Site officiel de Jean-Paul Jouary, professeur agrégé et docteur en philosophie, qui enseigne à Paris et à Abidjan. Auteur d'une trentaine d'ouvrages, notamment sur Rousseau, Diderot, Mandela, sur l'enseignement de la philosophie et des sciences et sur l'art paléolithique, Jean-Paul prend plaisir à partager son savoir, en toute simplicité.
Le supplément au voyage de Diderot ... pour une découverte de sa philosophie
Paru aux éditions Silvana Editoriale et sorti à l’occasion des Rencontres Philosophiques de Langres, le supplément au voyage de Diderot est un album illustré de Jean-Paul Jouary (texte) et Louise Heugel (dessin). Il présente un récit fictif dans lequel Diderot, après une première rencontre avec Mme de Broglie, revient la visiter pour un supplément d’entretien. Dans un climat de curiosité et de séduction, ils parlent de morale, de religion, d’origine et d’évolution des êtres vivants, de politique.
Cet ouvrage constitue une introduction très accessible à l’ensemble de la philosophie de Diderot. Il s'adresse à tous les publics, à partir de 12 ans.
Manuel de philosophie populaire : sous les idées, la vie !
Rousseau renversé par un chien, Descartes qui enquête sur un crime, Darwin qui déclame sans cesse la Bible pour l’équipage du Beagle, Diogène qui envoie un poulet à la figure de Platon, des femmes qui se déguisent en homme pour revendiquer leur droit à la philosophie… Si la philosophie est une discipline réputée abstraite, elle ne cesse de dialoguer avec la vie.
C’est de ce va-et-vient entre la philosophie et la vie qu’il est question dans ce livre paru chez Flammarion en Septembre 2019. Quelques interrogations choisies parmi d’autres, débattues depuis l’Antiquité mais toujours actuelles, formulées ici de façon accessible pour répondre à l’appel de Diderot :
« Hâtons-nous de rendre la philosophie populaire ! »
Interrogé dans une émission de Radio Notre Dame, l’auteur nous révèle quelques-unes des treize questions majeures abordées dans ce livre.
La parole du mille-pattes : difficile démocratie !
Dans ce nouvel essai d’une ampleur inégalée, paru aux éditions Les Belles Lettres (collection Encre Marine), Jean-Paul Jouary contribue à nous persuader que notre avenir commun ne peut être que celui de la parole échangée. Au début d’une année où le besoin de politique n’a jamais été aussi profond et urgent dans notre pays, il nous livre des réflexions d’une curieuse actualité.
La parole du mille-pattes… Titre étrange pour un essai de philosophie politique qui convoque les auteurs qui, depuis Platon, s’efforcent de cerner ce qui fonde notre existence sociale. « C’est avec de bonnes paroles que le mille-pattes traverse un champ fleuri de fourmis. » Selon ce dicton de Côte-d’Ivoire, ce n’est qu’avec ces bonnes paroles, sincères et raisonnables, que le mille-pattes a évité un conflit avec les fourmis. Noble ancienne tradition qui a souvent permis à la discussion collective de prévenir la violence des vengeances.
Au siècle des Lumières, substituer le droit et le libre débat aux rapports de force fut une promesse liée à tout idéal démocratique. Or les siècles qui ont suivi ont comme jamais déployé des violences massives, souvent au nom de la liberté et du droit. Ici et là, malgré tout, le débat public et le souci de réconciliation ont permis de dépasser des contradictions qui paraissaient insurmontables. La métaphore du mille-pattes vient rappeler que ce fut longtemps une règle commune. Après avoir dépassé la logique des vengeances individuelles et collectives, la justice civile et internationale devient parfois une forme légale de vengeance des vainqueurs, qu’elle prétend pourtant remplacer.
La popularité de Gandhi, Luther King et Mandela, qui ont triomphé par les vertus de la simple parole, est-elle un écho du passé de l’humanité ou la promesse d’une réinvention à venir de la politique ?
En reprenant ces questions à la lumière de l’héritage de vingt-cinq siècles de pensée, tentons de tracer les contours de cette « philosophie du mille-pattes » que le monde actuel, plus violent et inégalitaire que jamais, laisse affleurer comme un avenir possible.
