Je conserve le souvenir d'une chambre au parfum de havane tiédi par l'estivale fraîcheur des nuits fauves s'y faufilant, pleines d'intempéries sauvages. Je vois et sens tout, du fantasme pur à ce que je n'ai pas encore fait vivre à l'être adulé ; de l'omnipotent onanisme à la réalité trouble.
Nos peaux à moitié cramoisies par les répétées éraflures du soleil, ses hanches sous l'emprise de la veille et mes épaules assaillies par ses ongles et les ultraviolets, nous serions bercés par les litanies lunaires, muettes oeillades comblant de grâce les faubourgs où nos existences auraient retrouvé leur désinvolture. Il y aurait une télévision minable, des chaînes pas nettes et nos sandales recouvertes de sable dans le couloir d'entrée. Le premier haut part innocemment, ce n'est pas le mien, et je cache avec une conviction faussée le désir raidissant mes os en riant nerveusement afin de les secouer un peu. Son regard est empli d'amusement et de soupçon. Ainsi, la malicieuse déité s'enorgueillit du culte que je lui voue, vulnérable et fidèle que je suis.
Elle s'apprête à se doucher, et alors je la retiens parce que je la veux maquillée des borées océaniques ; je la veux aussi salée que l'eau où nous nous sommes plus tôt baignés, lorgnée de grains dorés. Je veux l'odeur véritable de son corps et en cette divinité échappée des cieux sentir l'étreinte de Poséidon pour goûter à la septième mer ; la déloger de son aérien royaume pour l'entraîner dans les poumons de la terre.
La moiteur draine de nos corps leur synergie, violemment palpable, et leurs enflements sous des jeux de paumes – égarement prémédité, aussi prévisible qu'espéré et avec en guise de signal un baiser au goût écarlate. Je suis gangrené par l'amour, et s'il s'était humainement traduit par un respectable silence au lieu des répandus, acclamés et saccadés soupirs, j'aurais tant bien que mal gravi les monts érigés par l'Olympe et ses dérives en mesurant la distance de nos lèvres.
Hélas, j'ai faim de ma moitié tel qu'un loup ne connaissant pas la crainte des chasseurs. J'ai faim d'elle, de sa chair tendre, façonnée par l'apparente fermeté de ses cuisses, que je verrais bien fondre et louvoyer sous mes crocs et mes griffes. J'ai faim des supplices à infliger, des incendies à foutre en plein champs de pâquerettes tapis sous un épiderme craintif et sensible.
Sexe, drogue dure, ecstasy à laisser crever sur le bout de la langue. Sexe fort, sexe qui rend le cœur faible, jamais loin de défaillir, et donc sexe où il y a plus que ça, plus que les retours de flammes vivifiant les reins et les draps, car il y a l'amour. Dès lors, ce n'est même plus l'amour qui se fait, c'est l'amour qui se donne, qui se trahit, qui se débat entre des bras se serrant fort pour se faire la guerre. Des injures sont bafouillées à l'ennemi, cet autre que l'on adore et dont on veut tout arracher à force de se déchirer soi-même pour le vaincre ; il faut lui faire rendre les armes, dernier souffle qui tient en vérité bien plus du lancinant cri que de la facile plainte d'agonie.