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Avoir un jardin secret
   Je crois que jâai rĂ©alisĂ© mes rĂȘves. Je crois mĂȘme que jâai tout ce que jâai toujours voulu et pourtant je suis toujours aussi insatisfaite. Plus que ça, il me semble toujours que lâunivers ne me sourit pas. Ăternelle auto-victime je demeure.
   Aujourdâhui, jâai quelquâun qui mâaime entre quatre murs qui nous appartiennent. Au pas de la porte se trouve la plus belle ville du monde et toutes ses merveilles. Trois fois par semaine, je me rends Ă lâĂ©cole oĂč je me retrouve entourĂ©e des trĂ©sors de toutes les civilisations. Et de toute cette beautĂ© rien ne me plaĂźt.
                                   Kyoi.
La peur de la âfinâ
  Par le passĂ©, il me semble bien dĂ©jĂ avoir Ă©crit quelques mots sur la notion de mort. La mort; pour moi; signifie la fin de lâexistence de lâesprit : elle ne marque pas nĂ©cessairement la fin de notre vie ni de notre existence terrestre. Jâaime imaginer que cette derniĂšre subsiste dans la matiĂšre que notre esprit laisse derriĂšre lui. On arrĂȘte tout simplement de sâappartenir, on rend Ă la Nature le corps quâelle avait arrachĂ© de sa chaire pour nous lâoffrir un instant. Ainsi, en dĂ©pit du fait que le Monde continue sa course sans nous, la mort en thĂ©orie ne paraĂźt plus si dure et injuste que cela.Â
  Aujourdâhui jâai en tĂȘte une autre mort, une autre fin : celles dâun amour. Il y a encore quelque moi, je pouvais entendre le fait que la fin dâun amour profond et sincĂšre puisse pousser aux larmes et aux jĂ©rĂ©miades. Toutefois elle demeurait incomprĂ©hensible et excessive. Enfant, mes parents (trĂšs chrĂ©tiens et trĂšs conservateurs) sâĂ©taient assurĂ©s de me faire comprendre que lâamour romantique venait de Dieu, quâil devait avoir pour seule finalitĂ© le mariage et pour unique fin la mort quâimporte le dĂ©samour, les adultĂšres et les coups. Ainsi, pendant des annĂ©es jâai suivi cette doctrine qui a fait de moi la fille dont mes gĂ©niteurs rĂȘvaient : insensible, intransigeante et trĂšs vierge.
  LâannĂ©e passĂ©e mâa offert une seconde Ă©ducation romantique au court que laquelle Dieu sâĂ©tait fait plus petit et oĂč mes expĂ©riences avaient eu plus de place. Dâabord poussĂ©e dans les bras dâhommes que je nâaimais pas et qui ne nâaimaient pas non plus, jâai ensuite appris quâune tendresse rĂ©ciproque Ă©tait possible sans amour pour finir par poursuivre un amour sans tendresse ni rĂ©ciprocitĂ©. Jâai eu beaucoup de peine, jâai Ă©tĂ© trĂšs heureuse pour finalement me retrouver sans rien. Câest Ă ce moment que pour la premiĂšre fois de ma vie, jâai rĂ©alisĂ© que tout amour nâa pas pour vocation lâunion et que si elle existe, lâunion nâa pas de fin unique.
Maintenant que jâaime quelquâun qui mâaime aussi (je lâespĂšre), lâidĂ©e de sĂ©paration parait comme un poing traversant ma poitrine pour venir serrer mon cĆur. Je me suis retrouvĂ©e Ă ne plus regarder quoi que ce soit concernant la fin dâun amour et Ă sauter toutes les chansons qui osent Ă©voquer le dĂ©sespoir suscitĂ© par un cĆur brisĂ©. Ces choses qui me paraissaient risibles il y a encore peu de temps me terrifient dĂ©sormais. Je me retrouve inexpĂ©rimentĂ©e et nue face Ă tous les adultes en cuirasse armĂ©s et prĂȘts pour la guerre.
  Toutefois, il mâarrive par moment de penser Ă la fin dâun amour comme Ă la mort. Les sentiments sâĂ©vanouissent peu Ă peu et on ne laisse derriĂšre que soi les souvenirs et les marques de lâintimitĂ© passĂ©e.
                                  Kyoi.
Partir mais pour aller oĂč ?
  Depuis que je suis petite, jâai toujours eu le sentiment de vouloir fuir. Fuir un endroit, une personne, mes sentiments oĂč parfois mĂȘme mon propre corps. La plupart du temps, ma famille Ă©tait ce que souhaitais le plus laisser derriĂšre moi. MĂȘme si personne nâa jamais eu la possibilitĂ© de choisir sa famille, certain ont eu la grĂące dâĂȘtre placĂ©e dans une qui leur convient. Câest ce que je me dis quand je vois mes frĂšres et sĆurs, tous se plaisent et mĂȘme sâil leur arrive de se plaindre, personne ne semble se mourir ici. Personne sauf moi.
