’aura rien’...Je ne dis rien : elle n’a pas tort.
La vente est belle, l’artiste solide, d’inspiration sûre et constante. On est bien placés, on a le temps de détailler les pièces qui défilent ; on doit attendre maintenant les numéros 183 et 184, plutôt à la fin, où vont passer les deux plâtres qui nous intéressent. Les prix se sont calmés, mais tout de même, bustes et sujets animaliers partent bien et la dispersion de l’atelier de Bouquillon se poursuit, l’exercice est un peu triste, tout part à droite à gauche, de nombreuses scènes de mythologie, bien saisies, dramatiques et discrètes. Dommage, faudrait laisser ça tout ensemble, et tout acheter…
Arrive enfin, l’Athlète vaincu, un petit plâtre patiné. Je n’ai pas le temps de m’inquiéter de quoique ce soit, un duel d’enchère s’installe, lent et réfléchi, entre deux amateurs, qui semblent également déterminés. L’Athlète est beau et prostré, debout et vouté, très séduisant, tentant, mais il file à 1500 € sans que j‘ai pu me mêler de l’affaire. Un type remporte l’enchère, qui est resté debout dans l’entrée de la salle ; il tient un bouquin dans la main qui signale ses enchères…Jenny ne dit rien ; elle est déçue une nouvelle fois et son épaule appuie sur la mienne et me fait sentir sa déception, qui me rend nerveux. Suit notre Boxeur accroupi, notre préféré, toujours aussi intriguant et attachant. C’est notre dernière chance : Jenny me donne un coup de coude discret, qui m’agace. Je me glisse dans l’enchère, contre un des amateurs de tout à l’heure, le type au livre justement. Je ne suis pas rassuré, il va vouloir acheter les deux, pour se faire une série, mais quelques hochements de tête plus tard, l’autre client canne et me laisse seul en course. Ça ne traîne pas, après un léger suspens…rapide coup de marteau et je peux noter sur mon catalogue : ‘900, MOI, contre ‘le livre’’. L’excitation empêche qu’on soit soulagés tout à fait ; on attend quelques instants, puis on règle (plus les frais) notre enchère au comptoir du commissaire-priseur et on emporte notre Boxeur sans plus de manières. Jenny, très souriante, me dit simplement : ‘joyeux anniversaire’…
Et puis, lentement, le Boxeur accroupi a trouvé sa place à la maison de Chabeuil, sur un petit guéridon dans l’entrée, éclairé d’une petite lampe rouge-Campari qui réchauffe et adoucit encore un peu sa patine. L’effet est accueillant, comme une génuflexion de bienvenue. Les recherches que j’ai faites, pas très assidues, n’ont rien donné : je ne trouve pas dans mes archives sportives de portait de boxeur qui lui ressemble, dans les années 40 ou un peu avant, et certainement pas de petite frange, ni de nez busqué. Rien dans la biographie de Bouquillon ne permet non plus de préciser son inspiration, pas de croquis en salle de sport, rien, pas d’étude de préparation. Mais on reste sur cette idée que notre Boxeur accroupi est un héros vaincu, qu’il tire plus sur la mythologie que sur l’histoire de la boxe. On apprend à aimer notre Boxeur accroupi, parce qu’il dépasse l’histoire du sport et qu’on a pour lui l’attachement qu’on doit montrer à la beauté quand elle est vaincue, fragile, et à la force quand elle est agenouillée.
Vendredi 10 mai 2019, le festival Rencontres entre les Mondes, à Chabeuil, bat son plein pour sa quinzième édition, toutes sortes de musiques pendant quelques jours, proposées par une association de jeunes gens doués et volontaires appelée Déviation qui regroupe des bénévoles un peu partout dans les environs, dévoués et affairés et qui propose des concerts en ribambelle, variés, de qualité, dans un genre ‘musique du monde’, tralala rock fanfare, funambules et théâtre musical. Le pire ou le meilleur, le plus sonore en tous cas, se joue tard dans la nuit, à rideaux tirés. Du ‘son’, comme ils disent. Joie et bonheur au pays, en tous cas, y’en a pour tous les goûts et, au fil du temps, Déviation a rassemblé un fort public, fidèle et concerné. Au début, c’était rendu possible par une énergie foutraque et débordante, mais astucieuse et bricolante mais aussi par le soutien de la ville (prêt du centre culturel, et subvention (honorable, sans plus. Encourageante en tous cas…) Un hourrah festival qui a occupé ses jeunes années à se faire un très solide carnet d’adresse artistique et à peaufiner professionnellement son offre musicale. Et à qui les artistes invités le rendent bien, qui reviennent pour pas trop cher quand leur notoriété pourrait les rendre plus exigeants. Ladite notoriété attirant au passage un public de plus en plus large : l’audience du festival se faisant ainsi très vite plus que régionale. C’était l’époque où, un peu partout en Europe, la diffusion de la musique passait par les festivals, l’art vivant, puisque le disque et les autres supports avaient fini par sombrer. Pour toutes ces raisons, Rencontre entre les Mondes avait du succès : utile aux artistes, porté par la jeunesse du coin, soutenu par un public nombreux, amateur de variété et de nouveauté, et zélus béats, tout heureux de rendre leur ville attirante à bon compte.