Dans un article paru dans le dossier “L’art des origines” de la lettre de l’Académie des Beaux Arts n°85, Jean-Paul Jouary, commissaire de la "Galerie de l'imaginaire" dans Lascaux IV, estime que le meilleur moyen de vérifier la dimension proprement artistique des œuvres préhistoriques, c'est de considérer l'effet qu'elles ont produit sur les artistes de notre époque.
L'art paléolithique ne fut certes pas vécu comme un « art pour l'art » (ce vécu n'émerge pour l'essentiel qu'au XVIIIe siècle), ni comme un art « décoratif » (les œuvres peintes figurent là où nul n'a jamais vécu). On a pu y voir un rituel magique, du chamanisme, une figuration pré-conceptuelle, des récits, du religieux, une symbolisation astronomique... Il y eut probablement de tout cela puisqu'alors croire, sentir et penser n'ont pu faire qu'un, et ne se sont spécifiés vraiment que beaucoup plus tard. C'est pourquoi j'ai proposé le concept de senti-cru-pensé pour caractériser ce fonctionnement mental, lequel toutefois peut aussi bien correspondre à l'activité créatrice artistique en général, art contemporain compris. Le meilleur moyen de vérifier la dimension proprement artistique de ces œuvres préhistoriques, c'est de considérer l'effet qu'elles ont produit sur les artistes de notre époque.
Or, parmi les plus grands, la plupart ont revendiqué une relation intime, sous des formes diverses, avec l'art paléolithique. C'est la raison pour laquelle le Centre international d'art pariétal de Lascaux (dit « Lascaux IV ») a décidé d'inclure une salle particulière (la « Galerie de l'imaginaire ») consacrée aux peintres et sculpteurs dont les œuvres manifestent cette relation. Et ils sont si nombreux qu'il a fallu se restreindre à une soixantaine, parmi lesquels Picasso, Miro, Tapiès, Dubuffet, Klee, Klein, Barcelo, Viallat, Nicolas de Staël, Soulages, Gasiorowski, Kandinsky, Bonnard, Louise Bourgeois, Henry Moore, Niki de Saint Phalle, Parmiggiani, Ana Mendieta, Tal Coat, Sylvère, Brassaï, Corpet, Charvolen, Zadkine, Fautrier et des dizaines d'autres.
L'influence est parfois visible, et d'autres fois moins : cela passe alors par la matière (comme chez de Staël, Pimentel ou Sylvère), la suppression des contours (comme chez Klein), l'obscurité de la grotte (comme chez Soulages), la façon de reconstituer l'espace à trois dimensions de la grotte (comme chez Dubuffet, Barcelo, Charvolen ou Janos Ber). Certains incluent des mains en référence à celles que l'on trouve dans de nombreuses grottes, comme Miro, Rouan, Parmiggiani, François Bouillon, Viallat, Pollock ou Penck. D'autres s'inspirent des Vénus paléolithiques, comme Brassaï, Pevsner, Dubuffet, Coskun, Giacometti, Dubuffet, Louise Bourgeois, Klein, Fautrier, Zadkine, Brancusi et surtout Picasso. Ce dernier a ainsi acheté dès 1927 deux répliques de la célèbre « Vénus de Lespugue », qu'il montrait avec admiration à ses visiteurs, comme Malraux et Brassaï en ont témoigné. Il l'a aussitôt dessinée à sa façon de nombreuses fois à la mine de plomb (on peut les voir dans le tome VII de l'édition Zervos de ses œuvres). C'est avec ces dessins sous les yeux qu'il peint ses « Baigneuses » au début des années 1930, puis c'est avec ces peintures en tête qu'il déclare avoir sculpté en 1933 la « Femme au vase », œuvre qu'il exposera en même temps que « Guernica » dans le pavillon espagnol de l'Exposition internationale de Paris en 1937. La « Vénus de Lespugue », vieille de 25 000 ans et découverte en 1922, a hanté Picasso jusqu'à sa mort : ses répliques sont toujours restées près de lui dans une armoire près de son atelier, elle lui a inspiré des dizaines d’œuvres, jusqu'à cette « Femme au vase » qui se dresse auprès de sa tombe dans le jardin du château de Vauvenargues.
