Guts over fear
Lorsque j'ai commencé à dire autour de moi que j'allais voyager seule pendant 3 mois, j'ai assisté à plusieurs types de réactions : - ceux qui me connaissent bien n'étaient pas surpris, car ils savent que j'avais ce projet depuis longtemps - certains ont cherché une explication : pourquoi partir si longtemps, si loin et seule ? Qu'est ce que je cherchais à fuir ? Étais-je malheureuse à Paris ? - beaucoup ont semblé m'envier, car ils partagent secrètement le même rêve mais n'ont pas encore osé le réaliser. J’ai toujours aimé voyager, et aussi loin que je me souvienne j’ai toujours rêver de partir plusieurs mois. Je ne fuis rien, j’aime ma vie à Paris, mais la découverte d’autres paysages, cultures et personnes est essentielle pour mon épanouissement. Faut-il vraiment une raison pour justifier un voyage autre que celle d’avoir envie de découvrir le monde ?
Villageoise dans un village Karen près de Mae Sot, Thaïlande
Cela peut paraître ridicule, mais j'ai mis des années avant de me lancer. Un long voyage se prépare, il faut pouvoir le financer, organiser son absence. Et surtout se sentir prêt. Pour moi le vrai challenge était de partir seule. J'ai longtemps attendu que quelqu'un soit prêt à le faire avec moi, mais a t'on vraiment besoin de quelqu'un d'autre pour réaliser nos rêves ? Aujourd'hui je me demande ce qui a pu me freiner jusque là, car cela me paraît si facile maintenant que je l'ai fait !
Évidemment il y a eu des moments difficiles. Voyager seule c'est se sentir isolée parfois. Vous vous acclimatez à un lieu, un pays, et il faut déjà en partir, faire de nouvelles rencontres. Il y a certains jours où vous êtes seule face à vos choix, où vous aimeriez bien que quelqu'un vous aide à prendre des décisions. Des moments où vous auriez besoin de partager ce que vous vivez avec ceux que vous aimez, et à distance, c'est quasi impossible. Comment faire comprendre à vos proches ce que vous vivez, en quelques mots ? Mais la plupart du temps, les jours passent et vous surprennent toujours plus.
Petite fille à Ngapali, Myanmar
J’aurais appris beaucoup sur moi-même pendant ces quelques semaines, et beaucoup sur les autres. J’ai découvert aussi une autre façon de voyager. Car voyager longtemps, sans rien prévoir, c'est se donner le temps de ne rien faire, prendre le pouls des endroits qui vous accueillent. Aucun planning, aucune échéance, vous aimez vous restez, vous en avez marre vous partez ailleurs. C'est cette liberté que j'aurais le plus appréciée. Au fur et à mesure des semaines vous décrochez de plus en plus de votre quotidien, oubliez les news, perdez la notion du temps, donnez moins de vos nouvelles.
Mariage traditionnel birman dans les environs de Mae Sot, Thaîlande
Mais un voyage est surtout fait de rencontres. J'ai croisé la route de dizaines de personnes pendant ces 3 mois, de tout âge et tout horizon. Parmi celles qui m'ont marquées, il y a ce couple du sud ouest de la France avec leur fille de 4 ans, ils voyageaient pendant 7 mois. Lui avait négocié son départ, elle organisé une disponibilité. La petite Lily avait l'air de s'adapter très facilement à sa vie de baroudeuse et semblait très heureuse. Il y a eu aussi cette famille canadienne en voyage pour 1 an, avec leurs 2 enfants, l’un de 18 ans déjà diplômé, le second 14 ans, scolarisé à distance par internet. Pour le couple, la vraie valeur de cette aventure était de passer du temps précieux en famille. Voyager ensemble 24h/24, cela rapproche, et on apprend à mieux se connaître, même entre parents, enfants, frères et sœurs ! J'ai fait aussi la connaissance de Catherine, écossaise, presque 60 ans. Ancienne avocate, elle a il y a quelques années réalisé que si elle souhaitait voir d'autres contrées c'était un peu "maintenant ou jamais". Elle a donc quitté son job, mis sa maison en location, et est partie. Elle voyage depuis 5 ans maintenant, tout en rentrant régulièrement pour voir ses enfants. Elle pense qu'elle voyagera moins lorsqu'elle aura des petits enfants, alors d'ici là elle en profite. Ou encore Doris, autrichienne, 39 ans, qui depuis des années rêvait de voyager et s'est enfin décidé après une rupture amoureuse. Elle a quitté ce job qu'elle n'aimait plus et est partie sans date de retour.
Stella, Lily et Chabi au Mont Popa, Myanmar
Tous ces voyageurs sont très différents les uns des autres. Mais tous ont un point commun : ils se sont un jour décidés à réaliser ce voyage dont ils rêvaient tant, ont pris le temps de le préparer (argent, travail, logement) et se sont lancés. Au fil des rencontres j'ai réalisé à quel point nous nous mettons parfois des barrières qui n'existent pas - moi la 1ère. Tout est question de volonté et d'envie. Le plus souvent, ce qui nous freine dans la réalisation de projets personnels n'est ni le temps, ni l'argent, ni les conditions familiales, mais la peur. La peur de faire une erreur, de se planter, de modifier des habitudes, de ne pas y arriver. La peur de l'inconnu. Evidemment l'argent, un parent malade ou des enfants sont des freins réels, mais est-ce qu'ils ne sont pas trop souvent des excuses ? Nous ne rêvons pas tous de voyager. Certains rêvent de changer de vie, d'autres plus simplement de se mettre au yoga, à la cuisine, écrire un roman, déménager, ... sans oser le faire. J'ai vécu en 3 mois tellement de choses, rencontré tant de personnes extraordinaires, vu tant de joie et de sourires, j'ai du mal à exprimer ces sensations. De retour à Paris, ma vie quotidienne va reprendre son cours. Mais les souvenirs resteront. Aujourd’hui je suis heureuse d'avoir dépassé la peur de partir seule.
Il y a cette phrase que vous pouvez lire dans les bureaux de Facebook :
Alors et vous, que feriez-vous si vous n'aviez pas peur ?