  Depuis un peu plus de deux semaines, le pays entier (comme beaucoup dâautres actuellement) est soumis au confinement. Certaines famille ont perdu un de leurs membres, dâautres se sont retrouvĂ©es sĂ©parĂ©es contre leur grĂ©. Pendant ce temps, moi comptant parmi les plus grands Ă©goĂŻstes que la Terre ait portĂ©s, je ne rĂȘve que de partir. Le prĂ©sident lâa dit âNous sommes en guerreâ, et moi, poilue lĂąche et tremblante, ne souhaite que dĂ©serter ce champs de bataille oĂč je me sens inutile. Il nây a pas que ma famille que je veux laisser. Mon cĆur nâest plus Ă Paris. Rien dans cette ville ne saurait me retenir et malgrĂ© lâarrivĂ©e du printemps, tout demeure gris, froid et sans charme.
  Cependant, Ă la diffĂ©rence de toutes les autres oĂč jâai voulu disparaĂźtre, aujourdâhui je sais oĂč je veux aller. Je ne suis sĂ»re de rien, peut-ĂȘtre suis-je mĂȘme sur le point de commettre la plus grosse erreur de ma vie. Mais cette vie, je ne sais plus ce que je veux rĂ©ellement en faire alors quitte Ă la gĂącher, autant le faire en faisant quelque chose qui me rend rĂ©ellement heureuse pour une fois. Je crois que cette fois-ci câest pour de bon, que pour une fois je mâapprĂȘte Ă vraiment faire quelque chose pour moi et pas pour une image, une personne ou une illusion.
                                       Kyoi.
Les coquillages ou lâamour ?
  Je me sens vide. Plus vide quâun verre sans eau, quâune noix sans chair ou quâun cĆur sans amour. Pourtant, pour la premiĂšre fois depuis que mes paupiĂšres se sont ouvertes sur ce monde, il me semble quâon mâaime et que pareillement, jâai lâidĂ©e que mon cĆur aime en retour. MalgrĂ© tout, cet amour me parait comme les coquillages sur la plage, lisses et beaux mais creux et inutiles. Ainsi, jâen suis amenĂ©e Ă me demander si mon cĆur est fait pour aimer autrui avec passion. Aimer, il en est certainement capable; ça jâen suis sĂ»re; mais ĂȘtre transporter, brĂ»ler ? Rien nâest moins affirmĂ©.
  Quand je le vois en face de moi, me sourire et tendre ses bras vers ma taille pour mâĂ©treindre, mon Ăąme est joyeux. Je me sens heureuse Ă chaque moment que je passe avec lui. Ses mots chatouillent mes oreilles et amĂšnent des larmes Ă mes yeux. Toutes ces choses me font me dire que je lâaime. AprĂšs avoir passĂ© quelques jours chez lui, loin de la grande ville et ses soucis, je croyais quâen revenant ces sensations et sentiments agrĂ©ables nâallaient jamais quitter ma poitrine. Je mâĂ©tais bien trompĂ©e. A lâinstant oĂč jâai posĂ© le pied sur les quais de la Gare Montparnasse, mon cĆur est redevenu triste, mon corps lasse et mes pensĂ©es sombres. Il mâest impossible de ressentir la moindre passion quâil sâagisse de mon amour ou de tout le reste. La vie que je mĂšne, pourtant quelque peu privilĂ©giĂ©e, ne mâĂ©merveille plus. Le temps est gris, les gens se ressemblent et mĂȘme les robes Ă paillettes sont ternes. Jâai lâimpression que si je ne fuis pas vite, je vais mâĂ©teindre au fond du lit depuis lequel jâĂ©cris ces lignes.Â
  Lâamour de sauve personne. La tristesse Ă©teint la passion. Aujourdâhui, jâaime et je suis triste. Jâai le sentiment que je vais mourir rapidement si rien ne mâanime.
                                      Kyoi.
Ces choses simples que je nâarrive pas Ă atteindre.
  Dans la vie, je ne souhaite presque que des choses simples. MĂȘme trĂšs simples. Je crois que mon plus grand rĂȘve est dâavoir un chez moi qui ne serait plus loin de tout, dans lequel je ne me sentirais pas seule et oĂč je pourrais rentrer chaque soir. Juste ça. Pourtant, ce rĂȘve me parait aussi inatteignable que les nuages qui dĂ©corent le ciel. Moi je reste lĂ , vermisseau sur la Terre Ă ramper aprĂšs un bonheur qui me fuit. Je reste lĂ Ă rĂȘver dâun monde oĂč ma peau ne me brĂ»le pas dĂšs le rĂ©veil, dâune rĂ©alitĂ© oĂč je ressens lâamour de quelquâun. Je reste lĂ , Ă attendre que quelque chose se passe et aille dans mon sens.