Comment expliquer cette extraordinaire fascination pour l'art paléolithique parmi les artistes de notre époque ? Il y a d'abord un ensemble de raisons proprement artistiques. Le processus créatif suppose à la fois une intériorisation profonde des œuvres antérieures et un dépassement de ces traditions. Depuis la fin du XIXe siècle, une révolution picturale est engagée, laquelle suppose en chaque artiste une rupture et une réinvention du regard sur le monde, qui ne peuvent partir de rien. Les îles du Pacifique et le Japon, le proche Orient et l'Afrique, comme l'art amérindien ou aborigène, vont instruire le regard en ouvrant la création sur de nouveaux possibles. Du début du XXe siècle à Lascaux en 1940, et tout ce que l'on trouve ensuite sur toute la planète, les artistes découvrent un art accompli, d'authentiques chefs d’œuvres qui ne découlent d'aucune tradition. Cette fraîcheur, cette liberté mystérieuses feront qu'il y a bien deux arts du XXe siècle : celui des artistes du XXe siècle et l'art paléolithique qui émerge alors, et ces deux arts vont célébrer des noces d'une exceptionnelle fécondité.
Mais l'engouement pour l'art préhistorique a aussi des raisons d'un autre ordre, plus politiques. Le XXe siècle est ressenti par les artistes plus encore que par leurs contemporains comme terriblement accusateur d'une certaine façon de développer la « civilisation » par la technique, la force armée, la domination sur des peuples entiers, les froids raisonnements conceptuels au détriment de la sensibilité. La plupart des artistes qui ont intégré à leur œuvre une influence paléolithique ont aussi explicité cette dimension politique. Cet art vient d'une époque où Verdun et le nazisme, Hiroshima et les totalitarismes, les massacres coloniaux et le déluge de napalm sur le Vietnam, sans oublier les génocides des Améridiens, des Arméniens et des Juifs, n'étaient ni techniquement possibles ni mentalement concevables.
Revendiquer un héritage préhistorique fut ainsi, à la fois, une façon de manifester une rupture avec tous les académismes pour explorer tous les possibles de la création, et signifier une condamnation sans appel d'un type de civilisation qui fait naître de l'intérieur du « progrès » toutes les inhumanités dont on ne soupçonnait pas notre espèce capable. C'est pourquoi des créateurs aussi divers que Georges Brassens et Marguerite Duras, Maurice Blanchot, Georges Bataille et René Char, ainsi que de nombreux romanciers, accompagnèrent les peintres et les sculpteurs dans cette élogieuse référence à l'art des cavernes. De ce rapprochement, Kandinsky disait qu'il était « le meilleur moyen de montrer au monde la vitalité organique de l'art nouveau », comme Claude Viallat affirmait que « toute la peinture contemporaine est dans Lascaux et dans la préhistoire », et Claudio Parmiggiani que « tout notre futur se trouve dans notre passé ».
Cette ferveur contemporaine doit faire partie de notre façon de regarder l'art paléolithique, car « il n'y a pas de passé ni d'avenir en art. Si une œuvre ne peut vivre toujours dans le présent, il est inutile de s'y attarder ». La « galerie de l'imaginaire » placée au cœur du Centre international d'art pariétal de Lascaux à Montignac, est une sorte d'hommage à cette affirmation de Pablo Picasso.
Quelle alternative à la « crise de la représentation » ?
C’est la question à laquelle Jean-Paul Jouary a tenté de répondre au cours d’une conférence débat organisée dans le cadre du cycle « Comprendre et agir » inititié par l’équipe STEEP de l’INRIA. Retrouvez l’intégralité de cette intervention en vidéo.
Ce que nous appelons communément aujourd’hui démocratie est pour l’essentiel la « démocratie représentative », qui consiste pour les citoyens à élire une ou plusieurs personnes qui décideront du sort de tous pendant une certaine période. Une libre dépossession du pouvoir au profit de « représentants ». Mais que signifie « re-présenter » ? On sait ce que cela signifie à l’égard d’un absent, d’un enfant mineur ou d’un aliéné mental, mais pour un peuple ? Cette forme de démocratie est visiblement en crise, tandis que se développent diverses formes nouvelles d’existence du politique. Y a-t-il une alternative à la « démocratie représentative » ?
Le futur antérieur - L'art moderne face à l'art des cavernes
Catalogue de la galerie de l’imaginaire de Lascaux IV, l’ouvrage rappelle la découverte extraordinaire que fut Lascaux pour les grands artistes de la deuxième partie du XXe siècle. Une source d’inspiration renouvelée pour Picasso, Matisse et bien d’autres.
