En compagnie de soi-même
1. HONEYMOON
On commence avec le titre éponyme de l’album qui est également le premier extrait de celui-ci. Sur ce morceau on retrouve tout l’univers de Lana del Rey. Mais cette fois (et souvent sur cet album) se trouve ajouté quelque chose de nouveau. Dès la première ligne Lana nous chante : “We both know that it’s not fashionable to love me”. Si la référence aux haters est évidente, cette phrase traduit également un certain état d’esprit à l’oeuvre dans l’album. Dans le refrain le contraste typique de l’univers de del Rey est présent. Ici “Honeymoon” s’oppose à “Dark Blue” pour montrer la face sombre de la lune de miel, les questionnements à venir au lendemain de ce jour. Dans la suite de la chanson il est question, comme souvent, de violence et d’amour entremêlés. Lana del Rey nous chante sa vision de la lune de miel d’une manière si douce et mélancolique qu’on ne peut qu’être happé d’emblée dans cet album.
https://www.youtube.com/watch?v=oPU8XJcA__k
2. MUSIC TO WATCH BOYS TO
Lana del Rey aime s’exprimer en images, utiliser les couleurs et créer des atmosphères spéciales dans ses chansons. Ici la production et le chant s’accordent parfaitement pour la création de cette atmosphère si particulière. On retrouve de l’amour, des garçons, des bières bon marché, des guitares, des flamants roses. On entame alors une montée en puissance de l’album qui ne s’arrêtera dès lors plus. De plus, il est encore question de mélancolie, de voir les choses s’éloigner voire disparaître :
“Nothing gold can stay
Like love or lemonade
Or sun or summer days
It's all a game to me anyway”
https://www.youtube.com/watch?v=Ddg_K1izcUE
3. TERRENCE LOVES YOU
La facette rétro de l’univers de la chanteuse se déploie ici totalement en même temps qu’un certain mystère. Comme souvent dans ses chansons, on ne sait pas de qui la chanteuse nous parle et ici on ne saura donc pas qui est ce Terrence. Dans cet album il semblerait que la miavrerie que certains pouvaient voir dans le premier opus (Born to Die) est disparue pour de bon. Il est ici encore question d’une histoire d’amour mais sur fond d’alcoolsime, de musique et dépression. Si la voix est toujours aussi sublime et douce, elle contraste à nouveau avec la puissance de l’histoire contée. Ainsi, dans le refrain on entend :
“But I lost myself when I lost you
But I still got jazz when I've got those blues
I lost myself and I lost you too
And I still get trashed, baby, when I hear your tunes”
https://www.youtube.com/watch?v=emDU4QvdwVk
4. GOD KNOWS I TRIED
Ce morceau va introduire un thème de l’album, la religion (même si peut-être Honeymoon également). Néanmoins la religion n’est pas ici synoynme de receuillement pour Lana. Au contraire la chanson semble être un cri de rage adressé aux médias et au monde de l’entertainment en général. Ainsi Lana se réveille plus au lever du soleil mais “To red, blue and yellow lights”. Le refrain et le pont semblent être chantés comme des prières ou du moins comme quelque chose qui doit absolument se faire entendre. Tout cela étend parfaitement enrobé par la voix cristaline de la chanteuse californienne.
5. HIGH BY THE BEACH
S’il s’agit du single principal de l’album cela n’a rien d’un hasard tant la perfection pop du morceau est impressionnante. Le personnage de la chanteuse évolue : “You could be a bad motherfucker
But that don't make you a man”. Un refrain catchy parfait, l’univers californien, la plage, la drogue et destruction d’hélicoptère au lance-roquettes dans le clip sont au programme dans ce son qui a rythmé la fin de l’été.
https://www.youtube.com/watch?v=QnxpHIl5Ynw
6. FREAK
Il est ici question de la relation entre la célébrité et l’amour ainsi que la violence de l’amour en question dans la chanson. Si le morceau débute calmement il s’emballe sur le refrain, comme un feu qui grandit (”flame/full of fire”). Il s’agit également d’oublier le monde extérieur, d’être un freak, danser en slow motion et s’embrasser. À la fin du morceau et comme sur beaucoup d’autres de cet album, Lana fredonne, comme dans des chansons jazz ce qui peut être vu comme une sorte de conclusion au reste. Si nous ne pouvons être des freak et danser, au moins fredonnons.