Ordoncques Chabeuil jouait le jeu, les vieux tromblons de ma nature ayant en outre vite compris que nos astucieux programmateurs et nos gentils bénévoles n’étaient rien ni personne d’autre que ‘nos enfants’, ou leurs amis, ou leurs voisins, ou leur petite amie, tout le monde connaît tout le monde et tout le monde se donne rendez-vous dans un festival qui prend des allures tout simplement familiales, très amicales en tous cas. Appelons ça l’unisson. Denrée rare par les temps qui courent.
D’autant que les artistes sont logés chez l’habitant. Nous, par exemple, on accueille cette année-là le groupe Télamurè, ça s’est fait comme ça, on a dit oui à une amie qui s’occupe de placer les artistes, trois italiens des Pouilles et de Calabre, qui jouent une musique traditionnelle du sud de l’Italie. Le premier jour du festival, le vendredi, arrive ainsi à la maison Francesco, la trentaine barbue brune et frisée, qui vient se présenter et présenter Télamurè, organiser leur arrivée, entre répétitions, préparatifs et concerts. Le soir même, ils vont donner un bal, ce sera ‘simple’, dit Francesco, avant d’expliquer cette musique de danse qu’il appelle la Tarentelle, traditionnelle et tambourinante, endiablée puisqu’il s’agit de conjurer les malheurs du monde par la danse.
Francesco répète que sa musique est simple, mais il explique si bien qu’on comprend qu’il est très savant là-dessus, et pas si simple, que son folklorisme est très informé et très documenté. La tarentelle doit éloigner les mauvais esprits de ceux, et surtout de celles, qu’a piqué la Tarentule, méchante araignée venimeuse. Mais surtout le son du tambourin répétitif et incantatoire doit guérir de la mélancolie, de la douleur d’être piqué par les démons de la vie, par toutes sortes d’araignées, quand on est atteint par toutes sortes de mauvais esprits. Et y’en a, à ce qu’on dit. Le français de Francesco est parfait, scrupuleux mais enjoué. Dans chaque phrase ou presque, dans la plus petite explication, il glisse le mot ‘simple’ : ‘notre musique est très simple’, ce que trahit bien sûr la complexité d’un propos dont il ne veut pas faire un repoussoir savant. On s’organise : ils rentreront tard après leur concert, lui-même tardif : qu’on ne les attende pas. Mais c’est sûr, pour le repas de demain, à la maison, ils feront des pâtes (une recette de leur Sud : orecchiette aux blettes et à la chapelure, tout est prévu, ils y tiennent). À ce soir au concert ? À ce soir.
Le bal se tient à l’extérieur du centre culturel, sur un espace gazonné en légère pente ; ça démarre vers 10 heures et demi. Francesco au chant et à l’accordéon lance l’affaire très…simplement : ‘la musique qu’on fait est une musique de fête. Amusez-vous…’ Et la Tarentelle éclate, scandée par le tambourin du diable, l’instrument de la transe. J’observe le début du concert d’un peu loin, avec ma bière, heureux de la joyeuse fiesta qui s’annonce : se détache de la foule des danseurs une grande fille au grand cou, dégingandée, qui tourne et vire au centre de la piste, dont la tête est surmontée d’un chignon instable, immense, qui accroche les spots lumineux ; elle secoue la tête ; on ne voit qu’elle ; elle est ailleurs, et si mélancolie il y avait, la joie de vivre et de danser l’avait éloignée. Et si quelques mauvais esprits traînaient encore par Chabeuil ce soir-là, ils s’étaient courpattés au son du tambourin de Télamurè, quand la grande fille au chignon continuait à danser.