Jean-Paul Jouary, philosophe, essayiste et commissaire de l’exposition, confronte les chefs-d’œuvre de l’art moderne et contemporain avec les peintures d’art pariétal les plus spectaculaires.
Ce catalogue est paru aux éditions BeauxArts en Janvier 2017.
La galerie de l’imaginaire : la grotte numérique de Lascaux IV ouvre ses écrans au public
Installée au coeur du centre international de l’art pariétal de Montignac, cette salle propose aux visiteurs d’explorer les liens entre différentes œuvres artistiques depuis la préhistoire jusqu’à nos jours.
Autour d’eux, un mur de 90 écrans composés d’images, d’œuvres d’artistes reconnus tels que Miro, Tapies ou encore Picasso, constitue cette exposition insolite. Jean-Paul Jouary, philosophe et Commissaire de l’exposition, a sélectionné différentes œuvres autour de l’univers de Lascaux : selon les techniques, les thèmes, les modes de représentation et son inspiration artistique afin d’explorer le lien existant entre art pariétal et art contemporain.
Face aux visiteurs, six stations interactives. Le public est alors invité à composer sa propre exposition en sélectionnant des images. Cette sélection d’images d’art moderne combinées à des images d’art pariétal peut être assemblée en une seule et même exposition, au gré des visiteurs, et visible de tous.
La galerie de l'imaginaire en 360 - Spherical Image - RICOH THETA
Dans cet ouvrage très personnel, Akrame et son ami philosophe Jean-Paul Jouary nous plongent littéralement dans l’univers créatif du jeune chef charismatique. Un cuisinier libre et inventif qui fait appel à la tradinnovation et qui marque ainsi les esprits par ses créations résolument contemporaines.
“Akrame crée en cuisine comme un musicien de jazz improvise, avec en soi un long cheminement culturel et technique, et une sensibilité propre. C'est ce que nous appelions une sorte de « supplément d'âme », une créativité sereine, une façon rigoureusement personnelle de lier surprise et évidence, que ce livre avait le projet de faire sentir au lecteur, non pour donner des « recettes » à imiter, mais pour inviter chacun à tracer son chemin dans le monde des saveurs et des textures.”
À travers 9 chapitres (noir, sensualité, illusion, enfance…) qui sont autant d'inspirations essentielles decryptées par Jean-Paul Jouary, Akrame dévoile 55 recettes issues de son univers. Émotions, souvenirs, formes et couleurs s’y rencontrent pour faire naître des créations jubilatoires, comme le crémeux chocolat à la truffe, le millefeuille d'Osseux Iraty, ou encore l’œuf mimohuître.
Découvrez ces recettes illustrées par le photographe Francesc Guillamet, rencontré lors du passage d’Akrame chez Ferran Adria dont il photographiait les plats pour ses livres, reflets passionnants de la démarche inventive d’Akrame.
Ce livre est paru aux éditions Alain Ducasse en Novembre 2016.
Les problèmes qui fracturent la France n’ont rien de commun avec l’apartheid
On ne peut aider un malade de la grippe à prendre conscience de son mal en lui annonçant qu’il a un cancer, ce qui risquerait de le dissuader de soigner son mal, lequel empirerait alors nécessairement. En qualifiant d’«apartheid» les fractures territoriales, sociales et ethniques dont souffre la France, le 20 janvier dernier, puis en justifiant ce mot, Manuel Valls a de toute évidence brouillé la perception de ce problème qu’il semble découvrir soudain. En utilisant ce mot, le Premier ministre a voulu souligner la gravité du problème, oubliant au passage que l’ONU a déclaré le principe de l’apartheid crime contre l’humanité, ce qui se justifie lorsqu’on rappelle ce que fut ce système économique, juridique et politique raciste.