  Parfois, je me dis que ça vient de moi car quand jâobserve ceux qui mâentourent je vois toutes ces choses que je souhaite leur venir naturellement. Dans ces moments lĂ , lâenvie me consume toute entiĂšre et je me dĂ©teste. Je me dĂ©teste de ne as avoir ce quâils ont, je me dĂ©teste de les jalouser, jâai envie dâarracher ma peau qui me parait alors insupportable. Je me demande ce que je peux faire pour que les choses aillent mieux. Est-ce que je dois devenir plus belle, plus distante, plus froide ou encore moins vulnĂ©rable ? Je me sens idiote de penser quâun jour les choses changeront, que ces choses simples que je souhaite seront Ă portĂ©e de main.Â
  La vie est injuste, mĂȘme plus injuste que lâEtat. Tout ce que je souhaite, câest dâĂȘtre protĂ©gĂ©e par quatre murs qui mâappartiennent vraiment et dâĂȘtre aimĂ©e sincĂšrement. La premiĂšre chose plus que la deuxiĂšme. Je ne sais pas pourquoi lâUnivers et Dieu me refusent un souhait pourtant si simple Ă exaucer. Jâai dĂ©jĂ assez Ă©tĂ© punie comme ça.
                                             Kyoi.
Ces filles qui détestent les autres filles
  Je me suis toujours trĂšs bien entendue avec les autres femmes. En rĂ©alitĂ© je nâai jamais vraiment eu le choix. En effet, jâai presque quatre sĆurs et nous avons presque toujours vĂ©cu ensemble et mĂȘme si tout nâa pas Ă©tĂ© simple en grandissant, je peux affirmer avec quasi-certitude que je les aime sincĂšrement. Hors de ma famille, jâai toujours eu plus de facilitĂ© Ă âmâacopinerâ avec les filles que les garçons. Quand on est petit, les garçons ne veulent jouer quâavec les plus mignonnes, les plus blondes et les plus douces. Autant dire que je nâĂ©tais pas exactement la candidate idĂ©al pour participer Ă leur petits jeux. Et de toute façon, les filles mâont toujours semblĂ©es ĂȘtre plus faciles. Leur langue ne mâĂ©tait pas inconnue, je connaissais leurs codes et leurs rituels car moi aussi jâĂ©tais une fille.Â
  Naturellement, jâai toujours aimĂ© les autres filles, câĂ©tait plutĂŽt facile pour moi. Toutefois, jâai rapidement dĂ©couvert que ce nâĂ©tait pas le cas pour tout le monde, notamment pour mon ancienne meilleure amie Annie. Jâai rencontrĂ© Annie quand jâĂ©tais encore collĂšge. Nous Ă©tions en sixiĂšme toutes les deux, dans la mĂȘme Ă©cole mais pas dans la mĂȘme classe. Elle avait un an de plus que moi car elle avait redoublĂ© sa premiĂšre annĂ©e. Il nous a fallu attendre une annĂ©e avant de vraiment devenir insĂ©parables. Nous aimions les mĂȘmes choses : le Japon, les mangas, les emos et les One Direction. Sa famille Ă©tait beaucoup moins stricte que la mienne et jâai lâimpression que câest ce qui lui donnait autant dâassurance. Elle nâavait pas peur dâĂȘtre elle-mĂȘme, de sâhabiller avec ses gros pantalons noirs pleins de chaines ni mĂȘme dâavoir deux horribles queues de rats qui lui pendouillaient de chaque cĂŽtĂ© de la tĂȘte. Je lâaimais beaucoup et Ă lâĂ©poque, câĂ©tait comme si lâavis de personne dâautre nâimportait. Les choses sont restĂ©es ainsi jusquâĂ ce que les garçons entrent dans lâĂ©quation.