Le lendemain, au déjeuner, pâtes. À leur réveil, nos trois musiciens sont repartis au village, pour un coup de main de rangement aux collègues. Pour un café d’adieu, aussi. À leur retour, on les accueille dans la grande entrée, à la lumière discrète de la petite lampe-Campari. Et là…brusque explosion de joie et cris d’enthousiasme à la découverte du…
…Boxeur Accroupi. Qu’ils connaissent, ces bougres de savants.
C’est Milon de Crotone. [Prononcer musicalement Crotonèè]
C’est Milon, oui c’est Milon, je le reconnais. Sa petite coupe de cheveux, ses muscles…
C’est chez nous, Crotone [sud de la Calabre], c’est notre héros grec, et il est là, on le retrouve, sous la lumière de Campari….Haaa je suis content de te voir Milon.
Mais moi je l’aime mieux comme ça. D’habitude, il est idiot, il a un lion accroché à la cuisse, qui lui mort la cuisse et qui va le dévorer.
Ça dure un grand moment, où les explications fusent, emballées, à propos de Milon. Crotone, c’est chez eux, ils n’en reviennent pas, ils veulent expliquer, la Grèce à Tarante, le Sud. Et Milon, qui est l’ancêtre de tous les sportifs, l’homme fort, l’athlète du sud de l’Italie. Crotone, leur petite ville, jadis opulente cité grecque, célèbre et riche. Ils s’emballent : l’avoir représenté vaincu, c’est du génie. Bravo. Bravo à vous. Du génie, il a compris que Milon a été mis à terre par son orgueil de héros invincible.
Vous voyez la scène : on discute mythologie grecque, on présente Boquillon, on moque l’orgueil des sportifs, mais on loue leur humilité finale. Un feu d’artifice de joie savante, de bonne humeur et de trouvailles. L’unisson, encore une fois. La rencontre entre les mondes, grec, italien, chabeuillois. Statuaire classique, ethno-musicologie de la transe, héros vaincus et ces idées qui s’emmêlent dans une conversation magnifique, de science et de joie, de jeunesse.
Et les pâtes ? Impeccable cuisine des pauvres, simple, comme disait Francesco, et qui vient de si loin, et qui en sait si long…
Et on reparle encore et encore de la Tarentelle, que leur concert était beau, que les mauvais esprits ont pris la fuite, que la fille au chignon les a fait fuir, au son du tambourin, au rythme de la danse et de la musique répétitive. Francesco reparle des sorcières, et de la transe, et du diable qu’il faut faire fuir mais…mais…
…à force de bavardages et de crotoneries, il faut se rendre à l’évidence : il faut partir bientôt, une estafette du festival les reconduit à la gare, on peut plus attendre. Et adieu, et vive Milon de Crotone, vive la Tarentelle. On s’embrasse en riant. Notre cœur tend vers le Sud, comme toujours, comme disait le vieux père Freud en soupirant.
Et c’est ainsi que Télamurè est reparti, nous ayant rendu par son érudition un boxeur anonyme à sa juste dimension héroïque, excusez du peu, ces trois jeunes gens étaient venus de loin, pour reconnaître chez nous un des leurs, un du sud, un héros grec agenouillé, une figure des lutte qu’on ne gagne pas toujours. Le bel athlète qui nous avait tant plu avait maintenant un nom, par la grâce de ces deux jours de conversation, de charme, de plaisanteries et d’enchantement musicaux. Notre beau plâtre est maintenant patiné de Tarentelle et d’amitié lointaine, totem domestique qui protège la maison. Éclairé de rouge par la lampe-Campari qui le baigne d’une chaude lumière apéritive, il éloigne les esprits malins (ça marche) et anéantit les forces du scrogneugneu et de la mesquinerie, à l’oeuvre dans bien des domaines, à ce qu’on me dit.
Milon de Crotone est maintenant doué chez nous d’une puissance tutélaire, accorte et bienveillante ; il a rejoint le buste de la cuisine, La Jeunesse pensive, une pauvre régule mélancolique venue jadis de l’appartement parisien de la grand-mère du vieil Olivier, du temps de notre bohème de gamins ; il a rejoint aussi le petit bronze sénoufo de ma salle de bain, reçu des Kwahulé, qui nous représente, Jenny et moi, son bol nourricier et mon arc de chasse. Couple Sénoufo, Jeunesse pensive et Milon de Crotone protègent pour longtemps la maison des imbéciles et des mauvais esprits, c’est comme ça, efficaces gri-gris, parfaits totems, statues sentimentales du bonheur savant…
Et pourquoi je vous raconte ça ? Pourquoi je retrouve mes notes, les reprends et les déchiffre pour mettre en forme ces souvenirs dans ce texte-journal ? Pourquoi maintenant ?