7. ART DECO
Dans ce morceau il est question de femmes, de fêtes et de libertés. En effet, Lana nous conte l’histoire de cette “Club queen on the downtown scene” qui deviendra “Young thing on the downtown scene”. qui sort faire la fête. Le terme “Art Deco” du titre vient du style vestimentaire et de l’attitude du personnage, provocant et glamour à la fois. Il est question des agissement de ce personnage dans ces fêtes mais cela n’est jamais explicité (”You want more ?”). L’outro vient en outre réveler là-encore un changement dans l’univers de Lana del Rey : “A little party never hurt no one
Not you and me
A little party never hurt no one
We were born to be free”
8. BURNT NORTON (INTERLUDE)
Il s’agit ici d’un poème de T.S. Eliot récité par Lana del Rey.
9. RELIGION
Dans cette chanson il s’agit une nouvelle de religion mais ici Dieu n’est pas présent. La personne que prie Lana dans la chanson c’est ce “you” dont elle est amoureuse. On retrouve en outre les autres éléments de l’univers du disque. Même si elle l’avait annoncé elle-même on peut être étonné de la qualité des productions de l’albums qui sont toutes à un rare niveau d’excellence.
“Hallelujah, I need your love”
10. SALVATORE
Nous sommes ici en présence de la meilleure chanson de l’album et sans doute de l’une des meilleurs de l’artiste. Lana del Rey possède simplement dans sa manière de chanter une capacité de storytelling époustouflante. Ici elle nous emmène dans une vieille Italie fantasmée faites de “cacciatore, limousines, soft ice creams”. La drogue est encore évoquée de manière implicite. La relation à la religion est quand à elle explicitée. En effet, l’amour se situe une nouvelle fois comme le sauveur. Mais comme toujours, la relation amoureuse est teintée d’une violence et d’une noirceurs sous-jacente. On à l’impression d’être plongé dans un vieux film dans ce morceau constituerait la bande-originale.
“Catch me if you can, working on my tan, salvatore
Dying by the hand of a foreign man happily
Calling out my name in the summer rain, ciao amore
Salvatore can wait
Now it's time to eat soft ice cream”
11. THE BLACKEST DAY
Après le sauveur vient le jour le plus noir, celui de la rupture amoureuse ici. En effet, comme son titre l’indique il s’agit de l’une des chansons les plus sombres de l’album qui vient confirmer définitivement le changement de la chanteuse. Le morceau se déploie en plusieurs temps. De la tristesse au moment ou la quête de l’amour va trop loin jusqu’à la rédemption finale dans l’outro.
“I'm on my own again”
12. 24
Musicalement, peut-être le son le plus faible du disque mais cela reste quand même au-dessus du lot. Il est une nouvelle fois question d’amour et d’ultraviolence ainsi que de mensonges et de passion. On serait presque déçu tant le reste de l’album évolue à un degré d’excellence si élevé.
13. SWAN SONG
Cette chanson, une des plus belles de l’album, prend une résonance particulière quand on sait que Lana del Rey voulait arrêter, il y a peu, la musique. Lana ne veut plus chanter, son amour ne travaillera plus. Là-encore l’envie de continuer la musique est envisagée par ce morceau.
“I will never sing again
With just one wave it goes away
It will be our swan song”
14. DON’T LET ME BE MISUNDERSTOOD
Cette reprise de la chanson de Nina Simone apporte encore de l’épaisseur au mystère de la chanteuse et du caractère versatile de sa musique. Ce morceau choisir pour clôturer l’album semble parfaitement tenir sa place tant il apparaît comme une conclusion logique et cohérente au travail de l’artiste.
“But I'm just a soul whose intentions are good
Oh Lord, please don't let me be misunderstood”
En définitive, avec Honeymoon Lana del Rey prouve qu’elle a su mûrir musicalement et amorcer un nouveau cap pour la suite (?) de sa carrière. Une sorte de retour aux sources, en comparaison avec l’échappée Ultraviolence, mais en même temps une liberté nouvelle alliée à une parfaite maîtrise de sa musique. Avec cet album, le meilleur de l’année à ce jour, elle porte la musique pop à un niveau absolument parfait. La voix enchanteresse de la californienne se mêle à merveille au travail de production remarquable de l’album. Les variations apportées à l’univers déjà existant apportent un vent nouveau sur le travail de l’artiste qui emporte tout dans un élan d’amour mélancolique. Néanmoins la force du disque est de savoir diffuser toutes les émotions possibles à l’auditeur, avec des mélodies et une voix. Le meilleur album de la chanteuse à ce jour, le meilleur de l’année pour l’instant, un chef-d’oeuvre.
Lana del Rey
HONEYMOON
Sortie le 18 Septembre 2015
Axel Destouches.