  En quatriĂšme, Annie et moi nous sommes retrouvĂ©es dans des classes diffĂ©rentes. Câest Ă la mĂȘme Ă©poque quâelle a commencĂ© Ă sâintĂ©resser plus sĂ©rieusement aux garçons. Nous Ă©tions moins amies et elle sâest entichĂ©e de garçons un peu plus vieux quâils lâaimaient moins quâelle les aimait. Ce nâĂ©tait pas de sa faute. Pourtant, câest Ă cause de ça quâelle est devenue une de ces filles qui nâaiment pas les autres filles. A force de dĂ©ceptions amoureuses et de tromperies, elle en est venue Ă se mĂ©fier de toutes les filles qui ne faisaient pas partie de son cercle proche. TrĂšs vite la mĂ©fiance est devenue mĂ©pris, mĂ©pris qui sâest lui mĂȘme changĂ© en haine. A ces yeux, toutes reprĂ©sentaient une menace potentielle, une menace dont elle voulait protĂ©ger tous ceux et celles quâelle aimait, moi y compris. Ăa a commencĂ© par des mĂ©disances sur mes amies quâelle nâaimaient pas et câest allĂ© jusquâĂ des mois sans mâadresser un mot car jâavais prĂ©fĂ©rĂ© le rĂ©confort dâune autre dans un moment de faiblesse. Aujourdâhui, nous ne sommes plus amies et câest en partie Ă cause de cela. Si cela peut passer pour de lâamour, je ne sentais dans tout ça que la haine. Et pour cause, si câĂ©tait bel et bien les jeunes hommes qui lâavaient brisĂ©e et quâelle ne cessait de pardonner, elle tenait les femmes pour responsables de sa peine.Â
  Depuis, jâai vu ce schĂ©ma se rĂ©pĂ©ter trop souvent : une sororitĂ© abĂźmĂ©e pour quelques miettes dâamour rances, des femmes qui se poignardent et se bouscule pour un malheureux regard. Ces scĂšnes mâattristent car je ne trouve rien de plus beau que de trouver amour, soutien et rĂ©confort dans le sein dâune autre femme. Sâil y a une chose que je souhaite, câest grandir en mes sĆurs et chĂ©rir ce lien si prĂ©cieux qui nous unit toutes.
                                     Kyoi.Â
Perdre la tendresse
  Il y a quelques temps, jâai perdu une personne pour qui jâavais de la tendresse. Cette fois ci je sais que câest pour toujours. Plus jây pense, plus je me demande comment on est passĂ© dâadolescents brĂ»lants Ă adultes pressĂ©s en si peu de temps. Je ne suis ni une adolescente, ni une adulte mais câest comme ça quâil me faisait me sentir.
  Au dĂ©but, jâavais lâimpression que quand on Ă©tait ensemble, on sâenfuyait tout le temps. CâĂ©tait comme si partout oĂč nous Ă©tions, nous Ă©tions seuls. Je me suis mĂȘme surprise Ă lâembrasser dans le mĂ©tro alors que je dĂ©teste les dĂ©monstrations dâaffection publiques. On se tenait la main sur le chemin de sa maison et il me faisait rire mĂȘme quand il nâĂ©tait pas drĂŽle. Le mieux, câĂ©tait lâamour. Avant, je nâavais fait lâamour, pas comme avec lui. Et quand jâai dĂ©couvert ce que câĂ©tait, jâĂ©tais tout dĂ©boussolĂ©e. Je ne savais pas quoi en penser, si jâaimais ça. Un jour, jâen suis venue Ă la conclusion que oui, que je lâaimais bien lui aussi, pas assez pour ĂȘtre amoureuse mais assez pour quâil Ă©voque chez moi une tendresse particuliĂšre. Depuis, je chĂ©rissais toutes les fois oĂč lâon riait, chaque nuit passĂ©es dans les bras lâun de lâautre et chaque chanson Ă©coutĂ©e dans le noir pendant quâon sâembrassait.
  Avec le temps les choses se sont dĂ©litĂ©es. On riait moins et on nâĂ©coutait plus jamais de musique. On ne sortait plus, on ne se voyait que chez lui pour coucher ensemble. Lâamour sâĂ©tait transformĂ© en sexe brutal oĂč lâon ne prenait mĂȘme plus le temps de se regarder. Ăa, câĂ©tait en partie de ma faute. Le reste Ă©tait juste inĂ©vitable. En effet, nos Ăąges et nos occupations Ă©taient diffĂ©rentes. Nous nâavions rien de plus Ă nous apporter que ce que nous nous Ă©tions dĂ©jĂ donnĂ©. En tout cas, câĂ©tait le cas pour moi. La derniĂšre fois que nous avons couchĂ© avec ensemble, je me suis mise Ă pleurer. Je ne savais mĂȘme pas sâil mâentendait, je me sentais seulement misĂ©rable Ă pleurer nue dans le lit dâun autre homme qui sâĂ©tait lassĂ© de moi. Je lui ai dit que ce nâĂ©tait pas grave si câĂ©tait le cas, quâil sâĂ©tait effectivement lassĂ© de moi. Et câĂ©tait le cas, le monde nâallait pas sâĂ©crouler et je nâallais pas en faire toute une histoire. JâĂ©tais blessĂ©e; bien sĂ»r; mais ce nâĂ©tait ni sa faute ni son problĂšme. Jâai fini par lui dire que ça ne servait Ă rien, quâil fallait mieux en rester lĂ et quand la porte de son appartement sâest fermĂ©e derriĂšre moi pour la derniĂšre fois, jâai senti mon cĆur devenir lourd dans ma poitrine. JâĂ©tais trĂšs triste et jâai passĂ© lâaprĂšs-midi Ă pleurer.
