Je dors les sinistres minutes
Au creux des hanches du miracle
Des songes assoupis qui luttent
Contre les laborieux spectacles ;
On chasse les orgues funestes
Du cortège, où l’homme se vit ;
Puis rideau pâle, et lentes siestes,
Deviennent l’appeau des envies.
Paysage soudain peuplé,
Le jour a l’odeur d’un visage,
Le Soleil pleure ses rosées,
Cristaux aux longues lueurs sages !
Je cueille l’ivresse aux couleurs,
Et la torpeur au lit des eaux
Où l’oeil du ciel pense les heures
Aux mouvances de ses faisceaux.
Architecte de mes palais,
J’ai élevé des murs d’argent
Dans les confins de ces secrets
Faits de silences éclatants,
Et j’ai dompté de vastes astres
Au coeur de l’univers, sonnant
Et résonnant comme un long lustre
Fait de pierreries et de temps ;
La jarre céleste déverse,
Dans le regard des étangs d’or,
Le soir gardant les joliesses
Des longues caresses sonores.
L’aube devient éternelle âme
Et couche en son sein les reflets
Des insouciants, et prestes charmes,
Des féeriques feux follets,
Et sur le sol, cent océans
Aux douces danses se miraient
Dans les glaces, aux hauts séants,
Ancrés partout où ils m’iraient.
Bleu ou ambré, royaume aux nues,
Champ des chuchotements sans trêve,
Jetée aux ondes décousues ;
Nulle étoffe ne fait le rêve !
Et, enivré des harmonies,
Du noir miroir, du blanc peut-être,
Tombant en cascade infinie,
Mêlées aux arches du paraître,
Il pleut les voix de ces tableaux
Aux monologues si parfaits,
Que dans leurs majestueux mots,
Je vis l’envers des jours d’été.
Mais le cadre fait le présage,
Et l’on sait, encore une fois,
À l’horrible odeur du mirage,
Que ce pays n’exista pas.
Ténébreuse averse, criarde,
Pas laborieux du soleil noir
Dans la ville funèbre ; s’évadent
Les mornes pleurs par l’encensoir.