Entre 1949 et 1952, ce sont 200 lois qui organisèrent le «développement séparé» des Sud-Africains blancs et des non-Blancs, avec des déportations de millions de Noirs parqués comme des bêtes, l’interdiction d’entrer dans les villes sans une carte attestant un travail, l’interdiction des relations sexuelles entre personnes de couleurs différentes, des dizaines de milliers de Noirs morts au fond des mines, des milliers de Noirs abattus sous les moindres prétextes, aucun droit de vote, la punition de mort ou de bagne contre toute opposition au gouvernement (qualifiée de «communisme» pour justifier les peines), l’interdiction de prononcer un nom africain dans les rares écoles pour Noirs, raison pour laquelle Mandela fut appelé Nelson, alors que son père avait donné le prénom de Rolihlahla (littéralement «secoueur de branches», c’est-à-dire «par qui les problèmes arrivent»). L’apartheid fut ainsi un système explicitement oppressif et discriminatoire, vécu comme tel quotidiennement. Il fut donc en ce sens plus facile de le désigner comme système à combattre et à abattre. Les choses étaient claires dès la fondation de l’ANC au début du XXe siècle, et elles le restèrent jusqu’à la victoire du peuple noir.
Les problèmes qui fracturent la France n’ont strictement rien à voir avec l’apartheid, non pas comme l’a dit Nicolas Sarkozy parce qu’ils sont moins graves pour ses victimes (même si c’est heureusement le cas), mais parce que des populations entières s’y voient reconnues comme personnes humaines, souvent citoyens à part entière, juridiquement égaux et protégés, économiquement «libres» de tout entreprendre, jouissant de droits universels les protégeant du racisme, etc., et cependant niés dans la jouissance pratique de tous ces droits. L’explosion des inégalités qui conduisent à ce que 1% des humains possède autant que les 99% des autres n’épargne pas la France. Le désir de mieux vivre devient douloureux lorsque l’on côtoie chaque jour celles et ceux qui, même dans la difficulté, parviennent à concrétiser leurs modestes rêves d’un confort minimum et de quelques perspectives, et qu’on sait que c’est par milliards d’euros que quelques-uns comptent leur fortune. Si en plus l’école souffre de ne pas disposer pour eux des moyens exceptionnels correspondant à leur détresse exceptionnelle, si la réussite scolaire débouche sur de faux emplois ou sur le chômage, si la réponse à leurs souffrances est plus répressive que constructive, alors la vision des choses se brouille. Contre qui se battre si, du côté juridique et politique, il n’y a rien à abattre ? Où est l’ennemi qui condamne au malheur ?
C’est parce que cela n’a rien à voir avec ce que fut l’apartheid que la vision se brouille, les points d’appui stables s’effacent, et que l’on peut en voir certains se mettre à faire n’importe quoi, à croire à n’importe quoi, au lieu de s’engager dans des pratiques sociales et politiques propres à créer les conditions d’une vie meilleure. Le double danger des violences imbéciles et des xénophobies odieuses menace alors la dignité de tous. La question est assez grave pour que l’on n’utilise pas n’importe quel mot pour la désigner.
Tribune de Jean-Paul Jouary parue dans Libération le 26 janvier 2015
Le dimanche 25 janvier, Jean-Paul Jouary, philosophe, auteur de "Mandela - Une philosophie en actes" était l'invité de Pierre-Edouard Deldique, dans l'émission Idées dimanche sur RFI. L'auteur nous livre ici une réflexion sur les rapports entre philosophie et politique, autour d'un personnage emblématique et historique: Nelson Mandela.
Nelson Mandela a réussi ce que peu d’êtres humains avant lui étaient parvenus à faire : imposer par la seule force de ses actes et de ses mots un respect unanime, une image de l’homme d’une élévation incontestable, une idée de la politique d’une noblesse rare. Il doit bien y avoir à cela quelques raisons de fond, qu’il serait dommage de voir bientôt enfouies sous les flots de sensations médiatiques.
Ce livre est suscité par cette crainte : vite, revenir sur les raisons qui font des actes et des paroles de Nelson Mandela un événement important, avant que le silence et les vacarmes n’ensevelissent dans l’oubli ce qui doit – absolument – en rester.
Mandela n'est pas philosophe au sens propre mais, pour l'auteur de ce livre, il est le créateur d'une philosophie en actes d'une grande richesse politique, éthique, juridique. Il faut lire cette philosophie dans son enfance, ses années de militantisme, sa vie en prison, sa façon de gouverner et de créer du droit, son art du dialogue – avec ses pires ennemis parfois. Il y a là de quoi penser une conception inédite de l'émancipation humaine.
Cet ouvrage est paru au Livre de Poche en novembre 2014.