   Tout ça sâest passĂ© dans un laps de temps trĂšs court et Ă©tait sĂ»rement moins intense que la lecture de cet article le fait paraĂźtre. De cette histoire, je retiens que perdre la tendresse de quelquâun pour qui on Ă©prouvait soi-mĂȘme de la tendresse peut faire beaucoup de peine. Toutefois je vais bien, mon cĆur nâest pas brisĂ© et le monde ne sâest pas arrĂȘtĂ© de tourner. Tout ça mâa juste rappelĂ© que jâĂ©tais encore trĂšs jeune et quâil est parfois normal dâavoir un cĆur dâartichaut Ă mon Ăąge.
                                               Kyoi.
TâES TELLEMENT BELLE
 Hier jâai demandĂ© Ă Adam; un de mes trĂšs bons amis, sâil me trouvait jolie. Il mâa rĂ©pondu que oui car si ce nâĂ©tait pas le cas, il ne mâaurait jamais fait lâamour. Et jâai repensĂ© Ă cette fois lĂ , au tout dĂ©but de lâĂ©tĂ©. Il Ă©tait venu jusque dans ma petite ville. On ne pouvait pas aller chez mes parents alors on est allĂ©s chez ma meilleure amie. Dans sa chambre, il mâa dit que mon corps Ă©tait vraiment beau avant de mâembrasser. Jâai repensĂ© Ă quel point ça mâavait fait plaisir dâentendre ça. Jây ai pensĂ© des jours durant et jâai vite compris que câĂ©tait parce quâon ne mâavait jamais dit ça avant. Ni avant, ni pendant, ni aprĂšs lâamour. Et parce que je ne me trouvais pas jolie.
 La scĂšne sâest rĂ©pĂ©tĂ©e tout lâĂ©tĂ©. Pas avec Adam mais avec une ribambelle de petits soldats du sexe qui nâattendait que mes ordres pour passer Ă lâattaque. Au dĂ©but, ça me faisait encore plaisir mais peu Ă peu la joie que cela mâapportait sâest Ă©vanouie. LâĂ©tĂ© sâest terminĂ©, la mascarade a continuĂ©, lâindiffĂ©rence sâest installĂ©e. MalgrĂ© tout, on me le disait tellement souvent que jâai fini par mâattendre Ă ce que ces mots sortent de la bouche de tous ceux qui mâembrassaient. Si par malheur rien nâĂ©tait dit, je me surprenais Ă demander le mot de passe : âest-ce que tu me trouves jolie ?â âBien sĂ»r, tâes tellement belleâ. CâĂ©tait toujours la mĂȘme chose. La rĂ©ponse ne me faisait pas plaisir car en rĂ©alitĂ©, leur avis mâimportait peu. Je nâavais pas de tendresse particuliĂšre pour eux et tant que le sexe Ă©tait lĂ , jâĂ©tais satisfaite. Parfois câĂ©tait trĂšs bien, dâautres fois un peu moins. Des fois je me sentais vide aprĂšs, dâautre fois je me sentais juste bien. Souvent, je ne le revoyais jamais.Â
 DĂ©sormais, je savais que jâĂ©tais belle et dĂ©sirable. Je nâavais plus de doute quant Ă mes capacitĂ©s Ă sĂ©duire qui que ce soit, mĂȘme mes amis. Adam Ă©tait le premier. AprĂšs il y a eu Simon. Et par hasard Tristan il y a un mois environ. Et câest lĂ que tout sâest cassĂ© la figure. Quelques jours aprĂšs avoir couchĂ© avec Tristan, mes amis et moi sommes tous allĂ©s Ă une soirĂ©e underground dans une cave. Je portais une combinaison moulante qui ne cachait presque rien et jâĂ©tais trĂšs triste. Jâai commencĂ© Ă pleurer. Charles, le meilleur ami de Tristan est venu me rĂ©conforter, il mâa dit qu que jâĂ©tais trĂšs belle, quâil adorait ma combinaison et nous avons dansĂ© ensemble jusquâĂ ce que je mâen aille. La semaine suivante, jâai appris quâil avait dit Ă Tristan quâil voulait coucher avec moi. Ăa mâa brisĂ© le cĆur. Câest lĂ que le voile sâest rĂ©ellement levĂ© et que jâai commencĂ© Ă entendre ce qui Ă©tait vraiment sorti de sa bouche quand il mâavait dit que jâĂ©tais belle. Il avait dit le mot de passe. En rĂ©alitĂ©, ils lâavaient tous dit : Adam, Simon, Tristan et Charles. Tous. La diffĂ©rence, câest quâeux Ă©taient mes amis et que je les aimais. La diffĂ©rence câest que je ne voulais pas quâeux me trouvent belle comme les hommes sans visage avaient pu le faire tout lâĂ©tĂ©. Toute ma vie mes amis avaient Ă©tĂ© mon refuge et maintenant la distance Ă©tait installĂ©e. Les murs qui me protĂ©geaient Ă©taient devenus incertains parce que jâĂ©tais âtellement belleâ.
