Câest quoi le problĂšme avec lâappropriation culturelle?
Traduction dâun billet de Maisha Z. Johnson - Juin 2015 pour Everyday Feminism
Vous venez d'entrer dans une fĂȘte d'Halloween. Vous pensez que vous portez un costume bad-ass, mais au lieu de recevoir des compliments, quelquâun-e vous dit que votre costume est de lâappropriation culturelle. Et vous pensez que cette accusation est ridicule. Moi? Faire quelque chose de raciste?
Vous n'aviez pas de mauvaises intentions, alors vous ne comprenez pas comment vous pourriez avoir un impact nĂ©gatif. Par ailleurs, personne n'aime qu'on lui dise qu'il ânâa pas le droitâ de faire quelque chose â et vous avez l'impression que cette personne dit que vous ne pouvez pas porter votre costume - mĂȘme si vous ne voulez blesser personne.
Bref - si vous vous demandez quel est le problÚme avec l'appropriation culturelle, je suis là . Lisez ce billet pour comprendre pourquoi les gens pourraient se fùcher si vous empruntez des éléments à une autre culture.
Quâest-ce que appropriation culturelle ? (et quâest-ce quâelle nâest pas?)
En bref: L'appropriation culturelle est lâadoption dâaspects d'une culture par quelquâun-e qui en est extĂ©rieur. Mais ça câest la dĂ©finition la plus basique.
Une compréhension plus profonde de l'appropriation culturelle fait aussi référence à une certaine dynamique de pouvoir, dans laquelle les membres d'une culture dominante reprennent des éléments culturels de personnes systématiquement opprimées par ce groupe.
C'est pourquoi l'appropriation culturelle n'est pas la mĂȘme chose que l'Ă©change culturel, quand les gens partagent des Ă©lĂ©ments culturels mutuellement - parce que l'Ă©change culturel ne comporte pas cette dynamique de domination systĂ©mique.
Ce n'est pas non plus la mĂȘme chose que l'assimilation, qui fait rĂ©fĂ©rence aux circonstances dans lesquelles les personnes marginalisĂ©es adoptent des Ă©lĂ©ments de la culture dominante par survie, dans un contexte qui leur rend la vie difficile autrement. Certain-e-s disent, par exemple, que les non-occidentaux/les qui portent des jeans et les autochtones qui parlent anglais reprennent aussi des Ă©lĂ©ments des cultures dominantes. Mais les groupes marginalisĂ©s n'ont pas le pouvoir de dĂ©cider s'ils prĂ©fĂšrent s'en tenir Ă leurs coutumes ou essayer les traditions de la culture dominante pour s'amuser. Lorsque les dernier-Ăšre-s survivant-e-s des tribus amĂ©rindiennes massacrĂ©es se battent pour sauver leur langue avant de mourir, quand les Ă©tudiant-e-s amĂ©rindien-e-s sont suspendu-e-s pour avoir parlĂ© dans leurs propres langues indigĂšnes, comme les abus pratiquĂ©s dans les pensionnats amĂ©ricains qui ont tentĂ© d'anĂ©antir les cultures amĂ©rindiennes jusque dans les annĂ©es 1980, il est clair que toutes les personnes qui parlaient anglais ne le faisaient pas par choix.
En d'autres termes, il faut prendre en compte le contexte.
Ce qui signifie qu'il ne s'agit pas de dire que vous, en tant quâindividu-e, ĂȘtes une mauvaise personne si vous prenez des Ă©lĂ©ments de la culture de quelquâun-e d'autre. C'est une question compliquĂ©e qui rassemble notre histoire, situation actuelle, et avenir, quand nous agissons pour Ă©liminer les systĂšmes dâoppression au lieu de les perpĂ©tuer.
Donc, si vous ĂȘtes toujours dĂ©concertĂ©-e-s quand vous voyez les gens se fĂącher lĂ dessus, considĂ©rez les contextes suivants.