Chaque jour des idées fondent les décisions et discours politiques. Des idées sous tendent les informations qui nous parviennent en continu... Les médias, la communication, le marketing véhiculent et imposent des idées sans en avoir l'air... Le philosophe Jean-Paul Jouary décrypte les idées à l’oeuvre dans notre société, les enjeux qu’elles recouvrent, mais aussi comment elles se forgent, leurs mouvements et frictions...
Cette nouvelle chronique hébergée par l'Humanité.fr a démarré en septembre 2014 et se poursuit en 2015, à raison d'un article par mois. Vous pouvez suivre ce blog directement en ligne.
Voici la première conférence/débat organisée par le collectif Devenons Citoyens dans un café à Paris (le Royal Jussieu). Celle-ci avait pour thème « la citoyenneté » et l'invité était Jean-Paul Jouary qui est actuellement professeur en classe préparatoire au Lycée Claude-Monet et à l’Ecole Nationale de Commerce à Paris.
Jadis membre du PCF qu’il a quitté en 2000, il a été pendant dix ans rédacteur en chef de l’hebdomadaire Révolution et, de 1981 à 1984, conseiller dans le cabinet du ministre Charles Fiterman.
Il a été professeur au lycée de Saint-Denis, chargé de cours à l’Université de Picardie. Auteur de plusieurs essais se réclamant du marxisme avec le journaliste et philosophe Arnaud Spire, il a également fait paraître une anthologie de Diderot.
Ses publications actuelles concernent la philosophie des sciences, la philosophie politique, l’art paléolithique et l’initiation aux démarches philosophiques, mais aussi l’art de la préhistoire et la gastronomie…
Dans le cadre du projet Lascaux 4 et de l'aménagement du Centre International de l’Art pariétal de Montignac-Lascaux, Jean-Paul Jouary a été chargé de concevoir les contenus de la "zone 6", une salle qui permettra d'explorer les relations entre l'art rupestre et l'art du XXe siècle.
Dans cette salle, les visiteurs pénétreront dans une galerie qui différera totalement de tout ce qu’ils auront vu auparavant. Il s’agit ici d’explorer les relations entre Lascaux, l’art du Paléolithique et l’art du XXe siècle. Tout autour d’eux et au-dessus d’eux, ils découvriront sur des écrans des « mini expositions » ou groupes d’images, organisées par les visiteurs qui les auront précédés. Ce sont des images d’œuvres d’art moderne et contemporain combinées avec des images de l’art pariétal paléolithique dans des assemblages qui ne doivent rien au hasard.
Dans cette galerie d’art virtuelle il y aura six stations interactives. Sur chacune d’entre elles un écran proposera un assemblage de quatre images. Les ensembles seront différents selon les écrans et pourront changer sur un même écran. Le visiteur qui s’approchera sera invité à jouer.
Le contenu de cette zone repose sur le travail détaillé de Jean-Paul Jouary qui a défini avec précision les relations entre les différentes images et qui a méticuleusement préparé les divers itinéraires que les visiteurs pourront emprunter.
Jérémy Wauquier et Seb Cébien du collectif Devenons Citoyens ont interviewé Jean-Paul Jouary, philosophe et essayiste, auteur d'un remarquable ouvrage sur la pensée politique de Jean-Jacques Rousseau : "Rousseau, citoyen du futur", paru en 2012.
Cet entretien est organisé autour de 10 questions clés : une question par vidéo ... Pour passer de l'une à l'autre, utilisez le menu PLAYLIST en haut à gauche du lecteur ci-dessous.
La mort de Nelson Mandela est l’occasion d’innombrables hommages à son courage, le rôle qu’il a joué dans la destruction de l’apartheid, son rayonnement planétaire, et cette fois, nulle réserve ne peut venir tempérer l’éloge de cet homme d’exception.
On pourrait ajouter une autre chose, qui demeurera même si un jour nul ne se souvient de ce que fut l’Afrique du Sud raciste : au terme de ses vingt-sept années de prison, Mandela a fait exister pratiquement une idée nouvelle de la politique, de portée universelle. Pratiquement, donc plus forte que tout ce que la théorie avait pu développer. Quelle est cette idée ? Alors que le monde entier aurait compris - pas excusé, compris - que le peuple noir d’Afrique du Sud, tant humilié, massacré, exploité par la minorité au pouvoir, célèbre sa soudaine libération par une colère irréfléchie qui aurait comme toujours dans ce genre de situation conduit à des violences meurtrières, il n’en a rien été. Les victimes n’en ressentaient pas moins les souffrances vécues et les haines qu’elles pouvaient susciter. Mais en devenant le symbole vivant de cette libération et le président de cette nation, Nelson Mandela (avec Desmond Tutu) a eu la force et l’intelligence de donner à ces sentiments violents une autre destinée : la création d’une «Commission vérité et réconciliation» permit pendant deux années, publiquement, aux anciennes victimes et leurs parents de dialoguer avec leurs anciens bourreaux, verbalisant leur douleur, acceptant ou refusant le pardon, confrontant leurs vérités divergentes.