âTâes tellement belleâ. Câest quelque chose quâon me dit souvent. Trop souvent. Cette phrase me fait de la peine car je sais ce quâon attend de moi quand on la prononce. Jâen suis venue Ă me demander si câest tout ce que suis, âbelleâ. Si câest le cas, ça me rend trĂšs triste.
                                      Kyoi.
LE CĆURÂ BRISĂ
  Jâai le cĆur brisĂ© et pourtant, je suis sĂ»re de ne souffrir dâaucune peine de cĆur. Je ne sens plus rien, tout est fade. La nourriture a le goĂ»t de carton, les beaux immeubles haussmanniens dĂ©corant les rues de Paris me sont invisibles et seul le son lourd et Ă©touffant du silence parvient Ă me toucher.
  A cet instant je repense Ă tous ces moments oĂč je me tiens debout sur lâextrĂȘme bord des quais du mĂ©tro et du RER. Chaque fois je me dis quâil me serait si facile de sauter ou de me laisser tomber. AprĂšs tout, je ne souffrirais quâun instant... Et Ă chaque fois, jâĂ©numĂšre les raisons qui lâempĂȘche de le faire : ma famille, mes amis, le traumatisme du conducteurs et des passagers, la gĂȘne occasionnĂ©e. Câest pour toutes ces raisons quâau lieu de me faire faucher par le train, je lâattends toujours aussi prĂšs du bord, juste pour le sentir me frĂŽler un peu et me sentir partir un peu plus.
   Plus le temps passe, plus les raisons mâempĂȘchant de sauter me paresses insuffisante. Jâai rĂ©ellement le cĆur brisĂ©, si brisĂ© quâil bat sans rythme. Je me dĂ©teste, ma propre peau mâest insupportable. DĂšs que lâoccasion sâen prĂ©sente, je bois jusquâĂ ne plus me sentir dans mon corps. Ăa me fait de la peine, beaucoup de peine. Je ne sais plus quoi faire. Jâai juste envie que lâon me vienne en aide.
                                                   Kyoi.
fin hiver 2019
JE SUIS TOMBĂEÂ EN AMOUR COMME DANS LES FILMS QUĂBĂCOIS
  Avant que vous nâalliez vous imaginer que ma personne ait pu ĂȘtre touchĂ© par les grĂąces de Cupidon, je tiens Ă prĂ©ciser que lâAmour me demeure un inconnu. Toutefois, jâai rencontrĂ© Ă une fĂȘte un garçon qui mâa dit beaucoup de choses.
 CâĂ©tait une personne trĂšs simple que tout le monde semblait prendre pour un ingĂ©nu un peu candide qui ne rĂ©flĂ©chit pas beaucoup avant de parler. Moi je lâai trouvĂ© gentil et intĂ©ressant, trĂšs rĂ©flĂ©chi mĂȘme. Et nous avons parlĂ© toute la nuit de choses que je tairai. Et je me suis sentie spĂ©ciale, assez spĂ©ciale pour quâil me dise tous ses secrets. Je sais bien que je ne suis pas spĂ©ciale, quâil mâa fait ces confidences car on ne se reverrait sĂ»rement plus jamais et que je deviendrai alors une sorte de bouteille jetĂ©e Ă la mer. Ăa ne me dĂ©range pas.
                                          Kyoi.
février 2019
Un amour de jeunesse
Je nâai jamais Ă©tĂ© amoureuse de lui, je ne lâai jamais senti ainsi. Pourtant aujourdâhui je sais que jâai Ă©tĂ© amoureuse de lâidĂ©e de cette personne. JâĂ©tais Ă©prise de nos longs chemins jusquâĂ la maison de mes parents, des matins oĂč nous nous retrouvions Ă la gare, de nos secrets partagĂ©s et nos discussions nocturnes. JâĂ©tais Ă©prise du sentiment proximitĂ© et dâinsouciance.