1. Lâappropriation culturelle trivialise une histoire dâoppression violente
Pour vous, il peut ĂȘtre trĂšs difficile d'abandonner quelque chose que vous avez empruntĂ© Ă une autre culture et que vous avez incorporĂ© dans votre vie, surtout si cela a un sens pour vous. Par exemple, les propriĂ©taires et les fans de l'Ă©quipe de la NFL, les âRougesâ de Washington, ont largement dĂ©fendu leur nom, en ayant recours Ă toutes les justifications, telles que «honorer les Indiens», «respecter la tradition» et «vous ĂȘtes trop sensibles», en rĂ©action aux activistes amĂ©rindien-ne-s appelant Ă la fin de ces mascottes. Les fans et la NFL sont Ă©motionnellement et financiĂšrement investi-e-s dans le nom et ne veulent pas prendre de temps et d'argent pour le changer. Ce qui a du sens.
Mais considĂ©rez ceci: Lorsque la violence cible systĂ©matiquement un groupe de personnes, par un gĂ©nocide, l'esclavage ou la colonisation, le traumatisme qui en rĂ©sulte se transmet de gĂ©nĂ©ration en gĂ©nĂ©ration. Voici ce qui est en jeu pour les AmĂ©rindien-ne-s: Le terme âp*** r**geâ provient du temps oĂč les gouvernements et les entreprises coloniales et Ă©tatiques payaient les Blanc-he-s pour tuer les AmĂ©rindien-ne-s et utilisaient leurs scalps ou mĂȘme leurs organes gĂ©nitaux (pour prouver leur sexe), ou âpeaux rougesâ, comme preuve de leur victime.
Compte tenu de cette histoire, est-ce une surprise que tant dâAmĂ©rindien-ne-s soient fĂąchĂ©-e-s contre les amateur-ice-s de football qui pensent quâils/elles «honorent» les AmĂ©rindien-ne-s avec cette mascotte et ces justifications ? Nous devrions avoir honte de cette Ă©poque de notre histoire - et nous devrions travailler pour en rĂ©parer les dĂ©gĂąts. Mais au lieu de cela, la NFL (et d'autres Ă©quipes sportives) insistent pour cĂ©lĂ©brer le gĂ©nocide d'un peuple pour le plaisir et le profit.
2. Lâappropriation culturelle permet aux personnes de montrer leur goĂ»t pour une culture tout en restant intolĂ©rantes
Les Blanc-he-s ne demandent pas Ă naĂźtre avec des privilĂšges, mais ce quâils et elles choisissent dâen faire, c'est une autre histoire.
Dans la rĂ©gion de la baie de San Francisco, je vois des gens prendre ce qu'ils veulent dâune culture, sans vouloir sây associer, tout le temps. Ici, des personnes arrivĂ©es rĂ©cemment dans la rĂ©gion Ă©crivent des critiques sur Yelp cherchant de la ânourriture mexicaine authentiqueâ mais pas dans les âquartiers chaudsâ - câest Ă dire, ce qu'ils appellent gĂ©nĂ©ralement les quartiers qui comprennent un plus grand nombre de personnes racisĂ©es. Les Yelpers obtiennent ce qu'ils veulent, au moins en termes de quartier, car la gentrification pousse rapidement les personnes racisĂ©es hors de leurs maisons, et les Blanc-he-s commencent Ă ouvrir des restaurants gastronomiques âethniquesâ.
C'est comme ça que ça se passe avec l'appropriation culturelle: il nây a pas de partage pour quâil y en ai plus pour tout le monde, mais un diffĂ©rentiel de pouvoir avantage les blanc-he-s aisĂ©-e-s et dĂ©savantage les personnes racisĂ©es pauvres.
Et tout ça repose sur le fait quâon vit dans un monde dans lequel les Blanc-he-s racistes peuvent essentiellement dire «Nous voulons votre fond de commerce, mais nous ne vous aimons pas» en appropriant les traditions des gens tout en Ă©tant biaisĂ©-e-s contre ce quâils sont en tant que personne.
L'appropriation culturelle montre que vous n'ĂȘtes pas obligĂ©-e d'aimer une personne ou de respecter son identitĂ© pour avoir le droit de leur prendre des choses.
