Entretien avec la Fille Renne, photographe et créatrice du magazine Polysème.
1- Quand est né ta passion pour la photographie ?
Mon père et mon grand-père faisaient de la photographie et avaient pas mal d'appareils argentiques, j'ai donc suivi assez naturellement. Mon père m'a offert mon premier appareil argentique lorsque j'avais dix ans et je n'ai jamais cessé la photographie depuis.
2- Dans ta pratique de la photo, est ce que tu te poses la question de la représentation de la femme, comment tu la mets en scène, ce que tu choisis de représenter ?
Je n'ai pas forcément d'idée de mise en scène particulière lorsque j'arrive sur un shooting. Les idées se créent à plusieurs sur le moment. J'essaie au maximum de photographier les personnes dans leur environnement afin qu'elles se sentent à l'aise. Pour le reste, ça commence souvent par une tasse de thé et je photographie les gens simplement, je les laisse parler, bouger, et je m'adapte. Il est rare que je demande de prendre des poses particulières ou que je guide.
Je n'apprécie pas la photographie male gaze, c'est-à-dire des photographies de femmes, souvent très normées, sur-sexualisées, faites clairement pour les fantasmes des hommes cisgenres hétérosexuels. J'essaie de montrer autre chose lorsque je photographie des femmes et je pense qu'avec le female gaze, on (on = artistes qui ne sont pas des hommes cisgenres) arrive petit à petit à se réapproprier l'image du corps féminin, à montrer d'autres facettes et plus de diversité. Cela veut dire montrer des corps sans les sexualiser systématiquement, montrer la grossesse, les menstruations, la santé mentale, le travail du sexe, des femmes grosses, des femmes trans, des femmes non-hétérosexuelles, des femmes racisées, des femmes non-valides, etc.
Parallèlement, il est aussi important de travailler sur le problème de la représentation pour sortir d’une surreprésentation des corps très normés, et dans cette idée la, je fais attention aux femmes avec qui je collabore.
Pour en savoir plus sur le female gaze en photographie, les travaux de l'universitaire Morgane Blain sont intéressants.
3- Tu as créé un magazine féministe qui s’appelle Polysème, est ce que tu peux nous parler de ta démarche et du magazine ?
Polysème est une association cofondée avec l'autrice Raphaëla Icguane en 2018, suite au constat de l'hégémonie cismasculine dans les milieux artistiques. Le but est de visibiliser les créations artistiques produites par les femmes (cis et trans) et des personnes trans binaires ou non-binaires. Pour cela nous avons décidé de créer une revue indépendante, Polysème Magazine. L'art étant constamment profondément politique, notre travail est très engagé et revendique un féminisme intersectionnel et radical.
Le magazine existe sous deux formats auto-publiés, disponibles en papier ou numérique : un grand format de 250 à 350 pages, collectif, sur des thématiques précises ; et Mini Polysème, un format A5, de 44 à 64 pages, dédié à un-e artiste, un matériau, un thème, ...
Pour chaque numéro collectif, nous lançons un appel à projets. Nous y publions des entretiens avec des artistes, créateurs-ices, militant-e-s et intellectuel-le-s, des contributions visuelles (photographie argentique, instantanée, broderie, tatouage, peinture, illustration, sérigraphie, dessin, sculpture, etc.) et littéraires (poésie, essai, nouvelles, etc.).
4- Pour en savoir un peu plus sur toi, si tu devais choisir un photographe, un disque, un film, un livre, lesquels seraient-ils ?
Pour le-a photographe, je choisis Diane Arbus, car elle a su s'imposer dans un milieu bien plus cismasculin qu'aujourd'hui, n'est pas restée "la femme derrière l'homme" (Allan Arbus) et avait à cœur de représenter celleux qui n'ont pas de voix.
Pour l'album, pourquoi pas The Big Roar, de The Joy Formidable.
Pour le film, je vais tricher et proposer une série, Top of the Lake, car elle a été réalisée par Jane Campion (seule femme à avoir eu une Palme d'Or au festival de Cannes et une des rares nommées pour l'Oscar du meilleur réalisateur). Dans cette série policière, elle traite de féminisme, sororité, masculinité toxique, pauvreté, pédocriminalité et violences sexuelles, tout ça en six épisodes, avec la géniale Elisabeth Moss.
Enfin, pour le livre, j'ai été très marqué-e récemment par Le livre noir de la gynécologie, de Mélanie Déchalotte. L'autrice a fait un remarquable travail journalistique afin de lister le panel complet des violences gynécologiques et obstétricales auxquelles s’exposent femmes, hommes trans et personnes non-binaires en France. Le tout est complété par des comparaisons avec les systèmes de santé canadien et d’autres pays européens, des textes de loi française et l’origine historique de certaines pratiques aberrantes toujours usitées.
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La Fille Renne & Baptiste
Praline Goupil http://instagram.com/pralinegoupil & Rose Farfadet http://instagram.com/rose_farfadet
Eva Merlier https://www.instagram.com/evatralala_/