Peau-aime
La ronce me pique et je suffoque sous ses lianes.
Depuis peu à nouveau, tous les matins, j’arrache celles qui m’entravent le plus, je coupe celles que je peux et ma foulée se dérobe.
Elles me tiennent comme des béquilles, depuis toutes ces années qu’elles façonnent les entourages de ma personne. Sans elle je serai nue.
Parfois la chaleur les assèche et je peux légèrement bouger, tournant mon visage vers le soleil, respirant à plein poumons alors que les épines tombent.
Autour de moi je vois de beau rosier. Parfois envahissant mais souvent bien taillé. Chez moi, ce n’a rien de comparable. Mon terrain, vague, miné, est envahi depuis des années. Au début j’arrivais à combattre, les dents serrées, les paroles affutés, je taillais dans la masse les jours de grande marée. Mais aujourd’hui que faire de cette torture solitaire, installée, étouffante.
Un chevalier, un jour viendra- t -il comme dans les contes de fée pour sauver la princesse des tourments qui la serre, qui l’acère son cœur depuis tant d’année ?
Les belles histoires et ceux qui ont de beau rosier disent que les ronces peuvent parfois être domptées, que ce n’est pas si compliqué. Qu’il faut juste convenablement s’organiser et s’armer de courage, léger et régulier.
Qu’avec de l’audace on peut même en faire de beau escalier pour s’élever plus haut que celles qui ont de simple rosier. Qu’avec de l’adresse on peut tisser des paniers pour transporter le fruit mure de nos belles années. Les lianes solides pourraient donc me porter et me transporter, plutôt que de m’étouffer ?