Est-ce que toute personne non-mexicaine qui profite d'un bon burrito est coupable d'appropriation culturelle? Ne me dites pas ça! Cela mâinclurait et presque toutes mes connaissances. Mais maintenant que vous savez que la popularisation de la nourriture âethniqueâ peut ĂȘtre un moyen de nuire Ă un groupe de personnes tout en reprenant leurs traditions, vous pouvez penser Ă des façons de satisfaire vos envies alimentaires internationales sans participer Ă ce mal.
3. Lâappropriation culturelle rend certaines choses «cool» pour les Blanc-he-s mais trop âethniqueâ pour les personnes racisĂ©esÂ
Les Ătats-Unis sont une sociĂ©tĂ© dominĂ©e par les Blanc-he-s, et si vous en cherchez la preuve, regardez comment les migrant-e-s, AmĂ©rindien-ne-s et les gens racisĂ©s sont critiquĂ©-e-s sur tout ce qui nous distingue des AmĂ©ricain-e-s blanc-he-s.
Par exemple, les normes de professionnalisme excluent toutes sortes de personnes qui ne sont pas des hommes blancs. En tant que femme noire, il y a beaucoup d'emplois qui me sont hors dâatteinte si je porte des tresses, des dreadlocks, ou une afro - soit les façons les plus naturelles de porter mes cheveux. Pour moi, porter mes cheveux au naturel est une dĂ©claration chargĂ©e de sens, que je crois en ma beautĂ© naturelle. Il est risquĂ© de faire cette dĂ©claration dans une sociĂ©tĂ© qui dit que je dois aspirer Ă la blanchitĂ©.
Comparez cela Ă comment les magazines de mode parlent des tresses âĂ©piquesâ de Kylie Jenner, ou de ses dreadlocks âtendanceâ.
Quand les femmes noires doivent se battre pour l'acceptation - alors que les mĂȘmes styles sont admirĂ©s chez une jeune femme blanche, quel message cela envoie-t-il aux femmes et aux filles noires? Cela nous renvoie que notre beautĂ© naturelle n'est pas belle du tout - et que nos caractĂ©ristiques ne sont attrayantes que lorsqu'elles sont adoptĂ©es par des femmes blanches.
4. Lâappropriation culturelle permet aux personnes privilĂ©giĂ©es de profiter du travail des personnes opprimĂ©esÂ
SupposĂ©ment, dans les bon vieux USA, nous sommes tou-te-s libres de poursuivre le rĂȘve amĂ©ricain capitaliste de construire notre propre richesse.
Mais en réalité, ce n'est pas si simple.
Pour beaucoup de gens, des barriĂšres comme la classe sociale, le racisme et la xĂ©nophobie signifient qu'ils n'ont pas l'apparence, le langage ou la position privilĂ©giĂ©e pour gagner de l'argent avec leurs outils culturels spĂ©cifiques - et pourtant souvent, les Blanc-he-s peuvent utiliser ces mĂȘmes outils culturels et en tirer profit, blessant ainsi la communautĂ© Ă qui ils empruntent.
Ainsi, par exemple, une femme blanche de classe moyenne entre dans la spiritualitĂ© amĂ©rindienne et y voit l'occasion de dĂ©marrer une entreprise en fonction de ce qu'elle a appris. Cela peut sembler assez innocent. Elle a un intĂ©rĂȘt et elle veut en tirer de l'argent. C'est le rĂȘve, non?
Mais le problÚme est que pour vendre ses produits, elle doit participer à un systÚme discriminant. Ce systÚme comprend des politiques du gouvernement fédéral qui rendent difficile aux Amérindien-ne-s de lancer leur propre entreprise, ainsi qu'une culture professionnelle dans laquelle les femmes blanches et les femmes de la classe moyenne peuvent s'adapter plus facilement que les femmes amérindiennes pauvres.
Ainsi, alors qu'elle profite des femmes amĂ©rindiennes dont elle a adoptĂ© les produits, ces derniĂšres naviguent des cycles de pauvretĂ© et de chĂŽmage dont il est difficile de sâextraire. Ainsi, les femmes blanches dominent l'industrie des produits New Age, avec des versions Ă©dulcorĂ©es des pratiques de spiritualitĂ© amĂ©rindienne, noyant les voix amĂ©rindiennes exprimant ce dont les communautĂ©s amĂ©rindiennes ont besoin pour survivre.
