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@pelagierosier
(Géométrie D'un Assassinat, self-release, 1982) -uploaded in HD at http://www.TunesToTube.com
Sur la nécessité de l’oubli
Dans les pratiques de la possession, le principe du retour (la première des trois figures de l’oubli) serait animé par « l’ambition première […] de retrouver un passé perdu en oubliant le présent – et le passé immédiat avec lequel il tend à se confondre – pour rétablir une continuité avec le passé plus ancien, éliminer le passé “composé” au profit d’un passé “simple”. »
— Marc Augé, à propos des rituels africains dans Les Formes de l’oubli (2001)
Le projet Le Terrain du Dictionnaire A/Z prévoyait une suite interminable de mots (les mots du dictionnaire Robert I en entier...), tous placés sur des panneaux-pancartes rectangulaires, plus larges que hauts, nous faisant face et maintenus pas des tiges centrales. Ces pancartes prendraient ainsi la forme d'un T, et les mots de langue française, c'est ce que la maquette nous indique, garderaient leur lien calligraphique avec la présentation des mots du Robert I tels qu'ils y sont inscrits. Cet affichage en T, c'est peut-être le T perdu de Rober, prénom de l'artiste, orthographié sans l'habituel T final comme autre indicatif de l'importance de la sonorité des mots pour l'artiste, peut-être une façon définitive de conserver intacte la sonorité française de son prénom prononcé dans une langue étrangère, en anglais par exemple.
(...)
Chaque page de dictionnaire est collée sur un miroir. Les vides laissés par le découpage de mots tel qu'explicité plus haut laissent donc apparaître de petites parties de miroir où se réfléchit le spectateur.
(...)
Nous pouvons voir, dans Page-Miroir : virtuellement 12100/ viscache, 1991, quelques notes dessinées par l'artiste, avoisinant « la virtuosité » ou « la carène », et ailleurs, « corrosif », « lat. », « soutient », « fait », « autour », etc., qui font ainsi une seconde référence au solfège. Certaines pages, comme celle précitée, se terminent par une portée musicale dessinée et annotée par l'artiste. Les blancs laissés par le découpage des mots, les tracés parfois en bleu, en noir, en or, en rouge, la présence de petits cubes donnant une impression d'annotations musicales plus archaïques et le remplissage coloré de certaines lettres rondes, par leur aspect répétitif et hyperlinéaire, peuvent évoquer les rouleaux à perforations d'un piano mécanique ou autres automates musicaux. — La musique des mots, corps, accord / Rober Racine, Les Pages-Miroirs 1980-1995, Réjean-Bernard Cormier
Je vis, par delà les nuages gonflés de poudre de plomb, le vent manger la face de mon étoile ; je vis les étoiles s'écraser contre les nuages en une seule tache débordant de la vue ; je vis les étoiles sombrer dans le rouge cru comme le bouillonne- ment liquide d'une plaie au ventre brisé de l'éclair… Et cela seul aurait suffi. Pourtant : De ma main, de ma main droite, déchirée en trois, des oiseaux silencieux sortirent, qui me percèrent la face, creusant jusqu'au point H de mon corps où je ne me connaissais pas encore. (J'espère continuer et arriver quelque part, mais notre petite troupe s'est enlisée dans une tourbe verte et grise dont l'aspect est celui de la mort visible.)
Jean-Pierre Duprey, texte paru dans Le Soleil noir, 1950
Premier, unique et splendide film de la poétesse iranienne Forough Farrokhzad, mi-documentaire, mi-poème, sur une léproserie.
— Forough Farrokhzad (1935-1967), خانه سیاه است
Accusé de voler, de récupérer du matériel à son profit et d’utiliser les machines pour son propre compte, le travailleur qui “fait la perruque” soustrait à l’usine du temps (plutôt que des biens, car il n’utilise que des restes), en vue d’un travail libre, créatif et précisément sans profit. Sur les lieux mêmes où règne la machine qu’il doit servir, il ruse pour le plaisir d’inventer des produits gratuits destinés seulement à signifier par son oeuvre un savoir-faire propre et à répondre par une dépense à des solidarités ouvrières ou familiales. Avec la complicité d’autres travailleurs (qui font ainsi échec à la concurrence fomentée entre eux par l’usine), il réalise des “coups” dans le champs de l’ordre établi.
Michel de Certeau, L’invention du quotidien
tu me parles j’entends ta voix d’oreillers et de nos draps froissés sous le timbre radiophonique tu te défiles j’attends tes doigts qui ne glisseront plus sur la surface de ma table de noyer la main cherche l’odeur du regard mon bas-ventre a la gorge serrée de ne t’apercevoir qu’à travers la fenêtre de dix-huit heures
— C. Erpé, dans Feuilles mobiles (2018)
On peut considérer les citations, les notes et les signes linguistiques et typographiques qui les accompagnent, en tant que procédés destinés à transmettre un effet de vérité, comme des correspondants de l’enargeia. […] Mais l’analogie des fonctions fait aussi ressortir la différence des instruments. L’enargeia était liée à une culture fondée sur l’oralité et la gestualité ; les citations marginales, les renvois au texte et les crochets, à une culture dominée par l’imprimerie. L’enargeia voulait communiquer l’illusion de la présence du passé ; les citations soulignent que nous ne pouvons accéder au passé que de manière indirecte, à travers des médiations.
Carlo Ginzburg, Le fil et les traces. Vrai faux fictif (2010)
ici maintenant décembre remplace novembre : les phalanges s’agglutinent à la rencontre des verres palindromes de l’urne-sablier
encre léchée recrachée s’écoule du livre fermé
la crue des eaux inonde le ventre au dégel de l’œil
conscience du temps venu — redouté éveille l’hyperesthésie
ponctue l’épaule fixe la vibration ravit le vétiver suspendu encadre le passage de l’acier au couloir
— C. Erpé, dans Feuilles mobiles (2018)
— O. Messiaen, Couleurs de la Cité céleste (1963)
Sur le baptême
Comme on le voit, les interprétations dégagées par Tertullien et Jean Chrysostome s'harmonisent parfaitement avec la structure du symbolisme aquatique. Il intervient pourtant dans la valorisation chrétienne des Eaux certains éléments nouveaux liés à une « histoire », en l'occurence l'Histoire sainte. Il y a, avant tout, la valorisation du baptême comme descente dans l'abîme des Eaux pour un duel avec le monstre marin. — Mircea Eliade, Le sacré et le profane
Je ne sais si je monte ou descends vers toi.
Xarah Dion, Le Dédale