Je me souviens
[TW violences sexuelles, culpabilisation des victimes, violences dans le couple, violences faites aux femmes]
Je me souviens du meurtre de Marie Trintignant, elle venait juste de succomber sous les coups de poing de Bertrand Cantat, le visage détruit comme aprÚs un accident de moto à 120km/h, mais certains le défendaient, répétant ad nauseam que ça se savait qu'elle était chiante et que ce n'était pas étonnant qu'elle l'ait poussé à bout.
Je me souviens de "l'affaire Strauss-Kahn". AprÚs que Dominique Strauss-Kahn a violé Nafissatou Diallo beaucoup n'hésitaient pas à le défendre et à faire de sa victime une affabulatrice, clamant qu'elle avait inventé l'agression par appùt du gain, qu'il ne s'agissait que d'un simple "troussage de domestique".
Je me souviens des nombreuses personnalités qui ont pris la défense de Roman Polanski, accusé et condamné pour le viol d'une mineure de 13 ans, mineure qu'il a droguée au Quaalude puis sodomisée. Je me souviens d'Alain Finkielkraut répétant à qui voulait bien l'entendre qu'à 13 ans "ce n'était pas une enfant". Roman Polanski est désormais accusé de viol et d'agression sexuelle par quatre femmes.
Je me souviens de Gabriel Matzneff, toujours invité sur les plateaux TV bien qu'il fasse l'apologie des relations sexuelles avec les mineur.e.s de moins de 16 ans et considÚre la pédocriminalité comme un style de vie.
Je me souviens de Dylan Farrow, dĂ©nonçant publiquement l'agression sexuelle que lui a fait subir Woody Allen, son pĂšre adoptif, alors qu'elle n'avait que 7 ans. Je me souviens des personnalitĂ©s auprĂšs desquelles elle avait cherchĂ© un peu de soutien, celles-lĂ mĂȘme qui ont refusĂ© de "prendre parti".
Je me souviens de Terry Richardson, que l'industrie de la mode continue d'encenser alors qu'il est accusé de viol et d'agression sexuelle par de nombreuses mannequins.
Je me souviens de David Hamilton, ce photographe dont les photos érotiques de mineures étaient à la mode dans les années 70 et qui a vraisemblablement violé et agressé sexuellement la quasi-totalité des modÚles qu'il photographiait.
Je me souviens des médias qui choisissent des titres "rigolos" pour parler des violences faites aux femmes, et aussi de ceux qui titrent "drame familial" lorsque des femmes sont assassinées par leurs partenaires ou leurs ex-partenaires.
Je me souviens de Jared Leto, de Louis C.K., de Bill Murray, de Klaus Kinski, de Serge Gainsbourg, de Jimmy Page, de Johnny Depp, de George Tron, de Jean-Luc Lahaye, de Johnny Hallyday, de Denis Baupin, dâAlfred Hitchcock, de Kirk Douglas, de Sean Penn, de Bill Cosby, de David Bowie, d'Iggy Pop, de Wilson Pickett, de Bryan Singer, de Victor Salva, de Brian Peck, de Joey Starr, de James Brown, de John Lennon, de Mickey Rourke, de Nicolas Cage, etc.
Longue est la liste de ceux qui ont violé, battu, séquestré, agressé et harcelé sexuellement des femmes et des enfants et sont, encore aujourd'hui, encensés par la critique.
Je me souviens de tous les violeurs qui gravitent autour du cercle de mes connaissances, et qui ne sont pas, ne seront peut-ĂȘtre jamais, inquiĂ©tĂ©s.
Je me souviens, enfin, de tous ces récits de viol et d'agression sexuelle confiés par des ami.e.s, des inconnu.e.s, des connaissances.
Je me souviens de tout. Et aujourd'hui, lorsque l'on met Bertrand Cantat en couverture des Inrocks, lorsque lâon reproche aux victimes de Harvey Weinstein de n'avoir pas parlĂ© assez fort, assez vite, assez tĂŽt, j'ai envie de vomir et de pleurer.
La culture du viol se porte bien, le patriarcat aussi.
Mais nous n'oublions pas, nous continuons à lutter, et un jour je l'espÚre, nous mettrons fin à l'impunité des agresseurs.
Texte de Laure Salmona à retrouver ici dans son environnement naturel.