C’est que Déviation vient de subir un sale coup.
Et, là, c’est moins drôle…
Lundi 18 mai 2025 : le jeune maire dont Chabeuil vient (2022) de se doter dans une élection de raccroc, Alban Pano, jeune mais bercé trop vite par un droitisme vieillot, a écarté l’association Déviation du centre culturel de la ville, les privant ainsi du théâtre (municipal) où ils avaient leurs habitudes, l’outil principal de ces fameuses Rencontres entre les Mondes dont on vient de parler. En réaction à ces difficultés, nos jeunes professionnels ont publié le 18 mai dernier un communiqué des plus cassant où il apparaît que le maire ne veut plus les voir trainer par-là, avec leur musique qui fait du bruit et leur public mal coiffé (en substance…) : plus donc d’’événement festifs à caractère musical (…) au sein du centre culturel et sur l’ensemble de la Commune’. Un flingage, en somme, qui ne tient pas compte de la forte implantation de l’association, ni du tissu culturel, dense, serré, qui est le sien en ville. Une maladresse caractérisée, une erreur sans aucun doute, qu’il faut mettre au compte de deux ou trois choses qu’on sait d’Alban Pano :
1-C’est un jeune maire pressé, dont l’art, n’est pas le ‘truc’. Issu professionnellement du petit commerce local, passé par la grande distribution (Métro) le jeune Alban n’est pas un amateur d’art, c’est le moins qu’on puisse dire, et les artistes, c’est pas son monde, vraiment pas son milieu. D’un abord charmant, fluide et propret, présentant banalement bien, assez bon communicant au moins pour ce qui trait à sa personne, le maire de Chabeuil est inculte, pourquoi ne pas le dire ? Né à la politique locale en 2020, il n’a pas laissé dans le petit milieu qui a préparé la victoire de l’équipe Vidana où il était engagé, le souvenir d’un grand amateur d’art ni de culture. Pas plus qu’il ne brillait, aux dires de ses ancien.nes collègues élu.es, période Vidana justement, par ses interventions à propos des sujets culturels.
De plus, il n’a guère eu le temps d’une maturation politique qui aurait pu combler au fil du temps les manques qu’on vient de dire. Et en effet, tout est allé très vite à Chabeuil pour lui aussi, pour lui surtout. Qu’on en juge : candidature (surprise, mais victorieuse) aux départementales de 2021, participation active au putsch mené par un notable qui s’y croyait, Patrice Courthial en 2021 et trahison de Lysiane Vidana qui les avait pourtant porté au Conseil municipal/Effondrement du Conseil municipal de Chabeuil, et nouvelles élections : candidature d’Alban Pano (Courthial cocu) et élection à la mairie en 2022 : le coup d’état du jeune homme venait de réussir/Désignation dans les instances LR, en charge de la troisième circonscription de la Drôme (Chabeuil, Crest…jusqu’aux Baronnies)/Suppléant de la candidate LR aux dernières législatives (2024) : 8,5% au premier tour, une gifle, qui ne permet pas à LR d'être présent au deuxième tour)
On voit que pour le jeune maire de Chabeuil la politique est devenue très (trop sans doute) vite un métier, un métier nouveau, agité, prenant, qui ne lui laisse pas le temps d’approfondir ses lettres classiques, ni de traîner au cinoche, ni de musarder au concert…ni de se préoccuper seulement de nos emballements venus du Sud de l’Italie.
2-C'est un jeune maire qui gouverne pour son clan, pour la seule partie de Chabeuil qu'il comprend, dont il comprend les besoins et les désirs.
[Rappel électoral : Au deuxième tour des élections municipales de février 2022, une petite liste s’était maintenue et avait obtenu 373 voix quand la liste arrivée deuxième recueillait quant à elle 1225 voix. Le calcul est simple, la liste Pano (1346 voix, soit 121 voix seulement devant son adversaire) pourtant élue, n’est pas majoritaire en voix dans Chabeuil. Ce calcul en forme de retour sur terre -une majorité de chabeuillois n'a pas voté pour lui- devrait pousser le jeune maire de Chabeuil à l’humilité ou, à tout le moins à gouverner pour tous les habitants de sa ville, même ceux qui ne l’ont pas élu et qui s’avèrent être les plus nombreux. Mais non, voyez-vous, cette réalité, Alban Pano a choisi peu à peu de l’ignorer : il s'est pris à gouverner seulement pour ses soutiens, réduisant son offre politique à la seule mesure de son alignement sur les Républicains de la vallée. Oppositions muselées, niées ou brutalisées au Conseil, présence ratatinée dans les commissions municipales 'ouvertes', questions de l'assistance interdites au Conseil Municipal (une première à Chabeuil : un maire élu au raccroc, et de très peu, qui musèle la parole des chabeuillois dans LEUR Hôtel de ville, chez eux. Carton plein !)]