Hier, je suis partie faire les courses avec ma sĆur. Elle me racontait comment ellle lâavait rencontrĂ©, ce garçon que jâavais aimĂ©. Je lui ai donc expliquĂ© que je ne lâavais pas vu depuis plus dâun an mais quâune amie mâa dit quâelle lâavait vu et quâil avait beaucoup changĂ©. Quâil Ă©tait dĂ©sormais moins beau, plus gĂȘnant. Et câest Ă ce moment que je lâai revu de mes propres yeux, en haut de la balustrade dans son uniforme rouge et noir. Et câest vrai quâil avait changĂ©, quâil Ă©tait moins beau et plus gĂȘnant. Mais je ne sais pas pourquoi mon cĆur sâest mis Ă battre un peu plus vite, je nâai pas su le quitter du regard alors je lâai observĂ© se diriger vers les escaliers, descendre et passer devant moi en me souriant. Je lui ai souri aussi. Ă ce moment je me suis sentie redevenir cette lycĂ©enne entichĂ©e de ce garçon si gentil mais jamais assez courageuse pour lui dire. Ăa mâa fait un peu de peine parce quâhier je ne lâaimais plus du tout, il Ă©tait trop tard. MalgrĂ© cela, ça mâa aussi fait plaisir de le croiser.
Kyoi.
Aujourdâhui je dĂ©crĂšte que mon Soleil brillera plus fort
Jusquâici, 2018 a Ă©tĂ© une annĂ©e de noirceur et de dĂ©sespoir pour moi.
  En effet, je me suis engagĂ©e dans plusieurs combats; certains plus difficiles que dâautres; sans jamais rĂ©aliser quâen ma propre personne grandissait mon principal ennemi. En mâaffamant je lâai nourri, en me laissant sombrer je lâai rendu plus fort et enfin en abandonnant je lâai laissĂ© gagner. Aujourdâhui, le combat sâarrĂȘte. Ma mort nâest plus imminente, pas plus quâelle ne sera volontaire.Â
  La matin, trĂšs tĂŽt, un peu avant que le Soleil se lĂšve, il fait trĂšs froid. Tous les jours. Pourtant, en dĂ©pit de ce froid, les oiseaux chantent, la rosĂ© glisse du ciel vers la Terre et bientĂŽt, chaque brin dâherbe; illuminĂ© par le soleil levant; de mon jardin luit comme un diamant. Il ne fait plus froid.
  Si jâĂ©tais morte cette annĂ©e, mon corps aurait Ă©tĂ© tel une malle : lourde et emplie de secrets; de regrets. Le monde est trop beau et trop mystĂ©rieux pour que je le laisse maintenant.
                                      Kyoi.
Un amour dâĂ©tĂ©.
Vous vous apprĂȘtez Ă lire les paroles de mon cĆur brisĂ© par la dĂ©pression il y a un peu moins dâun an de cela.
Juillet 2017
  LâĂ©tĂ© est arrivĂ© et me paraĂźt aussi fade que lâamour de Camille et Sullivan. La rĂ©fĂ©rence paraĂźtra abstraite Ă tous ceux qui nâont pas vu âUn amour de jeunesseâ, une romance plate et sans saveur comme on les fait si bien en France. Vous ne ratez rien si ce nâest les beaux yeux de Lola CrĂ©ton ou la voix douce du protagoniste masculin; pardonnez moi si je ne donne pas son nom, je suis tout simplement incapable de lâĂ©crire ou de le retenir. Dâailleurs, les noms de protagonistes sont peut-ĂȘtre faux qui sait, les personnages effacĂ©s de me font jamais grand effet.
  LâĂ©tĂ© ne me rend pas amer, il me rend lasse, chaude, transpirante, tant de choses dĂ©sagrĂ©ables que je ne puis les nommer. ClouĂ©e au fond de mon lit par la chaleur Ă©crasante et une forte dĂ©shydratation, je ne souhaite quâune chose simple : rien. Que le temps se fige quelques instant, pour que je puisse profiter du silence et du calme; que le Soleil ne se lĂšve pas et que la Lune ne rentre jamais retrouver le sommeil, pour que je puisse profiter des Ă©toiles un peu plus longtemps, quâAoĂ»t ne vienne jamais pour quâĂ son tour Septembre et tous les soucis quâil apporte puissent disparaĂźtre Ă jamais.
  LâĂ©tĂ© nâest pas glorieux comme on le prĂ©tend. Tous ces mois Ă attendre les deux semaines passĂ©es Ă la plage entourĂ©e de nouveaux amis qui redeviendront des inconnus le retour venu ne le sont pas plus. Je nâaime pas lâĂ©tĂ©, je prĂ©fĂšre lâautomne et pourtant, je souhaite quâil nâarrive jamais car jâaimerais mieux me changer en sable roulant le long des draps de mon lit que de retourner sur les bancs de lâĂ©cole pour la derniĂšre fois. A la rentrĂ©e, jâentamerai ma derniĂšre annĂ©e de lycĂ©e et cela ne me rends pas triste, je me sens seulement comme Camille lorsque Sullivan est parti.
                                       Kyoi.
Jalousie, quand tu ne nous tiens pas.