Dans son essai fantastique "Pour tous ceux qui étaient Amérindiens dans une vie antérieure", Andrea Smith déconstruit comment tout cela se déroule quand les féministes blanches revendiquent la spiritualité indienne et "veulent devenir Indiennes sans rendre des comptes aux communautés indiennes".
Quelquâun-e vivant avec le privilĂšge blanc et le privilĂšge de classe a d'autres options pour gagner un revenu, ainsi ils/elles n'ont pas besoin de profiter du travail ou de la culture de quelquâun-e d'autre. Et les risques encourus par les personnes marginalisĂ©es montrent qu'il est plus Ă©thique de suivre une autre voie.
5. Lâappropriation culturelle permet Ă certaines personnes d'ĂȘtre rĂ©compensĂ©es pour des choses pour lesquelles leurs crĂ©ateur- ice-s n'ont jamais Ă©tĂ© crĂ©ditĂ©-e-s
Qui vous vient à l'esprit quand on pense au rock and roll? Est-ce une personne blanche? Qui a commencé le rock and roll selon vous? Est-ce Elvis Presley, le soi-disant "roi du rock and roll"?
Surprise! Le rock and roll est sorti du blues et a d'abord été largement façonné par des artistes noir-e-s. Le problÚme était que dans les années 1950, les Blanc-he-s racistes étaient clair-e-s sur le fait qu'ils ne voulaient pas soutenir un-e artiste noir-e. Alors devinez ce qu'ils ont fait.
L'industrie du disque a mis sur scĂšne des stars blanches populaires qui ont façonnĂ© un look et un son traditionnel, dâaprĂšs les artistes noir-e-s quâun public raciste blanc nâaurait jamais soutenu. Sam Phillips, le recordman qui a dĂ©couvert Elvis, l'a rĂ©sumĂ© quand il a dit: âSi je pouvais trouver un homme blanc qui avait le son noir et un feeling noir, je pourrais gagner un milliard de dollars.â
Et bien qu'Elvis n'ait jamais prétendu l'avoir lancé (et était clair à propos des artistes noir-e-s qui l'ont influencé), nos médias ont réécrit l'histoire pour prétendre qu'Elvis a inventé le rock and roll. Et maintenant, il est difficile de penser que le rock and roll a toujours été une musique issue de la communauté noire. Avez-vous déjà entendu parler de Sister Rosetta Tharpe?
Cette tradition dââemprunterâ Ă des artistes noir-e-s et de promouvoir des artistes blanc-he-s par rapport Ă des artistes noir-e-s plus talentueux continue de faire vendre des milliards de disques aujourd'hui.
Quand Iggy Azalea accĂšde Ă la cĂ©lĂ©britĂ© et la fortune grĂące Ă l'imitation en blackface, les personnes noires et les fans de hip-hop se fĂąchent lĂ©gitimement. Lorsque Macklemore a remportĂ© quatre Grammy Awards, mĂȘme Macklemore est confus et pense que Kendrick Lamar aurait dĂ» gagner le meilleur album de rap.
Parcourez les nominations pour de nombreux grands prix pour avoir une idĂ©e dâĂ quel point blanchitĂ© rime avec grandeur dans la conscience des Ătats-Unis. Repensez ensuite au mythe selon lequel les gens qui rĂ©ussissent rĂ©ussissent parce qu'ils travaillent le plus.
6. Lâappropriation culturelle rĂ©pand des mensonges sur les cultures marginalisĂ©es
Les gens disent que le partage entre les cultures est supposé nous aider à apprendre, mais l'appropriation culturelle nous enseigne les mauvaises leçons.
Souvent, notre rĂ©fĂ©rence la plus commune Ă quelque chose d'atroce dĂ©forme la vĂ©ritĂ©, donnant lâidĂ©e que tout ça est drĂŽle ou amusant.
Par exemple, quand on pense à la vraie histoire de Pocahontas, que votre fille se déguise en elle pour Halloween est assez dérangeant. La vraie Pocahontas, dont le prénom était Matoaka, a été enlevée à l'adolescence, forcée d'épouser un Anglais (pas John Smith, en passant), et utilisée comme propagande par racisme avant de mourir à l'ùge de 21 ans.
