14 mars 2012: décÚs du cinéaste et réalisateur Pierre Schoendoerffer.
AppelĂ© pour son service militaire, il rentre en France. Ă la lecture du Figaro il est frappĂ© par un article de Serge Bromberger sur le camĂ©raman Georges Kowal qui vient d'ĂȘtre tuĂ©. Il s'inscrit comme volontaire pour partir le remplacer en Indochine. Il est nommĂ© caporal, puis caporal-chef. Il filme la guerre de 1952 Ă la chute de la bataille de Ăiá»n BiĂȘn Phá»§ en 1954 oĂč il est fait prisonnier avec toute la garnison.
Libéré fin août par les accords de GenÚve, il reste en Indochine et se fait démobiliser sur place en janvier 1955. Il devient alors photographe pour de grands magazines étrangers et, avec le pécule que lui rapportent ses reportages photographiques, il décide de boucler son tour du monde en rentrant par l'Est.
Ă Hong Kong, il rencontre Kessel Ă qui il fait part de son dĂ©sir de devenir cinĂ©aste. Kessel lui promet de l'aider, et lorsqu'il le revoit Ă Paris, il l'impose Ă un jeune producteur, Georges de Beauregard, pour tourner en 1956, en Afghanistan, le film que lui, Kessel, a Ă©crit La Passe du diable. D'autres films suivront : Ramuntcho et PĂȘcheur d'Islande (adaptations des romans Ă©ponymes de Pierre Loti).
En 1963, il écrit La 317e Section qui devient en 1964, un film de fiction, proche du documentaire, sur la guerre d'Indochine et obtient le prix du scénario à Cannes.
TournĂ© au Cambodge, il s'agit d'un des rares films rĂ©alisĂ©s sur la guerre d'Indochine. Pierre Schoendoerffer, qui a Ă©tĂ© cinĂ©aste aux armĂ©es pendant cette guerre et a notamment participĂ© au siĂšge de DiĂȘn BiĂȘn Phu, a voulu donner un rĂ©alisme quasi documentaire Ă son film avec une prise de vue faite camĂ©ra Ă l'Ă©paule. Pendant un mois, il a obligĂ© acteurs et techniciens Ă vivre et Ă bivouaquer au cĆur de la forĂȘt cambodgienne, rendant le tournage particuliĂšrement pĂ©nible. « J'ai imposĂ© Ă tout le monde la vie militaire, dira le cinĂ©aste. Un film sur la guerre ne peut pas se faire dans le confort. Tous les matins, nous nous levions Ă 5 heures et nous partions en expĂ©dition Ă travers la jungle. Nous Ă©tions ravitaillĂ©s par avion toutes les semaines. La pellicule Ă©tait expĂ©diĂ©e Ă Paris dans les mĂȘmes conditions. De lĂ -bas, on nous rĂ©pondait tĂ©lĂ©graphiquement 'Bon' ou 'Pas bon'. »
Jacques Perrin interprĂšte le personnage du sous-lieutenant Torrens et Bruno Cremer celui de l'adjudant Willsdorff, frĂšre du lieutenant de vaisseau Willsdorff, dont il est question dans Le Crabe-tambour, autre film de Pierre Schoendoerffer.
Le film raconte l'histoire de la dramatique évacuation de la garnison d'un poste isolé, une section locale supplétive ravitaillée par voie aérienne, et de son pénible repli jusqu'à son anéantissement.
Si le roman dĂ©bute le 26 avril 1953, l'histoire du film dĂ©bute le 4 mai 1954 et se finit Ă la bataille de DiĂȘn BiĂȘn Phu. Ce changement de datation donne l'impression d'un dramatique effondrement gĂ©nĂ©ral dans cette longue marche oĂč fondent les effectifs, ce qui n'est pas sans rappeler le thĂšme de La Patrouille perdue. Tout un monde s'effondre, les populations les plus amicales ne savent plus que conseiller « Di vĂȘ mau lĂȘn » (« Partir vite ! »).
La version longue d'Apocalypse Now, Apocalypse Now Redux, qui incorpore des scĂšnes inĂ©dites avec Aurore ClĂ©ment, contient une rĂ©fĂ©rence explicite Ă La 317e Section Ă travers la mĂ©taphore de l'Ćuf (« Le blanc part mais le jaune reste »).
Pierre Schoendoerffer, certains de ses collaborateurs, tels le chef-opérateur Raoul Coutard, les comédiens Jacques Perrin et Boramy Tioulong, ont évoqué en détail l'expérience unique qu'a été pour eux le tournage au Cambodge de La 317e Section dans le documentaire Pierre Schoendoerffer, la sentinelle de la mémoire réalisé en 60 minutes par Raphaël Millet en 2011.