  Avez vous dĂ©jĂ Ă©tĂ© jaloux ? Peut-ĂȘtre, sĂ»rement mĂȘme. Se sentir submergĂ© par lâenvie est normal. Lâenvie est le fil conducteur de ce sentiment, elle rythme aussi nĂŽtre vie; nous pousse Ă accomplir de mauvaises, grandes et belles choses; nous motive Ă agir pour obtenir ce que lâon dĂ©sir. Cependant, ce nâest pas tant le rĂŽle moteur de lâenvie chez lâhomme qui mâintĂ©resse aujourdâhui mais plus sa place dans les relations.Â
  En discutant de polyamour (Ă cause du film Douches froides) et du concept mĂȘme du couple avec ma meilleure amie, je me suis rendue compte que la jalousie au sein de mes relations Ă©tait quelque peu effacĂ©e, trĂšs peu prĂ©sente voir totalement absente. Jamais je nâai enviĂ© la relation quâun proche avait une autre personne. Le sentiment de mal-ĂȘtre que jâaurais pu ressentir Ă un tel moment relevait plus dâune certaine insĂ©curitĂ© qui me poussait Ă penser que si une personne sâentendait trop bien avec une autre personne, elle en viendrait forcĂ©ment Ă nĂ©gliger notre relation. Ainsi, câest en distinguant ces deux choses que je pris compte dâune chose : la jalousie nous empĂȘche dâexploiter notre potentiel relationnel.
  Tout dâabord, câest nĂŽtre Ă©goĂŻsme profond qui nourrit la jalousie. Mais quâest-ce que lâĂ©goĂŻsme ? Selon les dires de mon professeur de philosophie, lâĂ©goĂŻsme serait âle fait dâuniquement vouloir faire avancer son intĂ©rĂȘt personnelâ. Quand on envie une personne ou sa relation quâelle a avec un proche, on veut en rĂ©alitĂ© accaparer lâamour de notre proche, au dĂ©triment du sentiment des autres. On tait les sentiments des autres, comme sâils nâexistaient pas eux-mĂȘmes, comme si nous existions seuls ĂȘtres sur Terre; des petits bĂȘtes perdues attendant dâĂȘtre abreuvĂ©es de lâamour continu des autres sans penser au reste du monde. Comme si les autres, leur personne et leur amour nous appartenaient. Dâune certaine maniĂšre, lâinsĂ©curitĂ© peut nous amener Ă penser ou vouloir des choses similaires. Les ĆillĂšres que nous imposent ces sentiments Ă©gocentriques nous empĂȘchent de voir la grandeur de lâHomme, sa facultĂ© Ă ne pas restreindre son amour.
  Pour moi, lâamour est un flux continu, pas une espĂšce de choses quâon divise pour le partager entre les diffĂ©rentes personnes autour de nous. On nâaime pas une personne plus ou moins quâune autre, juste diffĂ©remment. Et les gens, ces soi-disant dit savant du relationnels, qui cherches Ă quantifier cet amour sont des idiots, au mieux des poltrons qui choisissent de se cacher derriĂšre des valeurs abstraites plutĂŽt que de se risquer Ă ĂȘtre submergĂ© par la grandeur des perceptions et sentiments.Â
  Aussi puĂ©ril que ça puisse paraĂźtre, reconnaĂźtre que le Monde ne tournait pas autour de moi a Ă©tĂ© extrĂȘmement difficile mais aprĂšs avoir acceptĂ© la dure rĂ©alitĂ©, je me suis sentie grandie. En grandissant (plus quâen vieillissant hĂ©hĂ©) et en murissant, jâapprends Ă mâaimer et Ă apprĂ©cier le bonheur des autres. Ni le corps, ni la libertĂ© et encore moins lâamour des autres ne mâappartiennent. Ce nâest quâun monopole imaginaire quâil est nĂ©cessaire dâabandonner. La possessivitĂ© ne mĂšne nul part, les possessions ne sont quâune illusion, vous nâavez quâĂ demander Ă mon grand ami Karl Marx. Sous toutes les formes quâils puissent prendre, lâamour que nous portent les autres nâest quâun cadeau quâon ne peut pas clamer sien. Les relations des mes proches avec les autres, je mâen fiche du moment quâelles sont saines et quâelles les rendent heureux. Encore mieux, je les valorise ! En plus, maintenant que je sais que toutes les relations sont diffĂ©rentes, je sais aussi que les miennes sont spĂ©ciales car uniques. Jâaime aimer les gens, jâaime que les gens mâaiment et aiment dâautres personnes. La jalousie nâa pas lieu dâĂȘtre, elle est inutile.
  Au fond, je pense que câest la capacitĂ© de se rĂ©jouir du bonheur des autres qui nous permet de vraiment les aimer.
                                  Kyoi.