Et on dirait presque que cette propagande n'a jamais pris fin, car nos leçons populaires sur ce qui s'est passé entre les colons colonisateurs et les peuples amérindiens dépeignent les Amérindien-ne-s comme des sauvages, ou comme des personnes heureux-ses et mystiques, ou comme totalement absent-e-s.
Nous n'entendons pas les vraies histoires, et la plupart d'entre nous ne vivent pas avec un lien direct Ă leur souffrance.
Est-ce que la vĂ©ritĂ© compte, quand il s'agit d'une petite fille qui essaie juste de profiter de Halloween ? Vous pourriez le penser si elle voulait s'habiller en quelqu'un dont lâhistoire tragique est plus familiĂšre, comme Anne Frank.
Ce sont deux filles avec des histoires poignantes. Mais beaucoup d'entre nous pensent que banaliser la vie d'Anne Frank serait de trÚs mauvais goût. Pouvez-vous imaginer le tollé si Disney essayait de romancer son journal en l'élevant dans une jeune femme avec une histoire d'amour avec un officier nazi et une fin heureuse?
Maintenant, imaginez si ce film de Disney était la principale référence de la culture dominante sur la Shoah. Et si elle était vendue aux Allemand-e-s, on leur aurait dit que les personnages historiques qui opprimaient le peuple juif étaient les héros de leur pays.
Dégueu, n'est-ce pas?
Comment tant d'entre nous peuvent-ils ĂȘtre si insensibles aux histoires de certaines victimes que nous pouvons les transformer en costumes? Cela montre le privilĂšge - et un Ă©norme Ă©chec de notre systĂšme Ă©ducatif. Nous ne devrions pas minimiser l'injustice pour agir sur ce privilĂšge.
7. Lâappropriation culturelle perpĂ©tue les stĂ©rĂ©otypes racistes
Comme le dit Dr. Adrienne Keene de Native Appropriations : âVous prĂ©tendez faire partie dâun groupe racisĂ©, et vous utilisez des stĂ©rĂ©otypes pour le faire.â
Katy Perry, par exemple, a déclaré que sa performance en tant que geisha lors des American Music Awards 2013 était un hommage à la culture japonaise. Mais elle a complÚtement déformé ce qu'elle prétendait honorer - et a utilisé une plate-forme massive pour perpétuer des stéréotypes négatifs, trop communs sur les femmes asiatiques.
Avec son single "Unconditionally", Perry a chanté l'amour éternel en jouant l'image d'un objet sexuel passif et soumis d'une femme asiatique.
Pour elle, c'Ă©tait juste un personnage - mais cette image stĂ©rĂ©otypĂ©e a de rĂ©elles consĂ©quences pour les femmes asiatiques aux Ătats-Unis. Leurs expĂ©riences de rencontres, de harcĂšlement sexuel racialisĂ© et de fĂ©tichisation rĂ©vĂšlent que les Blanc-he-s s'attendent Ă ce que les femmes asiatiques soient Ă la hauteur du stĂ©rĂ©otype de la âgeisha exotiqueâ d'ĂȘtre soumise sexuellement et docile.
Lauren Smash a dĂ©crit ses expĂ©riences dans "Yellow Fever: La vie amoureuse dâune femme asiatique" comme ceci: âIl est (...) dĂ©shumanisant d'ĂȘtre constamment comparĂ©e Ă un stĂ©rĂ©otype et d'avoir des gens qui vous poursuivent non comme une personne, mais comme une incarnation des stĂ©rĂ©otypes qu'ils mobilisent pour vous dĂ©finir.â
AprĂšs ses performances, Katy Perry peut enlever le costume et profiter des millions de dollars que cela rapporte, et retourner Ă celles et ceux qui la voient comme un ĂȘtre humain dynamique, et non pas une caricature discrĂšte.
D'un autre cÎté, les femmes asiatiques devront faire face aux normes sociales racistes et sexistes que Perry a contribué à perpétuer, ce qui arrive quand la seule image dominante de votre sexualité est un stéréotype négatif renforcé par l'appropriation culturelle.