Incroyable initiative élevant la politique à la hauteur de la philosophie et de la psychanalyse, et obligeant chacun à s’élever au-dessus de lui-même. Il s’agissait selon les termes utilisés alors de «guérir la société», de «réhabiliter la dignité humaine». Le droit aurait permis des jugements qui aurait donné une forme civilisée au désir de vengeance. Mais cette décision consista à dépasser à la fois la logique de la vengeance et celle du droit. Elle donna subitement une consistance réelle à la fameuse idée de la philosophe Hannah Arendt d’une «réconciliation avec le monde commun», à l’idée d’Aristote d’une politique fondée sur l’«Amitié», à la joyeuse sagesse d’un Spinoza. Il y avait bien de la philosophie dans cette initiative sans précédent qui créa une issue pacifique à la pire des barbaries.
Dépasser sans oublier.
C’est en Afrique du Sud que se rendirent alors ceux qui voulaient guérir le Rwanda des cicatrices de son génocide.
C’est vers Mandela aussi que se tournèrent ceux qui, en Israël et en Palestine aspiraient à rompre au Proche-Orient la spirale mortifère de haines sans rapport avec les Livres qui y fondent judaïsme et islam. Telle fut la tentative des initiateurs de la Coalition israélo-palestinienne pour la paix et du «Plan de Genève».
Telle fut la pensée en acte de Daniel Barenboïm, transportant son piano et son talent au milieu des ruines fumantes de Ramallah.
Nelson Mandela restera-t-il isolé en notre époque ou bien inspirera-t-il les humains d’avenir ? Schiller distinguait au XVIIIe siècle deux façons de ne pas être humain : être «sauvage», pris dans la spontanéité sans règles et sans valeurs du pur sentiment, ou être «barbare», étouffant ses sentiments sous l’implacable calcul de la raison abstraite. Et Schiller voyait dans l’émotion esthétique le seul moyen d’être sensible et rationnel à l’infini sans jamais se contredire. Mandela a prouvé que ce défi pouvait être lancé dans la vie politique. Du coup, il a ouvert à la politique et à la philosophie tout un univers d’inventions humanisantes.
Tribune de Jean-Paul Jouary parue dans Libération le 8 décembre 2013
A l'occasion du séminaire "De quoi demain sera-t-il fait ?", co-organisé par Espaces Marx et la Fondation Gabriel Péri, Jean-Paul Jouary est intervenu pour donner une conférence intitulée "Le présent de l'espérance", le 14 novembre 2013.
Chacun sait que sans espérance collective jamais un peuple ne trouvera la force ni de se défendre contre les diverses formes de domination, ni de conquérir de nouvelles libertés. L’espérance collective a pu s’enraciner dans des idéaux divers, religieux ou non, dans des modèles plus ou moins conceptualisés, dans des représentations plus ou moins pertinentes de telle ou telle réalité étrangère érigée en modèle, dans des "programmes" politiques déjà élaborés. Depuis toujours, les espérances collectives ont ainsi tiré l’essentiel de leur force d’un ailleurs ou d’un futur.
Du coup, c’est la présence et le présent qui se sont trouvés subordonnés à ces réalités et temporalités extérieures à l’actuel, avec des déconvenues plus ou moins cruelles, lesquelles laissent aujourd’hui un vide apparent aux terribles conséquences sociales.
En même temps, l’actuel souci de placer l’individualité et l’action locale au cœur de tout, contre toutes les formes organisationnelles et institutionnelles de la politique, peut annoncer une rupture prometteuse : la fin de l’espérance comme dépossession et l’émergence d’une espérance en soi. Peut-être ce que certains vivent comme une dépolitisation est-elle sur le fond l’essence même du politique tel que Marx s’efforçait de le penser ?