[Parenthèse pour généraliser un peu : la ligue de protection des Oiseaux (LPO) a son siège local dans un bâtiment municipal du centre ville, l’ancienne perception, belle bâtisse. Le maire de Chabeuil vient de mettre fin à leur bail. Une perte pour Chabeuil. Amnesty International avait à Chabeuil, au centre culturel, une foire du livre d’occasion d’importance, gros barnum, fort volume, gros retentissement. Mic mac de planning, incertitudes organisées dans les disponibilités du bâtiment, ont abouti à ce qu’Amnesty prenne ses cliques et ses claques et file vers Beauvallon.]
Et donc, puisque Déviation, la LPO et Amnesty sont des associations qui n'oeuvrent dans l'étroit cercle panotique de sa compréhension politique, qu'elles ne correspondent pas au 'truc' culturel-et-politique du jeune maire de Chabeuil, qu'elles ne sont pas dans la sphère politique et culturelle des Républicains, eh bien, ces trois associations, lourdes et bien implantées ont néanmoins été poussées à dégager.
3-C’est un jeune maire qui puise pour réfléchir dans les slogans de sa famille (LR) politique, qui finissent par penser à sa place. En effet, Paneau vote Retaillo (à la toute récente primaire interne à ce parti. C’est du moins ce qu’on me dit dans des tuyaux LR de la ville, dignes de confiance) et colle sans cesse d’avantage aux mots d’ordre (d’ordre et d’ordre) de Républicains qui poussent ouvertement (et qui ouvrent leurs budgets) à une culture dite ‘de la ruralité’ : corso, flon flon, traditions et patrimoine. Le reste étant caricaturé, sans nuance, comme ‘élitiste’ et subventionniste [si le cœur vous en dit, je vous renvoie à un édifiant article du Figaro, solide et documenté, daté du mardi 10 juin dernier, qui décrit bien le fond de la sauce idéologique qui attache maintenant à la gamelle droitarde du maire de Chabeuil et de ses amis LR du coin. Le titre en est très clair : ‘l’afuerisme culturel, quand des élus de droite ne veulent plus subventionner la culture de gauche’. Très bien vu ça, l’affuerisme, un beau débuscage sémantique venu l’espagnol d’argentine affuera : ‘ça dégage’]. Et, à Chabeuil, Pano met sa piécette dans cet infernal bastringue, sûr de complaire à ses mentors politiques locaux (Auvergne Rhône-Alpes, pour me faire bien comprendre). Bref, des coupes dans les budgets culture, pour être clairs. On attend la confirmation de l'une d'entre elles, qui pourrait mettre en difficulté un très beau programme de cinéma itinérant, pourtant très populaire dans la Drôme. Subvention d’origine départementale où siège…Alban Pano. On en reparle, je vous dis, ça aussi, ça va faire du bruit…
Moralité 1. La grâce et la pesanteur, c’est toujours la même vieille histoire, voilà, toujours le même balancement dans les affaires du monde. La grâce : la danse, la Tarentelle, la joie de vivre, le souvenir de Milon de Crotone, Télamurè. L’amitié, l’unisson, les Rencontres. Et la pesanteur : la pensée politique réduite à des slogans, le dégagisme localiste, l’afuerisme mis en œuvre par un clan, le repli sur des valeurs villageoises fantasmées, et pourtant vantées battues et rebattues.
Ce long texte aux digressions souvenantes est pour saluer les jeunes gens doués de Déviation. Pour les encourager à rester ce qu’ils sont, pour les protéger longtemps de toutes les piqûres de toutes les tarentules politiques du quartier et pour leur dire qu’ils sont sous la protection de Milon de Crotone et des autres totems de la maison. Ne riez pas, jeunes gens, c’est pas rien… Et monte bientôt le son du tambourin, et reparte la Tarentelle. Et voilà que Milon de Crotone se relève…
Rédaction en juin-juillet 2025, à partir des notes de mon Journal, pour les trois anecdotes abordées : Crotone, Festival/Déviation et portrait politique du jeune maire de Chabeuil.