Il n'est certainement pas inoffensif ou respectueux de déformer la culture des gens et de répandre des mythes toxiques qui leur nuisent.
8. Les Blanc-he-s peuvent librement faire ce que les personnes racisées ont été punies pour avoir fait
Voir des Blanc-he-s insouciant-e-s profiter de pratiques pour lesquelles vos ancĂȘtres ont Ă©tĂ© puni-e-s est comme recevoir une gifle en pleine figure. C'est aussi un rappel troublant que le processus de confiscation de nos pratiques n'est pas terminĂ©, car les Blanc-he-s finissent par avoir plus accĂšs Ă nos pratiques que nous.
La tendance montante du yoga aux Ătats-Unis en est un exemple.
Saviez-vous que le yoga Ă©tait autrefois interdit en Inde dans le cadre des rĂ©cits racistes et orientalistes qui caractĂ©risaient les Indien-ne-s comme des âpaĂŻen-ne-s mal-intentionnĂ©-e-sâ qui devaient se conformer aux rĂšgles occidentales? Les groups de yogis qui ont rĂ©sistĂ© Ă l'interdiction se sont levĂ©es pour dĂ©fier la domination britannique oppressive.
Ces jours-ci, il semble que le yoga est partout, et les pratiquant-e-s n'ont pas Ă dĂ©fier les rĂšgles du gouvernement pour ce faire. Cela peut faire Ă©voquer des choses trĂšs sensibles de se dire que les personnes qui ne sont pas originaires du sud de lâAsie qui pratiquent le yoga s'approprient la culture, parce que la pratique profite Ă beaucoup de gens Ă travers les Ătats-Unis.
Mais vous savez qui ne bĂ©nĂ©ficie pas de la commercialisation du yoga comme les femmes blanches de la classe moyenne? Les personnes dâAsie du sud pour qui le yoga a une signification culturelle et religieuse profonde.
Un moment Ă©mouvant dans cette discussion avec des professeur-e-s sud-asiatiques de yoga du groupe South Asian Art & Perspectives on Yoga and America (SAAPYA) montre les explications d'une femme en larmes sur la façon dont les aĂźnĂ©-e-s de sa communautĂ© n'ont pas accĂšs aux studios de yoga qui dominent lâindustrie, avec une pratique qui leur est si prĂ©cieuse.
Comme l'écrit Susanna Barkataki, séparer le yoga de ses véritables racines et objectifs, et des gens qui ont dû se battre pour le maintenir en vie, signifie «éradiquer la véritable pratique, comme cela a été accompli dans de nombreux endroits sous l'occupation britannique de l'Inde».
Il y a une raison pour laquelle les Britanniques ont utilisĂ© les attaques contre le yoga comme un outil pour opprimer tout un pays. Le retrait d'une ressource culturellement significative de bien-ĂȘtre et de spiritualitĂ© est une façon de dĂ©chirer les liens essentiels qui aident les gens Ă survivre. C'est ce que fait aujourd'hui la commercialisation du yoga pour les Sud-Asiatiques - en augmentant l'accĂšs des personnes blanches, tout en continuant Ă l'Ă©loigner des gens qui ont dĂ» se battre pour la maintenir en vie en premier lieu.
Barkataki dit aussi que cela ne signifie pas que les personnes blanches ne peuvent pas pratiquer le yoga. Mais si vous le faites d'une maniĂšre qui contribue Ă exclure les Indien-ne-s, Ă prioriser les dĂ©sirs des pratiquant-e-s blanc-he-s sur les besoins des personnes dâAsie du sud, ou Ă faire des Blanc-he-s l'image du yoga, vous faites partie du problĂšme.
9. Lâappropriation culturelle fait passer les sentiments des personnes privilĂ©giĂ©es avant la justice pour les personnes marginalisĂ©es
L'un des principaux refus Ă mettre fin Ă l'appropriation culturelle est la justification par la âlibertĂ© dâexpressionâ.
Vous devriez avoir le droit de vous exprimer comme vous le souhaitez - et vous le faites. Personne ne peut vous forcer Ă cesser de prendre des choses d'autres cultures. Les personnes marginalisĂ©es dont les cultures sont appropriĂ©es n'ont pas le pouvoir institutionnel de vous forcer Ă arrĂȘter, mĂȘme si elles le voulaient.
Mais prĂ©tendre que la culture dominante a le droit de prendre librement Ă des groupes opprimĂ©s ressemble beaucoup au mensonge du âfardeau de l'homme blancâ du passĂ©. Les colonisateurs ont utilisĂ© ce concept pour affirmer qu'ils avaient le âdevoirâ de prendre possession de la terre, des ressources et de l'identitĂ© des peuples amĂ©rindiens - en essayant de justifier tout, de l'esclavage au gĂ©nocide.
Nous avons beaucoup de travail Ă faire pour guĂ©rir de l'impact de l'oppression du passĂ© jusqu'Ă aujourdâhui. De nombreux exemples d'appropriation culturelle peuvent sembler peu importants,  comme si nous devions nous prĂ©occuper de choses âplus importantesâ.
Mais changer les habitudes oppressives quotidiennes est une Ă©norme partie du travail. C'est l'une des façons dont nous pouvons arrĂȘter de dĂ©shumaniser, effacer et exclure les personnes racisĂ©es.
Si le choix se pose entre votre libertĂ© de porter un costume parce que cela pourrait ĂȘtre amusant, ou la capacitĂ© d'un groupe Ă maintenir le caractĂšre sacrĂ© d'une tradition qui les aide Ă rĂ©sister, il est clair quâĂ©viter le costume vous place du cĂŽtĂ© de la rĂ©sistance Ă lâoppression .
Et, devinez quoi : C'est le cĂŽtĂ© que vous devriez choisir.Â
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Je ne dis pas que vous ne pouvez pas profiter de la cuisine mexicaine si vous n'ĂȘtes pas mexicain-e, ou pratiquer une pratique inspirĂ©e du yoga si vous n'ĂȘtes pas indien-ne, ou utiliser une autre pratique culturellement spĂ©cifique aux Ătats-Unis.
Mais je vous encourage à réfléchir à l'utilisation des choses d'autres cultures, à considérer le contexte et à apprendre les meilleures pratiques pour faire preuve de respect.
Peut-ĂȘtre que vous avez portĂ© un costume dont vous ne connaissiez pas lâhistoire violente, ou que vous aviez l'intention d'honorer une culture sans rĂ©aliser que câĂ©tait offensant. Ou vous avez appris sur ces histoires oppressives, mais vous rĂ©alisez maintenant que ce que vous avez appris n'Ă©tait mĂȘme pas proche de toute la vĂ©ritĂ©.
Alors maintenant, quelle est votre prochaine étape dans l'intégration de cette information dans votre travail antiraciste? Défier les stéréotypes? Dénoncer l'appropriation quand vous la voyez? Passer le mot sur le besoin urgent de changer la façon inexacte dont nous enseignons les luttes des personnes opprimées?
Au moins, vous savez que vous avez des alternatives Ă lâirrespect de cultures qui ne sont pas les vĂŽtres.
Ne continuez pas à rendre les autres cultures invisibles via les ambitions de «melting-pot» de notre société. Faites de la place pour que nous puissions tou-te-s nous épanouir en nous amusant sans oppression.
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Maisha Z. Johnson est chargée du contenu numérique et rédactrice en chef de Everyday Feminism. Vous pouvez la trouver en train d'écrire aux intersections et se livrer sans vergogne à son obsession de la culture pop sur le web. Dans le passé Maisha travaillait à la Communauté unie contre la violence (CUAV), la plus ancienne organisation anti-violence LGBTQ du pays, et Fired Up !, un programme de la California Coalition for Women Prisoners. Grùce à son propre projet, Inkblot Arts, Maisha puise dans les arts créatifs et les médias numériques pour amplifier les voix de ceux qui sont souvent réduits au silence. Vous pouvez la suivre sur Facebook ou suivez-la sur Twitter @mzjwords.
Via la page Facebook Parlons privilĂšge blanc.









